Appel à contribution – Femmes et Théologie / Women and Theology

English version below

Journée d’études « Femmes et Théologie »
Organisée par la CIHEC (Commission Internationale d’Histoire et d’Étude du Christianisme) dans le cadre du Congrès International des Sciences Historiques, Poznan (Pologne), 21-27 août 2022

La fonction d’enseignement doctrinal, dans le christianisme, est traditionnellement réservée aux hommes, en vertu de la parole de Paul : « Je ne permets pas à la femme d’enseigner ni de dominer l’homme » (1 Timothée 2, 12), renchérissant sur une instruction plus générale : « que les femmes se taisent dans les assemblées : elles n’ont pas la permission de parler ; elles doivent rester soumises, comme dit aussi la loi » (1 Corinthiens 14, 34).

Pourtant des brèches sont apparues immédiatement dans cette interdiction. Paul lui-même demande aux femmes âgées d’enseigner le bien et d’instruire les jeunes femmes (Tite 2, 3-5) et les Actes des Apôtres nous indiquent que Priscille et son mari Aquilas, des amis et collaborateurs de Paul, instruisent Apollos de la doctrine du Salut (Actes, 34, 26). Dans ces deux cas, il ne s’agit cependant pas d’un enseignement doctrinal public. Celui-ci est très tôt compris comme un ministère ecclésial, par conséquent réservé aux hommes. Pourtant Paul ne voyait pas d’objection à ce que les femmes prophétisent, pourvu qu’elles soient voilées (1 Corinthiens 11, 5) et l’histoire des Églises médiévales et modernes ne manque pas d’exemples de femmes qui prophétisent.

Ces prophéties peuvent-elles être assimilées à un enseignement doctrinal ? Cela semble être bien souvent le cas, comme le montre l’exemple de Brigitte de Suède, qu’on laisse instruire le pape par ses révélations. Les femmes délivrant un message mystique sont aussi particulièrement nombreuses à partir du XIIIe siècle : Béatrice de Nazareth, Mechtilde de Magdebourg, Hadewijch d’Anvers, Marguerite Porète, Brigitte de Suède, Françoise Romaine, Angèle de Foligno, Agnès de Montepulciano, Mme Acarie, Mme Guyon, etc, la mystique apparaissant comme une voie possible d’accès à la théologie. Hildegarde de Bingen, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila et Thérèse de Lisieux ont même été reconnues docteures de l’Église par l’Église catholique. À partir du XIXe siècle surtout, et plutôt dans le monde protestant radical, des écrits sur la Bible émanent de femmes comme Elizabeth Cady Stanton ou Sarah Grimké. Mais il ne s’agit jamais de théologie académique, les facultés de théologie ne s’ouvrant aux femmes qu’à partir du XXe siècle, d’abord dans le protestantisme. On connaît l’histoire d’Anna Maria van Schurman, qui assistait clandestinement aux cours de Voetius à Utrecht dans les années 1630, ou le cas d’Elena Lucrezia Cornaro Piscopia qui, à défaut de pouvoir être diplômée

en théologie, fut reconnue docteure en philosophie par l’université de Pise au XVIIe siècle. Aussi l’ouverture des facultés de théologie aux femmes a-t-elle été une évolution notable dans toutes les Églises chrétiennes. Elle leur donne accès à l’enseignement doctrinal, jusque-là réservé au clergé masculin, et les dote de nouveaux outils conceptuels, que certaines mettent au service d’un combat pour l’égalité des droits au sein des Églises, faisant émerger la « théologie féministe » dans les années 1970.

On peut alors se demander quel type de théologie a pu être pratiqué par les femmes, à quelle théologie elles ont pu avoir accès, dans quelle mesure leur compétence théologique a été acceptée (ou non) par les hommes et par la société, et cela dans toutes les confessions chrétiennes. Les communications portant sur ces thèmes devront par conséquent s’interroger sur la chronologie de l’accès des femmes à la théologie, sur ce qu’est et a été la théologie, sur les différences entre les confessions chrétiennes. L’élargissement de sa pratique à un public plus large, et en particulier aux femmes, a-t-il eu un effet sur la discipline ? L’accès à la pratique théologique est-il ouvert à toutes les femmes ou réservé à certaines catégories (religieuses, pasteures, catéchistes, etc.) ?

