Appel à contribution – L’eau dans les villes d’Europe au Moyen Âge (IVe-XVe s.) : un vecteur de transformation de l’espace urbain

Colloque organisé par l’université de Tours
21-23 Octobre 2021
UMR 7324 CITERES − Laboratoire Archéologie et Territoires

2e Appel à communication

A la suite des propositions reçues lors du premier appel à communication, les organisateurs du colloque élargissent l’aire géographique d’étude à l’Europe et étendent la chronologie retenue à la fin du Moyen Âge.

Les propositions sont attendues avant le 30 avril 2021 sur le site https : //eauvillehma.sciencesconf.org/.

Les villes, ou plutôt les sociétés urbaines, entretiennent et ont entretenu, avec l’eau des relations multiples et complexes. Sous toutes ses formes (eau stagnante et zone humide, eau dynamique, souterraine ou de surface), l’eau est un préalable à l’installation d’une communauté humaine et presque toutes les villes s’accrochent aux rives d’un cours d’eau utilisé à des fins diverses (alimentaire, artisanale, source d’énergie, moyen de défense, transport…). Peut-être plus que n’importe quelle ville, l’agglomération médiévale est une ville où l’eau est omniprésente ce qui en fait un thème de prédilection des chercheurs comme l’illustrent les nombreux travaux publiés sur le sujet (Leguay 2002, Guillerme 1983). Parmi les colloques organisés jusqu’à présent sur l’eau à l’époque médiévale, la grande majorité des communications concernent la fin de la période pour laquelle les sources textuelles sont plus nombreuses et moins lacunaires. Parallèlement dans les colloques et publications portant sur la ville du haut Moyen Âge, le rôle de l’eau reste peu étudié ou en tout cas abordé de manière marginale (Hodges, Hobley 1988), même si certains exemples sont bien connus pour cette période comme la ville portuaire de Dorestad (Van Es, Verwers 1980) ou encore Douai (Louis, Demolon, Louis-Vanbauce 1990). En 2004 la publication d’un colloque du CTHS sur les fleuves et marais a renouvelé les approches relatives à l’anthropisation des fleuves et à la gestion des zones humides avec des exemples urbains comme Tours (Burnouf et Leveau 2004). 

Partant du postulat qu’il existe une multitude de types de ville au Moyen Âge tant par leurs origines que par leurs fonctions (villes d’origine antique ou établies autour d’établissements monastiques, de sites castraux ou de pôles économiques…), nous proposons de réévaluer le rôle de l’eau dans ces villes selon trois échelles d’analyse de taille croissante : l’usage de l’eau en ville, l’eau à l’échelle de la ville et enfin l’eau et la constitution des réseaux de villes, en mettant en relief les différents rôles de l’eau à partir des découvertes archéologiques réalisées lors d’opérations préventives et programmées comme de l’analyse des sources textuelles. 

1 – Vivre de l’eau, vivre avec l’eau en ville au Moyen Âge

Dans cette thématique nous nous interrogerons sur les utilisations de l’eau dans un cadre quotidien mais aussi dans le cadre productif en insistant sur les structures et infrastructures répondant à ces besoins à l’échelle des acteurs de l’espace urbain.

Utiliser quotidiennement l’eau 

L’approvisionnement et l’évacuation de l’eau en ville constituent un premier thème. Pour les besoins quotidiens, l’accès à l’eau s’effectuait de deux manières : soit par un approvisionnement sur place (pompage et prélèvement de l’eau des rivières, captage des eaux souterraines ou encore récupération des eaux de pluie dans des citernes), soit par acheminement de l’eau venant d’une source plus lointaine (maintien des aqueducs antiques ou nouveaux aménagements). On pourra donc s’interroger à partir des vestiges archéologiques retrouvés (puits, citerne, système d’adduction, aqueduc) sur les niveaux de connaissance technologique des sociétés du Moyen Âge mais également sur l’apport des villes d’origine antique et le degré de continuité d’utilisation des systèmes hérités. Les propositions pourront également concerner les aspects hygiéniques de l’eau (bains, étuves), liturgiques ou rituels (baptistères, mikvés…).

Produire grâce à l’eau dans l’espace urbain 

Cette thématique concerne les activités de production et de transformation en lien avec l’eau. On s’intéressera notamment aux activités halieutiques, aux pêcheries mentionnées dans les sources écrites et dont les vestiges constitués de pieux de bois sont parfois découverts dans les rivières. Vingt ans après les Rencontres internationales de Liessis sur la pêche en eau douce au Moyen Âge et à l’époque moderne, ce sera l’occasion de faire le point sur les nouvelles découvertes. Une place importante sera accordée aux contributions portant sur les moulins hydrauliques (à roue verticale ou horizontale) qui étaient souvent associés aux activités de pêche dans les villes médiévales. Avec le développement de l’archéologie préventive ces vingt dernières années, de nombreux sites ont pu être fouillés à l’échelle de l’Europe ; nous souhaiterions accueillir ici des exemples à caractère urbain ou périurbain. Enfin, ce sera également l’occasion d’évoquer les activités industrielles qui nécessitent un accès à l’eau comme les tanneries ou les draperies dont l’existence est parfois difficile à appréhender.

