Séminaire – Histoire et anthropologie de la famille et de la parente. II : Mondes médiévaux et modernes

Organisé par Laurent Barry (EHESS, LAS), Claire Chatelain (CNRS, CRM), Isabelle Daillant (CNRS, EREA-LESC) et Michaël Gasperoni (CNRS, CRM)

1er et 3e jeudis du mois de 13 h à 15 h (salle 6, 105 bd Raspail, Paris), du 7 novembre 2019 au 4 juin 2020

Programme du 1er semestre 2019-2020 :

7 nov. 2019 Laurent Barry, Claire Chatelain, Isabelle Daillant et Michaël Gasperoni Introduction – Concepts et catégories de la parenté en histoire et en anthropologie

21 nov. 2019 Christiane Klapisch-Zuber (EHESS)
Nomination et changements d’« identité » des artistes italiens de la fin du Moyen Âge

Les Vies des artistes célèbres composées par G. Vasari au milieu du XVIe siècle permettent de repérer comment l’identité anthroponymique, dont les composantes sont encore peu fixées à la fin du Moyen Âge, peut accueillir des références à la biographie et aux origines sociales du porteur d’un nom, à son œuvre, aux traditions esthétiques qu’il prolonge. Elle relate de la sorte les modifications du statut de l’artiste à l’aube de la période moderne.

5 déc. 2019 Didier Lett (Université Paris-Diderot)
Parenté et solidarités familiales dans les Marches (Italie) dans la première moitié du XIVe siècle

Il s’agira de montrer, à travers la documentation marchésane (essentiellement le procès de canonisation de Nicolas de Tolentino de 1325) qu’au sein de la parenté et en dehors d’elle, les solidarités familiales découlent de et s’actualisent par la proximité géographique (importance de la résidence), les intérêts (économiques) communs, les échanges matériels, affectifs, symboliques, l’entraide et le vécu en commun d’un trauma (accident, maladie, miracle).

19 déc. 2019 Jon Mathieu (Université de Lucerne, Suisse)
La famille dans les théories de l’État de l’Europe moderne

Le sociologue américain Andrew Abbott invitait récemment à évaluer l’impact que les théories de l’État, conçues en Europe à l’époque moderne, ont pu avoir sur les sciences sociales contemporaines. Il liait ce questionnement à l’idée que ces théories, fondées sur la notion de contrat social, ne faisaient aucune place à des institutions intermédiaires entre l’individu et la société. De telles institutions – au premier rang desquelles, la famille – y auraient en effet été reléguées au domaine privé, dans un cadre où aurait prévalu une coupure nette entre sphères publique et privée. Malgré leurs visées universalistes, ces théoriciens du contrat évoluaient cependant dans un contexte situé qui leur aurait imprimé à tous – et aux chercheurs en sciences sociales après eux – une vision eurocentrée, obstacle aujourd’hui à une théorisation véritablement globale des phénomènes sociaux. Le propos sera ici de revenir aux sources ayant fondé cette interprétation d’Abbott en examinant de près l’attitude de ces auteurs vis-à-vis de la famille. Quels aspects en relevaient-ils, et comment les traitaient-ils ? Peut-on vraiment leur prêter une position uniforme à son égard ? Afin d’éviter une focalisation anachronique sur quelques auteurs restés célèbres aujourd’hui, l’étude part d’une liste (établie en 1816) de tous les écrits ayant traité du contrat social aux XVIIe et XVIIIe siècles, et a procédé à un relevé de ce qui avait trait à la famille à l’échelle de ce corpus.

L’exposé sera en anglais, avec discussion en français.

16 jan. 2020 Élie Haddad (CNRS, CRH)
L’alliance dans la noblesse française d’Ancien Régime : approche historique d’un phénomène anthropologique

L’endogamie était affirmée comme un bien et une nécessité par nombre de nobles sous l’Ancien Régime. Même si, en pratique, les conflits étaient nombreux pour déterminer ce que devait être cette endogamie et la délimitation de la noblesse qui devait en résulter, l’alliance était le pôle qui permettait à la parenté de fonctionner comme reconnaissance d’appartenance au second ordre, et ce, bien que l’on comptât en degrés et non en quartiers comme dans le Saint Empire romain germanique, c’est-à-dire que seule la filiation en ligne paternelle était prise en compte dans la détermination de la noblesse. C’est que la filiation suppose l’alliance : tant d’un point de vue structural que d’un point de vue empirique, il n’est pas possible de séparer les deux. Les mécanismes de l’alliance participaient donc pleinement de ce qu’était la noblesse, d’autant plus que les enjeux matériels des mariages étaient considérables : il faut les corréler à l’analyse des choix des conjoints au fil des générations pour comprendre la manière dont les nobles utilisaient l’alliance, dont celle-ci participait à la structuration d’un groupe et à son évolution.

6 fév. 2020 Régine Maritz (FNRS/Centre Roland Mousnier)
Père et mère d’un territoire : la genréisation de la pratique du pouvoir à la cour princière de Wurtemberg (1582-1614)

Cette contribution porte sur la cour princière de Wurtemberg dans le Saint Empire germanique sur une période d’environ trente ans à compter de 1580. Les rôles de parenté genrés du duc et de la duchesse, qui ont facilité la pratique du pouvoir de multiples façons, seront au cœur de l’exposé. La place de la duchesse dans le couple et dans la famille ducale était enracinée dans une pratique éducative plus large qui visait à enseigner aux femmes de la haute aristocratie à s’adapter au caractère de leur mari afin de stabiliser les mariages dynastiques en privilégiant le travail émotionnel féminin. Nous verrons combien l’ensemble de la structure administrative de la cour princière a été conçue pour se conformer à une sorte de macro- foyer domestique dominé par le duc et la duchesse. Les hommes et les femmes de la cour se sont vu attribuer des rôles spécifiques dans leur entourage, ancrant de fait chaque individu dans un système genré de parenté virtuelle avec la dynastie au pouvoir. Les groupes homosociaux de la cour ont ainsi favorisé un sentiment d’appartenance spécifique chez de nombreux courtisans. De manière plus générale, nous verrons que la réélaboration permanente de la catégorie du genre et de son contenu était en soi une pratique importante du pouvoir, qui a contribué à créer une cohésion entre les différents groupes de la société de cour et qui a préservé des zones de flexibilité au sein du système dynastique.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
Cet article a été publié dans Séminaire. Ajoutez ce permalien à vos favoris.