Appel à contribution – Images du corps dans la littérature et les arts du Moyen Âge à l’époque baroque : entre canons européens et hétérodoxies esthétiques

Romanistentag, Augsbourg (Allemagne)
Du 4 au 7 octobre 2021

Section organisée par
Olivier Chiquet (Université de Nancy),
Sofina Dembruk (Uni Göttingen), Claudia Jacobi (Uni Bonn), Ioana Manea (NEC Bukarest/Uni Göttingen)

Les travaux pionniers de Marc Fumaroli consacrés à la Respublica literaria ont mis en lumière l’existence d’une Europe moderne se manifestant dans la constitution d’une communauté intellectuelle paneuropéenne. Par le biais de la circulation du savoir, les élites politiques ont en effet favorisé, à partir du XVIe siècle, de riches collaborations internationales. Dans le contexte actuel de regain d’intérêt pour les Body Studies, et parce que l’ « invention du corps » (pour paraphraser le titre d’un ouvrage de Nadeije Laneyrie-Dagen de 1997) est consubstantielle à l’idée même d’Humanisme et que les traités de civilité (Baldassare Castiglione, Il Cortegiano, 1528 ; Giovanni Della Casa, Il Galateo, 1558…) diffusent partout un même idéal à la fois éthique et esthétique, nous souhaiterions interroger l’émergence, à la Renaissance, de cette Europe avant la lettre à travers la question de la figuration du corps, dans la littérature comme dans les arts figuratifs.

Il semble en effet que les artistes et les écrivains des différents pays (même quand ces derniers n’étaient pas encore constitués comme tels, et en dépit des fractures politiques et religieuses qui les séparaient) aient adopté au XVIe siècle des codes communs, en grande partie importés d’Italie, dans la représentation de la figure humaine. En littérature, le pétrarquisme et la doctrine néoplatonicienne constituent alors une véritable lingua franca pour les auteurs européens, et pas seulement pour les poètes de la Pléiade. En art, c’est le maniérisme qui, après le Sac de Rome, s’impose dans l’Europe toute entière (jusqu’à Prague), comme l’a montré John Shermann dans son ouvrage incontournable Mannerism. Style and Civilisation (1967) – cet art de cour pouvant être considéré comme un style européen, au même titre que le « gothique international » du XIVe siècle.

Toutefois, dès la Renaissance, émergent, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle régionale, de très nombreux exemples de résistances à ces canons de beauté italiens, puis européens. Ces contestations s’appuient souvent sur la promotion de la laideur physique : on pense par exemple, pour la littérature italienne renaissante, à la production carnavalesque, aux éloges paradoxaux de la laideur ou encore à la poésie satirico-burlesque des bernesques, qui parodient et subvertissent un pétrarquisme et un néoplatonisme pourtant solidement établis. Ce phénomène se prolonge d’ailleurs avec la comédie du XVIIe siècle, en particulier dans l’œuvre de Molière ou de Lope de Vega, où ces mêmes topoi pétrarquistes se voient renversés à des fins comiques.

Si notre réflexion portera essentiellement sur la Renaissance, les interventions pourraient donc également se proposer d’étudier les prolongements et les évolutions au XVIIe siècle, comme d’ailleurs les anticipations au Moyen-Âge, de ces canons renaissants de la beauté. De même, les communications s’attacheront volontiers, sans se focaliser sur une aire géographique spécifique, à l’étude d’œuvres, de textes, d’auteurs qui incarnent des dynamiques internationales : il conviendrait alors de centrer le propos sur la notion d’échanges, lesquels adviennent en particulier par la correspondance, les voyages, la circulation de gravures, de textes littéraires (dans toute la diversité de leurs genres) et de traités d’esthétique (notamment par le biais de la traduction). Il s’agira également de mettre en évidence des résistances locales à ces dynamiques européennes.

Quelques pistes et thèmes de réflexion, nullement restrictifs, peuvent dès lors être proposés :

(*) Caractérisation et mise en œuvre littéraire ou artistique des canons esthétiques de la beauté des corps en vigueur à la Renaissance, époque de toutes les formalisations et de toutes les codifications ;

(*) Phénomènes qui les anticipent (au Moyen-Âge) ou qui les prolongent (au XVIIe siècle), et, partant, mise en évidence de ruptures ou de continuités sub specie pulchritudinis entre l’ « automne du Moyen-Âge » et la Renaissance, ainsi qu’entre la fin de la Renaissance et l’âge baroque ; 

(*) Modalités de diffusion de ces canons ;

(*) Etude des spécificités des médiums artistiques et des genres littéraires dans l’élaboration de cet idéal de beauté, et notamment du décalage entre texte et image, ainsi qu’entre théorie et pratique artistiques ;

(*) Poids de l’héritage gréco-romain dans la formulation de normes esthétiques à l’échelle européenne ;

(*) Formes de résistance nationales, régionales, locales à ces normes dominantes ;

(*) Importance du choix de la langue dans la contestation des canons esthétiques officiels ;

(*) Vision de l’Autre (l’étranger, la femme…) traduite par la remise en cause de ces codes, qui peut être utilisée afin de véhiculer des stéréotypes racistes, xénophobes ou misogynes ;

(*) Emergence théorique de « belles laideurs » et d’une pluralité de beautés idéales ;

(*) Les rapports avec les canons occidentaux de beauté des pays en marge de l’Europe comme les pays roumains qui, bien qu’ils utilisent une langue romane, appartiennent à l’espace culturel de la chrétienté orientale.

La date d’envoi des propositions est fixée au 30.01.2021. Veuillez envoyer le titre de votre contribution (en français/italien/espagnol/roumain ou en allemand) ainsi qu’un résumé de 250 mots maximum à aesthetiken.europas@googlemail.com.

Source : Fabula

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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