Appel à contribution – Dans l’ombre du prince : l’expédition de Louis de France en Angleterre (1215-1217), recrutement et réseaux / In the shadow of the prince: the expedition of Louis of France in England (1215-1217), recruitment and networks

English version below

La journée d’études est le premier volet du projet « L’invasion oubliée : l’expédition anglaise de Louis de France (1215-1217) dans son contexte européen », visant à reconsidérer au travers d’une série de rencontres scientifiques l’expédition menée par le prince Louis en Angleterre. À l’appel des barons à l’automne 1215, le fils de Philippe Auguste mit sur pied une expédition destinée à venir leur porter secours et à défendre ses droits. Il débarqua en Angleterre au mois de mai 1216 : au terme de plus d’une année de combats, marquée par les défaites de Lincoln (mai 1217) et de Sandwich (août 1217), il dut accepter un accord avec le gouvernement de régence dirigé par Guillaume le Maréchal et quitter l’Angleterre. Des récits détaillés de l’expédition ont été proposés par Charles Petit- Dutaillis en 1894 dans son Étude sur la vie et le règne de Louis VIII (1187-1226), et les ouvrages récents de Sean McGlynn et de Catherine Hanley sont revenus sur le déroulement des événements. De nombreux aspects de l’expédition sont toutefois restés dans l’ombre : les médiévistes travaillant sur la France se sont essentiellement penchés sur d’autres aspects de la vie de Louis, notamment son action dans le cadre de la croisade albigeoise, alors que les spécialistes de l’Angleterre médiévale ont plutôt mis l’accent sur la postérité de la Grande Charte et l’action de Guillaume le Maréchal. Épisode peu glorieux de l’épopée capétienne, l’expédition française pouvait apparaître comme un contretemps mineur dans un récit insulaire qui faisait une place de plus en plus grande à la communauté de royaume.

Le temps semble venu de reconsidérer l’expédition de Louis en Angleterre : celle-ci doit en effet être comprise dans le cadre de la recomposition des pouvoirs dans le nord-ouest de l’Europe, alors que l’alliance entre le roi d’Angleterre, le comte de Flandre et l’empereur Otton IV venait d’être détruite sur le champ de bataille de Bouvines en 1214, et que la Flandre encore récemment indépendante passait sous contrôle capétien. Si l’expédition de Louis avait réussi, les Capétiens seraient montés sur le trône anglais, créant peut-être un royaume double. L’échec de l’expédition et sa disparition relative de la mémoire collective ne doivent pas oblitérer son importance pour la compréhension des relations politiques dans cet espace : royaumes de France et d’Angleterre, mais aussi d’Écosse, principautés et seigneuries des Pays-Bas et des régions proches de la Manche : pour toutes ces entités politiques, la Manche n’était pas tant une frontière qu’un grand pôle commercial et une plaque tournante pour les communications.

La journée d’études qui se tiendra au printemps 2022 en ligne est la première d’une série de rencontres autour de cette « invasion oubliée » : une table-ronde à Leeds en juillet 2022, un colloque à Boulogne-sur-Mer en 2023 et un colloque à Londres en 2024. Elle s’intéressera aux figures moins connues de l’expédition. En effet, celle-ci a été souvent abordée par le prisme de ses principales figures, notamment le prince Louis, ou encore son épouse Blanche de Castille qui le soutint depuis le continent. Pourtant, dans son Étude sur la vie et le règne de Louis VIII (1187-1226), Charles Petit-Dutaillis avait déjà donné les noms de plusieurs de ceux qui, plus ou moins forcés, s’engagèrent aux côtés du prince. En effet, ce sont plusieurs milliers d’hommes qui partirent, précédant Louis en Angleterre dès l’hiver 1215-1216, ou l’accompagnant au printemps suivant. Parmi eux, des intermédiaires aux chevaliers et aux mercenaires, en passant par les marins et marchands qui fournirent des navires, ou encore tous ceux qui lui fournirent une aide matérielle ou humaine depuis le continent comme en Angleterre, autant de figures restées trop méconnues et qu’il convient d’exhumer d’archives encore à explorer.

