Appel à contribution – Figurations du sentir / Picturing Sensory Experiences / Figurazioni del sentire

Date limite de remise des propositions : 30 juin 2021, des articles : 1er février 2022
Numéro coordonné par Marta Battisti, Viktoria von Hoffmann et Érika Wicky

English follows / Segue l’italiano

Ce numéro d’Images re-vues vise à interroger les figurations multiples du sentir. Il a pour ambition de questionner, dans un même mouvement, les représentations visuelles de la perception et l’expérience sensible mobilisée lors de leur création et réception. Les contributions proposées s’inscriront dans le prolongement de recherches interdisciplinaires menées sur l’expérience sensible au cours des dernières décennies.

L’émergence de l’histoire des sens dans les années 1980 est contemporaine de celle de l’histoire des cultures visuelles, dont l’étude concerne à la fois le sens de la vue et les productions adressées au regard. Croisant ces approches, plusieurs travaux, qui s’inscrivent dans la lignée des recherches du médiéviste Carl Nordenfalk (1976), ont été consacrés à l’iconographie des cinq sens, faisant dès lors entrer les images parmi les matériaux de l’histoire du sensible. Ces études pionnières, dont le catalogue de l’exposition Immagini del sentire : i cinque sensi nell’arte (Ferino-Pagden, 1996) est un exemple, ont permis d’identifier, notamment, les allégories et symboles associés aux différents sens dans les cultures visuelles. Les évocations du sensorium – le plus souvent aristotélicien –, que l’on rencontre, par exemple, chez Floris et Cort (Les cinq sens, 1561), Brueghel l’Ancien et Rubens (Allégories des cinq sens, 1617) ou encore dans les riches collections d’emblèmes qui se développent à la Renaissance, sont aujourd’hui bien connues. Il s’agit, par exemple, d’un miroir pour la vue, d’un cerf ou d’un instrument musical pour l’ouïe, de fleurs pour l’odorat, d’un singe et de mets pour le goût ou encore de l’évocation d’un contact, avec du tissu, par exemple, pour le toucher, dont la finesse est symbolisée par celle de l’araignée. De telles études ont également permis de mettre en évidence les fonctions attribuées à chaque sens ainsi que les descriptions du fonctionnement des organes sensoriels. En s’appuyant à la fois sur cette tradition historiographique et sur les développements récents des sensory studies, inspirés par le dialogue fécond noué entre l’histoire des sens et l’histoire des émotions (Bodicce et Smith, 2020), cet appel à communications propose d’étudier les figurations du sentir en tant que relais de l’expérience sensible du monde.

Plutôt que les registres symboliques associés aux sens, nous souhaitons considérer les représentations visuelles des actes de la perception, qu’il s’agisse de représentations artistiques ou d’imageries scientifiques, en dialogue avec l’expérience sensible qui entre en jeu lors du processus de création et de réception de celles-ci. Analyser la façon dont la perception sensorielle, qui relève de l’invisible et s’inscrit dans le présent, a pu être représentée, nous amènera à prêter attention aux gestes, mais aussi aux appareils (tel le cornet acoustique ou le lorgnon) liés à l’acte de sentir, tout aussi bien qu’à son éventuelle impossibilité causée par une défaillance des sens, une perspective qui pourra s’enrichir de l’apport des disability studies. Nous envisagerons également les images en rapport avec les gestes sensibles de la création, en analysant la sensorialité de l’artiste lui-même et les possibilités de résonance de ses perceptions avec leurs représentations. Parallèlement, la réception des images du sentir et les réponses émotionnelles du spectateur face à la figuration de la sensation (dégoût, rire, plaisir) seront aussi prises en considération. Envisager les représentations visuelles du sentir comme expérience sensible du monde impliquera de réfléchir à l’intersensorialité implicite de ce genre de production, ainsi que d’évaluer la mobilisation, au niveau imaginatif, des sens du spectateur, nous conduisant à considérer tant la production que la consommation des œuvres. Nous interrogerons ainsi la dimension résolument esthésique (< aesthesis, la sensation) des figurations du sentir (Boutaud, 2012).

Une approche globale des figurations de la perception sensorielle permettra de mieux comprendre la construction des pratiques et des savoirs liés à l’acte de sentir, tout autant que les modèles sensoriels qui ont gouverné notre rapport au monde. La prise en considération de différents supports visuels (peintures, gravures, dessins, sculptures) et domaines culturels (arts, sciences naturelles, médecine, gastronomie, musique, religion) permettra d’interroger les fonctions de ces représentations et leur contribution à une esthétisation, une objectivation ou une réflexion sur l’expérience des sensations. L’absence de limites chronologiques et l’ouverture à toutes les ères culturelles nous donnera l’occasion d’explorer la diversité des réponses qui ont pu être données à ces questions, voire de nourrir une approche comparative des figurations du sentir.

