Colloque – Stemmata Quid Faciunt ? Noblesse d’âme ou de sang au Moyen Âge

Journée d’étude, CESCM (Poitiers), le vendredi 7 mai 2021

Dir. Martin Aurell et Clément de Vasselot

La journée sera retransmise en distanciel, les personnes intéressées doivent contacter l’adresse suivante : clement.devasselot@univ-angers.fr pour obtenir un accès à la salle virtuelle.

« À quoi bon les arbres généalogiques ? À quoi sert d’être célèbre en raison d’une longue suite d’aïeux ? La seule noblesse est la vertu. » Cité à satiété par les intellectuels du XIIe siècle, le célèbre passage des Satires de Juvénal résume une croyance fort répandue dans leur milieu. Cette idée est-elle spécifique à quelques clercs savants, férus de classiques latins et défenseurs de l’idée paulinienne de l’égalité radicale des baptisés « ne faisant qu’un dans le Christ » (Gal 3, 28) ? À l’encontre de la taxinomie sociale de l’époque, une telle conception ne leur serait-elle pas exclusive ?

N’en déplaise à Juvénal et à ses commentateurs médiévaux, la généalogie compte pour beaucoup dans la conscience que les nobles ont d’eux-mêmes, alors que leurs aïeux héroïques leur semblent bien supérieurs au commun des mortels. Au sein du lignage, la transmission onomastique ou héraldique corrobore une filiation prestigieuse. Il en va encore davantage avec le domaine familial, doté d’un château, symbole de leur seigneurie, et d’une nécropole où reposent les ancêtres. De longue date, les médiévistes suivent ces pistes. La prosopographie les pousse à structurer chaque lignage dans un tableau de filiation, et à retracer les réseaux consolidant sa domination. Ils définissent ainsi la noblesse en fonction de son monopole de la guerre, de son autorité sur les hommes et de sa possession de la terre. Sa capacité à transmettre à sa descendance l’héritage ancestral leur semble capitale.

Au-delà de ses biens matériels, l’aristocratie médiévale perdure à cause d’une large reconnaissance sociale. Elle devient ainsi « noblesse », selon la vieille définition des Étymologies d’Isidore de Séville, qui joue sur notus (participe passé adjectivé de gnosco, « connaître ») et sur ses dérivés notabilis et nobilis pour conclure : « Le noble est celui dont le nom et la famille sont connus. » Cette reconnaissance sociale est la réputation ou fama, le regard qu’autrui porte sur chacun. Elle se mêle inextricablement de l’honneur, mais aussi de la honte (verecundia) qu’entraîne sa perte. C’est pourquoi le comportement individuel rejaillit sur chaque dynastie nobiliaire. « Dans les nobles doit reparaître la grandeur d’âme de leurs ancêtres qui conquirent la noblesse par leurs exploits », affirme Jean de Meung. La prééminence sociale dépend étroitement de la vertu, qu’on conçoit certes comme la qualité découlant des actes bons posés par le libre arbitre individuel, mais aussi comme une virtus ou force charismatique se transmettant de père en fils dans quelques lignées privilégiées.

Programme :

9h-9h30 – Martin AURELL (Univ. Poitiers) et Clément de VASSELOT (Univ. Angers) : Introduction

9h30-10h – Michel FAUQUIER (Institut Albert-le-Grand, Université de Poitiers, Rennes School of Business) : Faut-il être noble pour être saint ? Les faux-semblants de l’hagiocratie à travers l’exemple mérovingien
10h-10h30 : Discussion
10h30-10h45 : Pause

10h45-11h15Guy PERRY (Univ. Oxford) : Advertising virtue and minimizing vice : the case of the house of Brienne, c.950-1356
11h15-11h45 : Discussion.

11h45-12h15 – Gregory LIPPIATT (Univ. Exeter) : Creating Real Crusading Dynasties : The Montforts and the Briennes around the Mediterranean in the Thirteenth Century
12h15-12h30 : Discussion

14h00-14h30Rodolphe BILLAUD (ICES) : Le futur Édouard Ier et les faiblesses du lignage noble en Angleterre au milieu du XIIIe siècle
14h30-15h : Discussion.

15h-15h30 : Charles de MIRAMON (CNRS) et Maaike van der LUGT (Univ. Versailles) : L’angoisse de la descendance. Noblesse, hérédité et eugénisme à la fin du Moyen Âge
15h30-16h : Discussion
16h-16h15 : Pause

16h15-16h45Adriane BOUSSAC (EPHE) : Pour faire cas vilain homme noble perd sa noblesse. Théories et pratiques de la déchéance de la noblesse dans le royaume de France à la fin du Moyen Âge
16h45-17h15 : Discussion.

17h15-17h45  – Thierry DUTOUR (Sorbonne Univ.) : Nous sommes esgaulx à peu près. Les incertitudes de la justification de la supériorité nobiliaire à la fin du Moyen Age en France
17h45-18h : Discussion. Fin du colloque

Source : CESCM

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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