Les communications devront répondre à quelques-unes de ces questions. Elles pourront être faites en français ou en anglais.

Les propositions de communication devront être accompagnées d’un court CV et d’un résumé de 150 à 200 mots. Elles seront adressées à Yves Krumenacker (yves.krumenacker@univ- lyon3.fr) ET à Clarisse Tesson (clarisse.tesson@u-pec.fr) avant le 30 septembre 2021.

Call for Papers

The conference ‘Women and Theology’ is organized by the CIHEC (Commission Internationale d’Histoire et d’Étude du Christianisme) and will be part of the ICHS (International Committee of Historical Sciences). It will be held from 21 to 27 August 2022, in Poznan (Poland).

In Christianity, the function of doctrinal teaching is traditionally reserved to men, because of saint Paul’s words : “I do not permit a woman to teach or to exercise authority over a man” (1 Tim 2, 12), adding a more general instruction: “Women are to be silent in the churches. They are not permitted to speak, but must be in submission, as the law says” (1 Co 14, 34).

Yet, there were immediate gaps in this prohibition. Paul himself asked old women to teach what is good and to give instruction to the young (Titus 2, 3-5) and the Acts of the Apostles refer to Priscilla and her husband Aquilas, saint Paul’s friends and collaborators, who instructed Apollos in the doctrine of salvation (Acts 34, 26). In both cases, however, it was not a public doctrinal teaching. Indeed, this was soon linked to an ecclesiastical ministry, therefore reserved to men. However, Paul made no objection to women prophesying, provided that they remained veiled (1 Co 11, 5) and the history of medieval and modern Churches shows many examples of women prophets.

Can prophecies be considered as doctrinal teaching? It may often appear to be the case, as one can see with Bridget of Sweden, who was allowed to instruct the pope through her revelations. There has also been a significant number of women delivering a mystical message from the 13th century onwards. With Beatrix of Nazareth, Mechtild of Magdeburg, Hadewijch of Antwerp, Marguerite Porette, Francesca Romana, Angela of Foligno, Agnes of Montepulciano, Mrs Acarie, Mrs Guyon, etc., mysticism appeared to be a possible path to theology. Hildegard of Bingen, Catherine of Siena, Teresa of Avila and Thérèse of Lisieux were even proclaimed Doctors of the Church by Rome in the 20th century.

From the 19th century, especially in the radical protestant world, some women such as Elizabeth Cady Stanton or Sarah Grimké, started writing on the Bible. But this was never an academic theology, as faculties were not opened to women before the 20th century, at first in Protestantism. One can remember the case of Anna Maria van Schurman, who surreptitiously attended Voetius’ course in Utrecht in the 1630s, as well as the case of Elena Lucrezia Cornaro Piscopia, who was awarded a doctorate in philosophy by the university of Pisa in the 17th century, because she was not allowed to graduate in theology.

Hence, the opening of faculties of theology to women was a significant evolution in all the Christian Churches. It gave them access to doctrinal teaching which was still the preserve of the male clergy and provided them with new conceptual tools, which some women used to fight for equality between men and women in the Churches, leading to the emergence of “feminist theology” in the 1970s.

One can therefore wonder about the type of theology women practiced, to which theology they could have access, to what extent their theological skills were accepted or not by men and by society, in all Christian confessions. Papers should thus question the chronology of women’s access to theology, the status of theology, and the differences between Christian confessions. Did the opening of theology to a broader audience, and especially to women, have an influence on theology as a discipline? Is the access to theology opened to all women or reserved only to some categories (nuns, pastors, catechists, etc)?

The papers should answer to some of these questions. They may be in French or in English. Proposals should be accompanied by a short CV and by 150-200 word-summary. They should be sent to Yves Krumenacker (yves.krumenacker@univ-lyon3.fr) AND Clarisse Tesson (clarisse.tesson@u-pec.fr) before September 30, 2021.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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