Parmi les pistes de recherches pouvant être explorées, mentionnons :

– Les enjeux artistiques, religieux, économiques, philosophiques ou politiques que les représentations de la perception sensorielle peuvent revêtir, ainsi que les enjeux liés à la caractérisation sociale, genrée ou racisée des sujets de ces figurations.

– L’articulation entre les hiérarchies sensorielles et les cultures visuelles : les sensorialités réputées basses constituent-elles des sujets de prédilection pour les genres considérés comme inférieurs, telle la caricature ? Ou bien leur représentation nécessite-t-elle un détour allégorique ?

– Les stratégies visuelles permettant de figurer l’intensité des perceptions sensorielles.

– Les représentations visuelles d’autres imaginaires sensoriels que celui des cinq sens relevant du sensorium défini par Aristote. L’art pré-hispanique (Cruz Riviera, 2019) ou celui de l’islam médiéval (Le Maguer, 2013) invitent à d’autres exemples et analyses des figurations du sentir.

– Les lieux communs et les gestes du sentir inhérents aux imaginaires figuratifs sensoriels d’une culture et d’une époque données, comme, par exemple, les représentations de dissections anatomiques ou de banquets à l’époque moderne, ou encore les figurations fin-de-siècle des jeunes filles humant une fleur d’un air rêveur.

– Les représentations visuelles du sentir empruntant à d’autres systèmes de conventions qui, comme les cartes sensorielles ou les visualisations de l’activité cérébrale, échappent aux codes de représentation habituellement convoqués par les arts visuels.

Les propositions d’articles (750 mots maximum) en français, en anglais ou en italien précisant la problématique abordée et le corpus analysé devront être adressées à Marta Battisti, Viktoria von Hoffmann et Érika Wicky avant le 30 juin 2021. Les articles rédigés en anglais, en français ou en italien (entre 30 000 et 60 000 signes) seront attendus pour le 1er février 2022. Conformément aux pratiques habituelles de la revue, chaque article fera l’objet d’une double évaluation par le comité de rédaction puis par le comité scientifique d’Images re-vues.

Picturing Sensory Experiences

This special issue of the journal Images Re-vues explores various approaches to picturing sensory experiences. The aim is to interrogate both the visual representations of sensory perceptions and the sensory experiences shaped by the creation and reception of such images. The proposed contributions will build on the vibrant interdisciplinary research carried out in sensory studies in recent decades.

The history of the senses and the history of visual cultures both emerged in the 1980s, with the latter examining both the history of sight and works meant to be apprehended visually. Crossing these approaches, several works – building on the seminal research from the medievalist Carl Nordenfalk (1976) – have been devoted to the iconography of the five senses, thus including images among the materials of histories of sensory cultures. These pioneering studies, which include the catalogue of the exhibition Immagini del sentire: i cinque sensi nell’arte (Ferino-Pagden, 1996), have identified the allegories and symbols associated with the senses in visual cultures. For example, representations of the – most often Aristotelian – sensorium can be seen in Floris and Cort (The Five Senses, 1561), Brueghel the Elder and Rubens (Allegories of the Five Senses, 1617), and vast Renaissance collections of emblems. In these and other images, it is frequent to find sight pictured by a mirror, hearing represented in the form of a deer or a musical instrument, whereas flowers were a known symbol of smell, in the same way that monkeys and food symbolised taste. Touch could be alluded to by the depiction of contact with fabric, for example, and its finesse was characteristically suggested by the figure of the spider. Previous studies that have explored these issues have also highlighted the functions attributed to each sense and provided descriptions relating to the functioning of sensory organs.

Drawing on these works as well as more recent developments in the field inspired by the fruitful dialogue between sensory history and the history of emotions (Bodicce and Smith, 2020), this special issue proposes to study practices of picturing the senses as a window into the sensory experiences of the past. Rather than exploring the symbols representing the senses, we wish to consider how visual depictions of sensory perception intersect with the sensory experiences that come into play during the creation and reception of artistic and scientific imagery. Analysing how sensory perception, an invisible practice experienced in the present, could manifest in visual depictions will lead us to pay attention to bodily gestures and technological devices (such as the acoustic horn or the eyeglass) connected with sensory experience and its depiction. This perspective could also be enriched by considerations of sensory deprivation stemming from disability studies.