La journée d’études qui se tiendra au printemps 2022 en ligne est la première d’une série de rencontres autour de cette « invasion oubliée » : une table-ronde à Leeds en juillet 2022, un colloque à Boulogne-sur-Mer en 2023 et un colloque à Londres en 2024. Elle s’intéressera aux figures moins connues de l’expédition. En effet, celle-ci a été souvent abordée par le prisme de ses principales figures, notamment le prince Louis, ou encore son épouse Blanche de Castille qui le soutint depuis le continent. Pourtant, dans son Étude sur la vie et le règne de Louis VIII (1187-1226), Charles Petit-Dutaillis avait déjà donné les noms de plusieurs de ceux qui, plus ou moins forcés, s’engagèrent aux côtés du prince. En effet, ce sont plusieurs milliers d’hommes qui partirent, précédant Louis en Angleterre dès l’hiver 1215-1216, ou l’accompagnant au printemps suivant. Parmi eux, des intermédiaires aux chevaliers et aux mercenaires, en passant par les marins et marchands qui fournirent des navires, ou encore tous ceux qui lui fournirent une aide matérielle ou humaine depuis le continent comme en Angleterre, autant de figures restées trop méconnues et qu’il convient d’exhumer d’archives encore à explorer.

Il s’agit d’abord d’approfondir nos connaissances sur cet événement, en interrogeant les réseaux de l’expédition, le profil des participants, leurs origines sociales, leur rôle dans la grande machine montée par le prince Louis et son entourage. On accordera une attention particulière aux logiques et aux processus de recrutement : peut-on identifier des points communs avec le profil des participants à la croisade albigeoise ? quel rapprochement peut-on faire avec la constitution des troupes entourant le prince croisé dans le sud du royaume, au printemps 1215 et encore après son équipée anglaise en 1219 ? Les conditions de l’engagement en Angleterre sont très différentes de celles d’une croisade soutenue par le roi et le pape : l’expédition anglaise n’est pas reconnue officiellement par Philippe Auguste, et est condamnée par le pape. Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure un prince arrivait à convaincre, – ou forcer – des hommes à s’engager à ses côtés dans une expédition condamnée par la papauté, risquée et qui ne répondait pas au cadre normal de la levée des hommes. Les promesses de terres faites par Louis furent- elles les seules motivations de ces hommes pour partir ? Il conviendra de s’intéresser aux trajectoires individuelles de ceux qui partirent : comment ces hommes préparèrent-ils leur départ ? pour les plus riches, quelles furent les conséquences de leur longue absence sur l’administration de leurs terres ? Il faudra aussi s’intéresser aux familles qui apportèrent leur aide à l’expédition : les identifier, comprendre la forme que prit leur soutien.

L’expédition dans son ensemble fut un échec, mais quelles furent les conséquences pour ceux qui y participèrent ? Fut-elle synonyme de progression dans l’entourage royal et princier, ou plutôt de relégation ? Ces questionnements à l’échelle des individus invitent aussi à s’interroger à plus petite échelle sur les retombées politiques et sociales de l’expédition sur la France capétienne, notamment dans les régions où le recrutement fut le plus important. À cette liste non exhaustive des pistes envisagées, on pourrait aussi ajouter la question des identités et des communautés imaginées auxquelles ces participants de l’ombre pouvaient se rattacher.

La journée d’études aura lieu à distance, au printemps 2022. Les communications se feront en anglais et en français. Les propositions de communication (titre et résumé) seront à adresser à : louis-project@hotmail.com avant le 15 décembre 2021.

