Appel à contribution – Mémoires d’Etat : la Paix des Dames (1529)

Journée d’études – ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – novembre 2021

Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a acquis en 2019, avec le concours de l’association des Amis des Archives diplomatiques, une collection d’importance majeure, constituée d’archives de la famille de L’Aubespine, alliée aux Sully-Béthune, anciens propriétaires du château de Villebon où ces archives se trouvaient conservées. Cet ensemble d’environ 250 pièces est constitué de correspondances diplomatiques du XVIe siècle en grande partie inédites, parmi lesquelles figurent 44 lettres adressées par Sébastien de L’Aubespine, ambassadeur en Espagne, à Henri II, Catherine de Médicis, les Lorraine ou Montmorency, 31 lettres de Raymond de Fourquevaux, ambassadeur en Espagne, à Catherine de Médicis,  24 lettres de l’ambassadeur en Suisse, Guillaume du Plessis, à Henri II, Montmorency et Sébastien de L’Aubespine  ou encore celles signées par Nicolas de Neufville, sieur de Villeroy, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères.

à cette correspondance s’ajoute une pièce tout à fait exceptionnelle, une minute du traité de Cambrai du 3 août 1529, portant les signatures autographes de Louise de Savoie, mère de François 1er, et de Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas, tante de Charles Quint, que ses détenteurs ont accepté de remettre gracieusement aux Affaires étrangères pour compléter la Collection des traités. Ce geste vient combler une importante lacune des institutions françaises, l’original de l’accord étant introuvable dans les collections publiques. Les Archives diplomatiques ne conservaient jusque-là du dossier que les pouvoirs de signature accordés par François 1er, ainsi qu’une partie des ratifications, les Archives nationales et la BnF ne disposant de leur côté que des copies du texte ou de la ratification définitive du roi de France.

Cette acquisition majeure offre aux chercheurs une source remarquable dont l’étude formelle pourrait contribuer à renouveler la compréhension de cette séquence historique du conflit entre la France et l’Empire – un conflit marqué par la captivité de François 1er après la bataille de Pavie aux mains de Charles Quint.

Programmée pour novembre 2021 à l’initiative de la direction des Archives du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, la journée d’étude se situe dans le prolongement du colloque international organisé à Liège et Bourg-en-Bresse en 2017-2018 autour de la « Paix des Dames (1529) » (actes édités par Jonathan Dumont, Laure Fagnart, Pierre-Gilles Girault et Nicolas Le Roux, à paraître aux Presses universitaires François Rabelais de Tours). Elle en diffère cependant en plaçant au centre de l’attention  ces archives intégrées désormais aux fonds publics et ouvertes à la recherche, au premier rang desquelles le traité retrouvé.

L’appel à communication est ouvert à tous les chercheurs, conservateurs et historiens spécialistes des pays concernés par ce traité qui consacre la domination de Charles Quint en Europe dans les années 1520-1530.  Deux axes d’étude principaux sont proposés :

1 – Archivistique

A partir d’un recensement de « l’archipel des dépôts » où sont aujourd’hui conservés les documents ponctuant les étapes de l’avènement du traité, de sa négociation à son exploitation ultérieure par les juristes (précédents) ou les érudits (à titre de sources), on s’attachera à reconstituer l’histoire de la « mise en archives » du traité, en faisant une place particulière dans cette archéologie aux dépôts d’archives privées, conservés in extenso ou au contraire disséminés au gré des dons ou des ventes. Le cheminement des documents (considérés ici comme objets d’histoire plus que comme sources), selon qu’ils aient rejoint des chartriers privés ou qu’ils aient été intégrés (par voie de séquestre, revendication, achat  ou don)  aux archives publiques en gestation (Trésor des Chartes, Archives diplomatiques) est révélateur des étapes de la stratification d’une mémoire d’Etat.

2 – Diplomatique et historique  

Suivant la ligne tracée par la journée d’études que l’Ecole des Chartes a consacrée à « Diplomatie et diplomatique à l’âge moderne : les traités » (Etudes réunies par Olivier Poncet, Ecole des Chartes, 2015), l’étude prendra pour point de départ l’analyse de la formulation et des caractères externes du traité, de façon à clarifier les procédures qui ont mené de sa rédaction à son entrée en vigueur, en se référant à ses antécédents, principalement le traité de Madrid de 1526, dénoncé par François 1er dès sa conclusion.

Cet angle de vue doit permettre d’aborder la  fabrique d’un traité, ses auteur(e)s et les phases de sa conception, dans le cas particulier de cette étonnante « Paix des Dames », qui mit en scène deux femmes appelées à exercer la Régence dans des circonstances exceptionnelles, du moins pour la France alors confrontée à la captivité du roi puis de ses fils.

L’objet de l’étude est ici la diplomatique du traité, qui est « un reflet des rapports de force et de la culture des sociétés dans lesquelles elle se développe et évolue » (O. Poncet).

Les propositions de contribution sont attendues jusqu’au 30 avril. Le programme établi sera diffusé avant le 30 mai.

Les discussions, eu égard au contexte actuel, pourront éventuellement être organisées à distance. À l’issue du colloque, la publication d’actes est prévue, comprenant, outre le texte des communications, l’édition commentée du traité et de documents complémentaires.

Pour toute interrogation au sujet des contributions, les candidats pourront s’adresser à Isabelle Nathan, cheffe du département des Publics (isabelle.nathan@diplomatie.gouv.fr) et Guillaume Frantzwa, chef du pôle des traités (guillaume.frantzwa@diplomatie.gouv.fr).

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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