Transporter et franchir

L’archéologie des lits mineurs des fleuves en plein développement depuis une vingtaine d’années montre la richesse de ces espaces en ce qui concerne les aménagements liés au transport et à la circulation sur l’eau (ports, quai), ou à sa traversée (ponts, bacs). L’évolution de la Waterfront Archaeology et de l’archéologie préventive a notamment permis la fouille de structures portuaires en milieu urbain comme à Namur en Belgique, Bordeaux ou Lyon en France. Dans la vallée de la Loire certains sites sont toujours en cours d’étude comme le port d’origine antique de Rezé près de Nantes qui perdura jusqu’au haut Moyen Âge ou encore la ville de Blois avec ses ponts et pêcheries médiévales. L’attention sera portée à la présentation de cas de figures spécifiques liés à la découverte de vestiges archéologiques. 

2 – L’eau en ville

A travers cette deuxième thématique nous chercherons à élargir le champ en ne nous intéressant plus aux structures archéologiques proprement dites mais à leur inscription dans le paysage urbain. Depuis les travaux d’André Guillerme, on sait qu’il se constitue dans les villes du haut Moyen Âge un réseau hydrographique de surface parfois très dense résultant essentiellement de deux phénomènes : les mises en défense successives et l’utilisation de l’eau à des fins artisanales tant intra qu’extra muros. C’est le temps de l’eau dynamique qui s’achèvera au milieu du 14e s. par l’apparition d’eau de plus en plus stagnante en raison des progrès de l’armement nécessitant de larges fossés de défense ouvrant une nouvelle ère de la relation entre société urbaine et eaux. Ce constat amène deux types d’interrogations aux temporalités différentes : une première sur la création et le fonctionnement de ces systèmes hydrographiques et une seconde sur le poids de ces aménagements dans la fabrique de la ville médiévale.

Comprendre le système hydrographique par les activités/jeux d’acteurs/ objectifs des habitants

Ces “petites Venise”, qui nous sont révélées par la documentation textuelle au mieux au 11e s. mais souvent à partir du 12e s., sont le résultat de plusieurs siècles de projets d’aménagements répondant à des besoins très variés. Si l’on peut s’interroger sur la reconnaissance des projets initiaux, leur ampleur, leurs commanditaires, les savoir-faire mis en œuvre…, il est tout aussi intéressant de s’intéresser à leur transformation qui ne se fait jamais sans heurts. L’installation d’un nouveau moulin ou d’un quartier de tanneurs nécessite une nouvelle dérivation qui vient perturber le système hydrographique antérieur reposant sur un savant compromis. Ainsi cette thématique cherchera à comprendre, derrière le réseau hydrographique, ce qui se joue à différents moments de l’histoire de la ville. Il s’agira de reconstituer, à partir des structures subsistantes, “un système hydraulique”, qui implique la reconnaissance de la démarche de ses créateurs : choix du site en fonction des potentialités topographiques (marais, zone humide), des opportunités foncières, des ressources hydrologiques, de leur aptitude à être organisées en flux de distribution destinés à desservir de multiples activités (meunerie, pisciculture, force motrice à l’usage d’artisanat comme le textile…) mais aussi à la défense. Même si la plupart des réponses sont certainement de l’ordre de l’hypothèse, elles permettent néanmoins de poser des éléments de réflexion comme la possibilité de lire la croissance urbaine par l’analyse de la formation du réseau hydrographique. 

Mesurer le rôle de l’eau au Moyen Âge dans la fabrique de la ville 

Une fois abordée la chronologie de la mise en place du réseau hydrographique et les buts poursuivis par les acteurs repérés, il est possible de s’interroger sur le rôle de l’eau non plus dans la vie des habitants mais comme élément structurant de l’espace urbain sur le temps long. Dans cette thématique nous nous proposons de réinterroger le poids du Moyen Âge dans la construction des réseaux hydrographiques des “petites Venise”. Mais aussi le poids du site (marais, paléo-chenaux) dans la construction de la forme urbaine (morphogène). Est-il possible de discerner une chronologie préférentielle dans les usages des canaux au cours du temps : rôle défensif, utilisation comme bief, assainissement de marais ? 

3- L’eau et le réseau de villes en Europe du Nord-Ouest 

Une dernière échelle pourra être abordée dans ce colloque, celle des réseaux de villes. En effet, la persistance et la croissance des villes d’origine antique comme les fondations de villes nouvelles sont souvent liées dans l’historiographie traditionnelle à un essor économique dont l’origine est encore discutée. Dans les deux cas, la localisation géographique proche de l’eau (rivage d’un fleuve ou d’une rivière, côte, estuaire…) et donc la possibilité d’un transport fluvial et/ou maritime aisé est certainement la cause de cet essor. On pourra donc s’interroger sur le rôle de l’eau dans ces systèmes de ville, leur origine, leur développement mais aussi sur les acteurs de ce commerce (grandes abbayes, grands laïcs…) qui ont pu mettre en place de véritables réseaux inter régionaux. 

Les propositions de communication ou de poster en français ou en anglais sont attendues avant le 30 avril 2021. Elles devront inclure un titre, un résumé d’environ 300 mots en français ou en anglais ainsi que le rattachement institutionnel de l’auteur. Elles sont à déposer sur https://eauvillehma.sciencesconf.org/.

Il est prévu de publier les actes de ce colloque.

L’inscription au colloque s’élève à 20 €. Elle est gratuite pour les étudiants sous condition d’inscription. Un buffet est prévu au déjeuner durant les deux jours du colloque (15 € de participation). Le troisième jour, une visite de la ville de Vendôme sera proposée aux participants du colloque. L’aller-retour sera effectué en bus depuis Tours.

Pour tout complément d’information, vous pouvez consulter le site dédié à cette manifestation scientifique sur https://eauvillehma.sciencesconf.org/.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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