We will also consider the interplay between practices of creation – the senses of the maker – and the sensory experience depicted in the image, attempting to capture the resonances from one to the other. Likewise, the reception (and reactions of disgust, laughter, pleasure) by the viewer of the image will also be examined to evaluate the mobilisation, at the imaginative level, of the viewer’s senses. Considering the visual representations of the senses as sensory experiences of the world will lead us to discuss the implicit intersensory nature of visual representations of the senses, as we will consider both the production and consumption of images. In a word: our collective inquiry will question the esthesic dimension (< aesthesis, sensation) of picturing sensory experiences (Boutaud, 2012).

A global approach to the visual depictions of sensory perception will provide a fresh understanding of practices and knowledge related to sensory experience and the sensory models that have governed human relationships with the surrounding world. The consideration of different visual artistic media (e.g., paintings, engravings, drawings, sculptures) and of a wide variety of cultural fields (e.g., arts, natural sciences, medicine, gastronomy, music, religion) will help us interrogate the functions of these representations and their contribution to an aestheticisation, objectivation, or reflection about the nature of sensory experience. The absence of chronological and geographical boundaries will allow us to explore the diversity of answers to these questions and perhaps to develop a comparative approach interrogating multiple ways of picturing the senses.

Avenues of research that can be explored include but are not limited to:

– The artistic, religious, economic, philosophical, and political contexts informing the representations of sensory perceptions, as well as issues connected with the social, gendered, and racialised characterisation of the subjects of these representations.

– The intersection between hierarchies of the senses and the arts. Sample questions include whether the lower senses were natural subjects for artistic genres considered inferior, such as caricature? Alternately, did such representations require an allegorical detour?

– Which visual strategies could be employed to depict the intensity or deprivation of sensory perceptions?

– The visual representations of sensory imaginaries beyond the five senses of the sensorium defined by Aristotle. Pre-Hispanic (Cruz Riviera, 2019) and medieval Islamic art (Le Maguer, 2013) invite other examples and analyses of sensory experiences.

– The commonplace sensory imagination in a given culture and period, such as, for example, representations of anatomical dissections and banquets in the Renaissance, or the end-of-century representations of young girls dreamily smelling a flower.

– Visual depictions of sensory experiences offered by different conventional systems escaping the usual representational codes shaping the visual arts, like sensory maps and visualisations of brain activity.

Proposals for articles (750 words maximum) in French, English, or Italian describing the research questions and the corpus of sources should be sent to Marta BattistiViktoria von Hoffmann and Érika Wicky by June 30th, 2021. Articles (30,000 – 60,000 characters) will be expected by February 1st, 2022. Per journal policies, each article will be subject to a double-blind peer review by the editorial committee and the scientific committee of Images Re-vues.

Figurazioni del sentire

Questo numero d’Image re-vues intende studiare le molteplici figurazioni del sentire. La sua ambizione è di interrogare al tempo stesso le rappresentazioni visive della percezione e l’esperienza sensibile suscitata durante il loro processo di creazione e fruizione. I contributi proposti si iscriveranno nel prolungamento delle ricerche interdisciplinari condotte sull’esperienza sensibile nel corso degli ultimi decenni.

L’emergenza della storia dei sensi nel corso degli anni ’80 è contemporanea a quella della storia delle culture visive, volta sia allo studio del senso della vista che a quello delle creazioni destinate allo sguardo. Incrociando questi approcci, diversi studi, derivanti dalle ricerche del medievista Carl Nordenfalk (1976), sono stati consacrati all’iconografia dei cinque sensi, facendo in tal modo entrare le immagini tra le fonti di una storia del sentire. Questi studi, di cui il catalogo della mostra Immagini del sentire: i cinque sensi nell’arte (Ferino-Pagden, 1996) è un esempio, hanno portato all’identificazione delle allegorie e dei simboli associati ai diversi sensi nelle culture visive. Le evocazioni del sensorium, generalmente di derivazione aristotelica, che si riscontrano ad esempio in Floris e Cort (I cinque sensi, 1561), Bruegel il Vecchio e Rubens (Allegorie dei cinque sensi, 1617) o nelle ricche collezioni di emblemi del Rinascimento, sono oggi ben conosciute. Si tratta, ad esempio, di uno specchio per la vista, di un cervo o di uno strumento musicale per l’udito, di fiori per l’odorato, di una scimmia e di pietanze per il gusto o dell’evocazione di un contatto, per esempio con un tessuto, per il tatto, simboleggiato dal ragno. Tali studi hanno inoltre messo in evidenza le funzioni attribuite a ogni senso e le descrizioni del funzionamento dei diversi organi sensoriali. Sulla base di questa tradizione storiografica e degli sviluppi recenti dei sensory studies, ispirati dal dialogo fecondo tra la storia dei sensi e quella delle emozioni (Boccide e Smith, 2020), questa call for papers propone di studiare le figurazioni del sentire in quanto tramite dell’esperienza sensibile del mondo.

