Appel à contribution – Chasseur, cultivateur, éleveur : trois fonctions anthropologiques dans la littérature

Appel à contribution pour le numéro thématique « Chasseur, cultivateur, éleveur : trois fonctions anthropologiques dans la littérature » de la revue Polythesis. Filologia, interpretazione e teoria della letteratura 

Date limite de soumission des articles : 15 juillet 2020

 L’anthropologie décrit généralement la relation de l’homme avec l’environnement naturel à travers quatre catégories, basées sur la manière dont l’homme acquiert les biens qui répondent à ses besoins, en particulier la nourriture : la chasse et la cueillette (où la flore et la faune de la région sont exploitées pour la subsistance du groupe humain), l’agriculture (dans laquelle l’homme sème sciemment des plantes et se nourrit des fruits de la récolte, à travers la domestication des plantes), l’élevage (dans lequel les hommes nourrissent le bétail, le domestiquent et le font reproduire) et enfin l’industrie (où l’énergie des carburants ou d’autres éléments naturels est exploitée pour produire des biens).

Parmi ces méthodes, la chasse, la cueillette, l’agriculture et l’élevage sont avant tout les premières activités et les plus durables dans lesquelles l’homo oeconomicus s’est historiquement développé, représentant ses principales sources d’approvisionnement alimentaire, et qui ont également façonné d’autres domaines de la culture humaine, tels que la religion, l’art et la narration.

Le présent numéro thématique de Polythesis entend proposer une réflexion sur la manière dont les trois rapports instrumentaux avec l’environnement mentionnés ci-dessus ont influencé la culture en général, et la littérature en particulier, en fournissant un répertoire d’archétypes, de motifs, d’images, d’intrigues, de types de caractères, mais aussi – au niveau génétique – le Sitz im Leben pour certaines formes poétiques. Il sera possible de proposer des articles qui prennent en compte des textes littéraires individuels, des genres et courants littéraires, des formes d’art folklorique verbal (contes de fées, mythes, etc.) qui exploitent la chasse/cueillette, l’agriculture et l’élevage comme sources mythopoïétiques et figuratives. L’objectif des articles de cette section sera d’explorer de quelle façon ces produits culturels élaborent, valorisent et enrichissent la relation socio-économique, religieuse ou mythologique des communautés humaines avec l’animal – tué, domestiqué, mangé –, avec la plante – fructueuse et conçue collectivement comme une moisson – et avec la terre – porteuse de nourriture et de vie lorsqu’elle est travaillée par l’homme.

Les exemples d’application poétique ou littéraire de ces archétypes, également dans leur fonction symbolique et métaphorique, ne sont pas rares : des idées-tremplin sont données ci-dessous, qui ne peuvent clairement pas être exhaustives et n’excluent pas d’autres horizons.

La chasse est peut-être l’une des matrices d’images et de « programmes d’action » les plus productives qui ont façonné des intrigues, des mythes et des récits anciens et modernes dont le sujet est l’homo necans (W. Burkert, Homo necans, 1981). Le développement biographique du héros, en particulier du héros jeune et encore inconnu, est souvent tracé sur le modèle de la transformation des proies en prédateurs (E. Pellizer, La peripezia dell’eletto, 1991 ; voir aussi M. Bloch, Prey Into Hunter, 1992). En outre, il y a des chevauchements fréquents entre l’homme chasseur et l’exercice des armes, les implications sacrées de la chasse et l’identification entre le sacrifice animal et humain, où la proie devient l’homme. La poursuite de proies (en tant qu’animal guide) mène à l’autre monde, comme les romans et les lais médiévaux illustrent. L’archétype de la chasse atteint également la modernité : on peut penser, par exemple, à l’exploitation extensive du cluster des images de la chasse par William Faulkner dans le récit The Bear (1942) – qui reprend un genre du récit populaire de la frontière américaine.

Même dans le domaine agricole, l’anthropologie historique a montré les ramifications dans le folklore, les religions, les mythologies des cultes végétaux développées dans les premières sociétés agricoles. Les cycles de l’activité agricole et l’idée de la « mort du blé » et sa résurrection printanière chevauchent les mythologies sur les dieux mourants et fournissent le modèle aux formes poétiques de la complainte funéraire, transférées de la divinité végétale à l’homme (De Martino, Morte e pianto rituale nel mondo antico, 1958). La relation « grotesque » (au sens bakhtinien de la transformation et de la dissolution des formes dans la matière) entre l’homme et la récolte a été explorée par le mythe, la narration folklorique et la littérature : un cas célèbre est le motif de la plantation du crâne humain, qui resurgit dans la nouvelle de Lisabetta da Messina dans le Decameron (IV, 5 ; Propp, « L’albero magico sulla tomba. A proposito dell’origine della fiaba di magia », dans V. Ja. Propp, Edipo alla luce del folclore, 1975).

Enfin, dans la nébuleuse des motifs de l’élevage l’on peut inclure par exemple le genre pastoral, convention lyrique célèbre née dans l’Antiquité classique et reprise par le classicisme moderne, dont témoigne avant tout la littérature anglaise (Shakespeare, Johnson, Pope). La Bible a doté le Moyen Âge et la modernité d’un répertoire figuratif et narratif centré sur la figure du berger, par opposition à celui du guerrier dédié uniquement à l’exercice des armes. Ce contraste est nettement lisible dans le duel entre David et Goliath (dans 1 Samuelis), dans lequel le premier incarne la figure du berger, gardien et défenseur des troupeaux, qui est capable de tuer mais qui le fait uniquement pour protéger le bétail – plaçant ainsi une ligne de démarcation entre la violence pour la chasse et celle purement défensive. En outre, la figure du bon berger, dans des contextes médiévaux et modernes, fournit un exemple d’exploitation de l’environnement naturel qui se prête à devenir une métaphore et un modèle pour l’administration du royaume et la gestion du pouvoir.

Les articles (qui doivent parvenir à l’adresse éditoriale redazione.polythesis@unimc.it dans leur intégralité – donc pas seulement le résumé – avant le 15 juin 2020) doivent respecter les principes théoriques et méthodologiques adoptés par la revue. Par conséquent, seront prises en considération les œuvres qui choisissent une approche comparative et anthropologique, dans lesquelles les fonctions de l’homme chasseur, agriculteur et éleveur identifiées dans les textes littéraires sont liées aux formes élémentaires, répandues et archétypales de la mémoire culturelle humaine. Les textes littéraires étudiés doivent être placés dans une dimension culturelle aux côtés d’activités parallèles de l’action culturelle humaine, telles que la narration folklorique, le rituel, le mythe, la religion, la fête, etc.

Pour plus d’informations sur les procédés de double révision de la revue, on renvoie à http://riviste.unimc.it/index.php/polythesis/about/editorialPolicies.

Les éditeurs

Andrea Ghidoni – Antonella Sciancalepore

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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