Appel à contribution – L’art roman, et après ?

30e Colloque international d’art roman d’Issoire Issoire (63)
Animatis – Salle Claude-Nougaro
Vendredi 16 et samedi 17 octobre 2020, Animatis (Excursion le dimanche 18 octobre 2020)

Co-organisé par les associations Terres Romanes d’Auvergne et Archiclassique et par le pôle Arts & Patrimoine de la ville d’Issoire, avec le soutien de la municipalité et de l’Alliance Universitaire d’Auvergne, ce colloque sera placé sous le patronage de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand.

Issoire - Roman

Argumentaire :

En 1995, le 5e Colloque international d’art roman d’Issoire avait démontré que « l’Art roman », en tant que catégorie intellectuelle, est très largement une invention du XIXe siècle. Cette dernière est née dans le cadre d’un paradigme évolutionniste et téléologique de l’histoire de l’art et des sciences, mettant en scène la succession de grandes périodes artistiques conçues comme autant d’étapes du « progrès » dans le domaine de l’art. Dans cette perspective, largement fondée sur l’idée d’évolution formelle et technique, voire de mode, chaque grand mouvement succède au précédent par des ruptures cycliques : l’art gothique remplace l’art roman, puis la Renaissance, etc. Tout au plus pouvait-on admettre qu’une époque donnée se soit inspirée de l’Antiquité ou qu’elle en ait remployé des éléments, ce qui a conduit à formaliser une succession des renaissances (du XVIe siècle, du XVe, du XIIe, la renovatio carolingienne…).
Progressivement mises en œuvre à partir de la fin du XXe siècle, des interrogations approfondies sur la notion de remploi, tant en histoire de l’art qu’en histoire, tout comme sur les phénomènes de collection (Pomian), ont conduit à remettre en cause le paradigme décrit précédemment. On est désormais beaucoup plus attentif à l’idée de transmission des œuvres et à la succession des significations qu’elles ont pu recevoir au fil du temps.

C’est à ce mouvement que le prochain colloque d’art roman d’Issoire entend prendre sa part. Non pour interroger la façon dont les gens des Xe-XIIe siècles géraient les produits qu’ils avaient hérités du passé, question qui a déjà donné lieu à de nombreux travaux très riches, mais pour mettre au cœur de notre questionnement ce que sont devenues les productions culturelles dites « romanes » (l’étiquetage demeure commode) au cours des siècles suivants, c’est-à-dire dès les derniers siècles du Moyen Âge et au cours d’une période moderne étendue jusqu’au début du XIXe siècle, la façon dont elles ont été considérées, l’influence qu’elles ont pu exercer, la manière dont elles ont pu servir de sources d’inspiration.

La survivance même, voire la réapparition ou reprise plus ou moins volontariste, d’un certain nombre de ces productions, dans des sociétés qui ignoraient largement le fétichisme patrimonial, suppose qu’elles aient reçu, à intervalles réguliers, de nouveaux usages ou de nouvelles significations qui leur donnaient du sens pour les générations successives. On l’aura compris, il sera moins question ici de l’invention de l’art roman par les antiquaires et archéologues du XIXe siècle que d’examiner les phénomènes de réception et d’appropriation des modèles « romans » ainsi que les phénomènes de « revival » ‒ recherchés ou non ‒ avant le XIXe siècle, à travers l’étude de cas concrets. Il faut également prendre en compte les phénomènes de maintien plus ou moins long de l’art roman dans certaines régions (Italie et Espagne, Alpes, par exemple et sans exhaustivité), qui interrogent en conséquence les modalités et la chronologie du passage à l’art dit gothique. Les évolutions ne sont pas linéaires et il serait intéressant de pouvoir étudier l’influence qu’ont pu avoir certains modèles romans sur les artistes de la première Renaissance italienne ou encore les architectes de l’époque moderne. Ce sont ces processus qui seront au cœur de nos échanges, visant ainsi à éclairer l’histoire des artefacts romans et la notion de « style roman » dans la longue durée. L’ensemble doit permettre de questionner à nouveaux frais la notion même d’art roman et sa pertinence.