Piuttosto che i registri simbolici associati ai diversi sensi, desideriamo prendere in considerazione le figurazioni visive degli atti della percezione, che si tratti di rappresentazioni artistiche o di immagini scientifiche, in dialogo con l’esperienza sensibile implicata nel processo della loro creazione e fruizione. L’analisi del modo in cui la percezione sensoriale, propriamente invisibile e legata al presente, a potuto essere rappresentata ci porterà a studiare i gesti, ma anche gli apparecchi (come il cornetto acustico o l’occhialetto), legati all’atto del sentire o alla sua impossibilità dovuta a una carenza delle facoltà percettive – una prospettiva che si potrà arricchire del contributo dei disability studies. Saranno ugualmente prese in conto le immagini in rapporto con i gesti sensibili della creazione, attraverso l’analisi della sensorialità dell’artista stesso e delle possibili risonanze tra le sue proprie percezioni e le loro rappresentazioni. Al tempo stesso, saranno prese in esame la fruizione delle immagini del sentire e le risposte emotive dello spettatore davanti alla figurazione della sensazione (disgusto, riso, piacere). Considerare le rappresentazioni visive del sentire come esperienza sensibile del mondo implicherà da un lato una riflessione sull’intersensorialità implicita a questo tipo di produzione artistica, dall’altro una valutazione dell’attivazione, a livello immaginativo, dei sensi dello spettatore, portandoci ad analizzare tanto la produzione che la fruizione delle opere. In questa maniera, la dimensione risolutamente estetica (< aesthesis, sensazione) delle figurazioni del sentire potrà essere valutata (Boutaud, 2012).

Un approccio globale delle rappresentazioni della sensorialità permetterà una migliore comprensione della costruzione delle pratiche e delle conoscenze legate all’atto del sentire, come dei modelli sensoriali che hanno determinato il nostro rapporto al mondo. La presa in considerazione di diversi supporti visivi (pitture, incisioni, disegni, sculture) e ambiti culturali (arti, scienze naturali, medicina, gastronomia, musica, religione) permetterà di valutare le funzioni di queste rappresentazioni e il loro contributo ad un’estetizzazione, oggettivazione o riflessione sull’esperienza del sentire. L’assenza di limiti cronologici e l’apertura a tutte le epoche e culture offrirà l’occasione di esplorare la diversità delle risposte che sono state apportate a queste domande, come di nutrire un approccio comparativo delle figurazioni del sentire.

Tra i diversi assi di ricerca che potranno essere esplorati, citiamo:

– Gli aspetti artistici, religiosi, economici, filosofici o politici che le rappresentazioni della sentire possono detenere, come anche le implicazioni legate alla caratterizzazione sociale, di genere o di razza dei soggetti di queste figurazioni.

– L’articolazione tra le gerarchie sensoriali e le culture visive: le sensorialità ritenute basse appaiono essere dei soggetti prediletti per i generi artistici considerati inferiori, come la caricatura? Oppure la loro figurazione richiede un’interpretazione in chiave allegorica?

– Le strategie visive che permettono di rappresentare l’intensità delle percezioni sensibili.

– Le rappresentazioni visive di altri immaginari sensoriali rispetto a quello dei cinque sensi derivante del sensorium definito da Aristotele. L’arte preispanica (Cruz Riviera, 2019) o quella dell’islam medievale (Le Maguer, 2013) invitano a considerare altri esempi e analisi delle figurazioni del sentire.

– I luoghi comuni e i gesti del sentire inerenti agli immaginari figurativi e sensoriali tipici di una determinata cultura o epoca, come, per esempio, le rappresentazioni di dissezioni anatomiche o di banchetti all’epoca moderna, o ancora le figurazioni di fine Ottocento di giovani fanciulle sognanti che annusano un fiore.

– Le rappresentazioni visive del sentire derivanti da altri sistemi e convezioni, i quali, come le carte sensoriali o le visualizzazioni dell’attività cerebrale, sfuggono ai codici della figurazione generalmente convocati per le arti visive.

Le proposte di articoli (750 parole massimo) in francese, inglese o italiano, contenenti la tematica trattata e il corpus analizzato, dovranno essere indirizzate a Marta Battisti, Viktoria Von Hoffmann e Erika Wicky entro il 30 giugno 2021. Gli articoli redatti in inglese, francese o italiano (tra i 30000 e i 60000 segni) dovranno essere consegnati il 1° febbraio 2022. Conformemente alle pratiche editoriali della rivista, ogni articolo sarà l’oggetto di una doppia valutazione da parte del comitato di redazione e in seguito dal comitato scientifico di Images re-vues.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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