Publication – « Art et économie en France et en Italie au XIVe siècle. Prix, valeurs, carrières », éd. Nicolas Bock et Michele Tomasi

Ce volume invite à se jouer des frontières disciplinaires et à s’aventurer sur un terrain encore trop peu exploré pour le XIVe siècle, l’un des plus grands siècles de l’art européen.

Les contributions réunies ici éclairent les rapports entre art, économie et société à l’aide de quelques études de cas, en adoptant différentes démarches: de la microanalyse de la production d’un seul artiste à la réflexion sur l’organisation de toute la chaîne de valeur, de la fabrication jusqu’aux réseaux de commerce et d’échange de marchandises artistiques. De Giotto à l’orfèvre parisien Jean le Braelier, d’Avignon à Naples en passant par Majorque, en abordant des tableaux, des monuments funéraires, des fresques, des lambrissages en bois précieux et même un faldistoire royal, les auteurs s’interrogent sur l’impact des facteurs économiques sur la création artistique.

Ces articles ouvrent ainsi le débat en montrant l’intérêt d’enquêtes qui osent franchir les limites entre histoire de l’art, histoire sociale et histoire économique, afin d’appréhender de manière globale les conditions d’élaboration et de réception des œuvres.

Table des matières :

Nicolas Bock, Michele Tomasi — À propos de ce livre (p. 7-22)
Texte intégral disponible sur OpenEdition Journals

Étienne Anheim — The consumption of Italian paintings in Avignon in the 14th century (p. 23-42)

The relocation of the Papal Court from Italy to France at the beginning of the 14th century and its installation in Avignon for several decades from 1309 gives the opportunity to reflect on the practices of consumption of Italian paintings outside the peninsula. We are first dealing with the construction of an artistic labor market based on the mobility of artists, and then with the construction of a market for works of art, very gradually established, thanks to the new mobility of paintings. Avignon thus played the role of a laboratory for the diffusion of Italian painting in late medieval Europe, both from an aesthetic and economic point of view.

Damien Cerutti — Giotto & Cie. Stratégies entrepreneuriales et coûts décoratifs de chapelles funéraires dans la Florence des années 1330 (p. 43-72)

À la fin de sa carrière, Giotto déléguait à des collaborateurs qualifiés de son atelier florentin l’exécution de fresques, dans certains chantiers dont il avait la responsabilité. Cette stratégie entrepreneuriale permettait à Giotto de garder – grâce à l’autonomie relative de son atelier – une forme de contrôle sur le segment supérieur du marché artistique florentin, à une époque où ses nombreuses activités à l’extérieur de la Toscane ne lui permettaient plus de s’impliquer directement dans la réalisation de fresques. La démonstration est en partie basée sur des calculs de prix des différents éléments décoratifs des chapelles funéraires de l’époque.

Paola Vitolo — Spese della morte : investimenti per l’aldilà (e per l’al di qua) e pratica artistica (Italia, XIV secolo). Studi sull’economia funeraria, primi appunti (p. 73-94)

L’investimento nella costruzione di cappelle funerarie, con i relativi arredi, crebbe nel corso del Basso Medioevo con il fine di rendere stabile e duratura la celebrazione della memoria personale e dinastica dei defunti. Accanto allo studio degli elementi di stile e di iconografia, la valutazione dell’entità della spesa potrebbe aprire interessanti squarci sull’attività delle botteghe, sull’organizzazione dei cantieri, sulla circolazione dei modelli, ma anche sul valore riconosciuto al lavoro dell’artista e più in generale al significato simbolico attribuito nel Medioevo a questi prodotti. Attraverso l’analisi di alcuni casi di studio, il saggio presenta alcune riflessioni sul tema, quali esito di una prima esplorazione dell’argomento.

Doron Bauer — La peste noire et la rémunération des peintres au Royaume de Majorque (p. 95-110)

L’examen des paiements versés aux peintres à Majorque tout au long du XIVe siècle révèle deux tendances importantes. Premièrement, le prix des retables a augmenté de manière spectaculaire, passant d’une dizaine de libras avant la peste noire à plus de 100 libras par la suite. Deuxièmement, les peintres ont cessé de recevoir un salaire journalier et ont été payés à la commande. Réunis, ces deux changements ont eu de profondes répercussions. Après la peste noire, les peintres pouvaient accéder à plus de richesse. Ils se distinguent également d’autres artisans, comme les charpentiers, par la façon dont le prix de leur travail était établi. Ces développements ont ouvert la voie à une plus grande mobilité sociale et à une reconfiguration du statut du peintre et de son art.

Giampaolo Distefano — Sur Jean le Braelier, « aurifabro Parisiensi » et « varlet de chambre du Roy » Jean le Bon : art et économie (p. 111-134)

À Paris, au milieu du XIVe siècle, dans un moment de transformation en ce qui concerne le travail des métaux précieux, l’orfèvre Jean le Braelier, qui fut sans doute aussi ivoirier, représente un cas exemplaire d’artiste oeuvrant auprès d’une cour princière. Une documentation abondante décrit en détail ses activités, permettant de reconstruire sa carrière d’artiste, ainsi que son rôle dans la vie économique de la cour de Jean le Bon.

Alain Salamagne — Le bois dit de Danemarche dans le décor de la demeure aristocratique vers 1400 (p. 135-154)

Le rôle du lambrissage dans le décor intérieur de la demeure aristocratique reste encore peu connu. Pourtant les comptabilités, et quelques ensembles conservés comme celui du château royal de Vincennes, montrent l’importance qui était accordée à ces décors comme une marque du statut aristocratique de la demeure noble. Certains lambris dits de Illande, Ollande ou Danemarche, termes qui renvoient à leur origine géographique, la Livonie, ou à leur transit commercial par la Hollande ou le Danemark, étaient particulièrement recherchés. Si ce type de décor fut mis en oeuvre dès le début du XIVe siècle dans la demeure aristocratique, le relais des chantiers royaux après 1350 – probablement depuis les régions les plus septentrionales –, semble avoir été essentiel dans sa réception puis sa diffusion dans les logis princiers, particulièrement en Bourgogne, Berry et Poitou.

Michele Tomasi — Prix des oeuvres et appréciation esthétique à la fin du XIVe siècle en France: quelques remarques à partir des chroniques de Jean Froissart et Michel Pintoin (p. 155-175)

Alors qu’aujourd’hui il est souvent de bon ton de ne pas évoquer de «basses» questions d’argent au sujet de l’art, l’attitude est tout autre au Moyen Âge. Cet article veut en donner une preuve en s’attachant à montrer comment la question du prix des oeuvres, somptuaires notamment, est abordée par deux chroniqueurs de la fin du Moyen Âge, Jean Froissart et Michel Pintoin. Ces deux auteurs permettent de restituer le regard porté sur les biens de luxe par l’aristocratie en France à la fin du XIVe siècle. La lecture de leurs textes permet d’apprécier à quel point la valeur monétaire de certains objets était indissociable non seulement de leur fonction sociale, mais aussi de leur appréciation esthétique.

Informations pratiques :

Art et économie en France et en Italie au XIVe siècle. Prix, valeurs, carrières, éd. Nicolas Bock et Michele Tomasi, Lausanne, 2020. ISBN : ISBN 978-2-940331-75-8. 22 CHF / 20 €

Source : Université de Lausanne

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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