Fidèle à sa tradition de dialogue interdisciplinaire, le colloque a vocation à accueillir des historiens de l’art, des archéologues, des historiens, des musicologues, des littéraires… Nous proposons ci-dessous quelques esquisses de réflexions, qui peuvent être croisées et qui n’ont rien d’exhaustif :

  • Pourra d’abord être interrogée la porosité désormais patente entre roman et gothique, aussi bien en architecture que dans le domaine de la sculpture. On peut notamment s’interroger pour les productions de ces générations charnières entre 1130 et 1150 aussi bien sur les modalités de mise en œuvre, de transferts et de réinterprétation des modèles, mais peut-être plus encore des catégories appréciatives qui font qu’une œuvre sculptée ou peinte, un bâtiment est considéré comme déjà gothique ou encore roman.
  • Un second thème concernera le remploi des artefacts et productions culturelles romanes : ce remploi peut se faire par adjonction de modifications ou par réaménagement (sculptures, bâtiments, continuité ou discontinuité d’occupation d’un lieu, motif littéraire ou musical…).
  • Un troisième thème portera sur le ressourcement de significations : il s’agit ici de se concentrer sur les évolutions de sens, les réinterprétations, qui ont pu être conférées aux productions romanes, qu’il s’agisse d’artefacts, d’œuvres d’art, de manuscrits, d’archives…
  • Il s’agit enfin de s’interroger sur les processus d’imitation : emploi de techniques (par exemple architecturale) à des périodes ultérieures, pastiches de productions romanes, copies…

Réponses à l’appel à communication :

Date limite d’envoi des propositions de communication : 8 juin 2020 (titre de la communication et résumés de 10 lignes maximum en français et en anglais).
Réunion du conseil scientifique et élaboration du programme : 29 juin 2020.
Vous recevrez dans les jours qui suivent un courrier vous avisant de la décision du conseil scientifique.

16, 17 et 18 octobre 2020 : colloque et excursion.
15 mars 2021 : date limite d’envoi des textes pour publication.

Vos propositions de communication sont donc à retourner avant le 8 juin 2020 par courriel à Sébastien FRAY : sebastien.fray@univ-st-etienne.fr

Merci d’y préciser : vos nom et prénom, profession / structure de rattachement, adresses postale et de courriel, titre et résumé (en français et en anglais) de votre proposition de communication.

Comité scientifique :

Dominique Allios, Maître de conférences HDR en Histoire de l’Art et Archéologie médiévales, Université de Rennes 2, LAHM, CreAAH – UMR 6566.
Marie Charbonnel, Docteure en histoire de l’art et archéologie médiévale de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, IRAMAT, Université Bordeaux-Montaigne.
Pascale Chevalier, Maître de conférences en histoire de l’art et archéologie médiévale à l’Université Clermont Auvergne (Clermont-Ferrand) – ARTeHIS – UMR 6298, Dijon.
Pierre Deneuve, Attaché de Conservation du Patrimoine à la ville d’Issoire, Responsable adjoint du Centre d’art roman Georges-Duby d’Issoire.
Jean-Luc Fray, Professeur émérite de l’Université Clermont Auvergne (histoire médiévale) – Centre d’Histoire Espaces et Cultures (CHEC) – EA 1001.
Sébastien Fray, Maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, LEM-CERCOR – UMR 8584.
Christian Gensbeitel, Maître de conférences en histoire de l’art médiéval à l’Université Bordeaux-Montaigne, IRAMAT – UMR 5060.
Christian Karoutzos, chargé de la Culture et du Patrimoine à la ville d’Issoire et secrétaire de l’association Terres Romanes d’Auvergne.
Martine Jullian, Maître de conférences honoraire en histoire de l’art médiéval à l’Université Grenoble Alpes.
David Morel, Docteur en histoire de l’art et archéologie médiévale de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand – Ingénieur de recherches en archéologie médiévale, bureau d’investigations archéologiques Hadès, Cournon d’Auvergne.
Nathalie Monio, Doctorante en archéologie.
Annie Regond, Maître de conférences honoraire en histoire de l’art moderne à l’Université
Clermont Auvergne – Centre d’Histoire Espaces et Cultures (CHEC) – EA 1001.
Éric Sparhubert, Maître de conférences en histoire de l’art médiéval à l’Université de Limoges, CRIHAM – EA 4270.
Alessia Trivellone, Maître de conférences en histoire médiévale à l’Université Paul Valéry – Montpellier 3 – Centre d’Études médiévales de Montpellier.

Renseignements pratiques :

Le voyage, les repas et le logement des communicants sont pris en charge par l’association Terres Romanes d’Auvergne sous condition du rendu effectif de la contribution au volume d’actes. La publication des actes est assurée par l’Alliance Universitaire d’Auvergne. Une excursion prévue le dimanche 18 octobre, dont le programme précis reste à définir, vous sera également offerte.

Le colloque sera organisé sur deux journées, les 16 et 17 octobre 2020 à la salle Claude- Nougaro d’Animatis, située 2, rue Marcel-Béraud, 63500 Issoire (Puy-de-Dôme – France).

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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