In the shadow of the prince: the expedition of Louis of France in England (1215-1217), recruitment and networks

This workshop is the first part of the project “The forgotten invasion: the English expedition of Louis of France (1215-1217) in its European context”, aiming to a fresh assessment of prince Louis’ expedition to England. In autumn 1215, the son of Philipp August gathered together an expedition to support the rebellious barons, and to make good his own claim to the throne. He landed in England in May 1216. After more than a year of fighting, marked by defeats at Lincoln (May 1217) and Sandwich (August 1217), Louis was forced to accept a treaty imposed by the regency government led by William Marshal, and to leave England. Detailed narrative accounts of the expedition have been provided by Charles Petit-Dutaillis in his Étude sur la vie et le règne de Louis VIII (1187-1226), published in 1894, and more recently by Sean McGlynn and Catherine Hanley. Nevertheless, many aspects of the expedition remain to be explored. Recent work on Capetian France has focussed on Louis’s contributions to the Albigensian Crusade, while historians of medieval England have concentrated on the impact of Magna Carta, and on the life of William Marshal. Lord Louis’ inglorious expedition tends to be forgotten by French historians, and can seem like a footnote in the grand narrative of English history, which increasingly focuses on the community of the realm.

It is time for a fresh assessment of Louis’ expedition to England. It must be seen in the context of a dramatic rebalancing of the power politics of north-west Europe, as the alliance between the kings of England, the counts of Flanders and the Emperor Otto was smashed by Philip Augustus at the Battle of Bouvines in 1214, and as the recently independent Flanders came under Capetian control. Had Louis’s expedition succeeded, the Capetians would have succeeded to the English throne, with the prospect of a double kingdom. The failure of the expedition, and its disappearance from collective memory, should not lead us to underrate its importance for an understanding of the political relationships of north-west Europe: the kingdoms of France and England, of Scotland and Wales, the principalities and lordships of the Low-Countries, and of the Empire – for all those polities where the English Channel was not so much a border as a great hub of trade and communication.

The online workshop will be the first step of a series of conferences: a round-table in Leeds (July 2022), two conferences (Boulogne-sur-Mer, 2023 and London, 2024). It will be the occasion to study the less-known participants to this inglorious expedition. Indeed, it is often known from its main protagonists, prince Louis first, but also his wife Blanche of Castille who supported him from France. However, thousands of men sailed to England: some arrived during winter 1215-1216, even before Louis and some other embarked with the prince the following spring, as Charles Petit-Dutaillis reminded in his study, giving the name of some of these men. Prosopographical and archival study is now required to throw light on the members of Louis’ household and entourage who acted as administrators and diplomats; on the knights and the mercenaries who fought for him; and on the seafarers and merchants who provided ships. A fresh look at the people who sailed to England, a study of their social origins, their place in the great machinery of the expedition is needed.

The papers will have a look at the levy of the troops: is it possible to find common patterns with the recruitment in the Albigensian Crusade? A comparison with the men who fought with the prince in South France during the spring 1215 and even after the English expedition, in 1219 would be interesting to make. The context of the invasion of England differs from the conditions of a crusade supported by both king and pope. The English expedition had no official support from Philipp August and was even condemned by the papacy. Hence, how could a prince convince or compel men to involve in a condemned and risky project, that didn’t even belong to the traditional levy of men. Prince Louis promised lands, but those material benefices were they the sole motivation of these men? It would also be interesting study the role of the expedition in life trajectories. How did those men prepare themselves before they embarked, how were their lands administrated in their absence? Leaving the individual scale, the papers could also ask the questions of the aristocratic and knightly family connections of the expedition. Which families offered men and support to the expedition? Which form did this help take?

The consequences of this disastrous expedition should also be taken in account: what were the consequences of the general disaster of the expedition on those who took part in, both the soldiers and the families who gave their support? Did some of them took advantage of it and improved their social position? or was it the contrary?

On a more general level, one can also have a look at the political and social consequences of the expedition, especially in the regions from where most of the participants to the expedition came. This is a non-exhaustive list of possible subjects, which could also ask the questions of identities, of imagined communities to which those participants were linked.

The workshop will take place online, in spring 2022. We invite those who are interested in giving papers at the workshop to submit a title and an abstract, before the 15 December 2021, to the following address: louis-project@hotmail.com. Papers will be given in French and English.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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