Publication – Mercedes Pérez Vidal, « Arte y liturgia en los monasterios de dominicas en Castilla. Desde los orígenes hasta la reforma observante (1218-1506) »

En 1218, Saint-Dominique a fondé à Madrid le deuxième monastère féminin, après Prouilhe, lié à l’Ordre des Prêcheurs, et le premier de la péninsule ibérique. Coïncidant avec le 800e anniversaire de la mort du fondateur, survenue en 1221, cette attendue monographie, la première consacrée à l’étude des monastères féminins dans la «province d’Espagne» de l’ordre dominicain, est enfin publiée par Trea. De la même manière que les dominicains placèrent l’office divin au centre de la vie religieuse des moniales, ce livre prend la liturgie comme prisme à travers lequel sont étudiés les monastères féminins. L’ouvrage s’inscrit donc dans le liturgical turn qui, loin d’être une tendance, se présente ici comme une approche absolument nécessaire pour dépasser les horizons méthodologiques existants dans l’étude des monastères de moniales dominicaines en Castille. Cette méthode a été adoptée non seulement pour réaliser une analyse typologique et fonctionnelle des espaces monastiques (chapitre IV) et des images et des artefacts (chapitre III), mais aussi pour étudier l’histoire sociale, législative et institutionnelle de ces fondations (chapitre I) et de leurs contextes culturel, dévotionnel et liturgique (chapitres II-III). Ainsi, plusieurs disciplines s’entrecroisent au fil des pages : histoire de l’art, musicologie et études sur la liturgie, études de genre, études littéraires, histoire institutionnelle des ordres religieux, histoire culturelle, anthropologie.

La centralisation et l’uniformité auquel aspirait l’ordre dominicain depuis le milieu du XIIIe siècle constituaient un objectif ambitieux et, malgré les grands efforts déployés, l’uniformitas allait rester une utopie. Les particularités locales perdurèrent dans de nombreux domaines tels que la législation, la juridiction, la clôture, la liturgie et, bien sûr, l’architecture, largement déterminées par les contextes religieux locaux. Par conséquent, comme l’admit le maître général Humbert de Romans (1254-1263), leurs maisons avaient des bâtiments et des églises de divers types et dispositions. Dans les monastères de moniales la diversité fut définie par la clôture, dont l’observance variait d’un endroit à l’autre, par l’importance du patronage exercé sur les monastères et de la formation de l’identité collective des moniales.

Tous ces facteurs eurent des conséquences matérielles sur les bâtiments, déterminant différentes articulations de l’espace liturgique, comme par exemple la variété des solutions dans l’emplacement du chœur des moniales. L’inclusion d’une sélection des plans et illustrations les plus significatifs à la fin du volume vise à faciliter la compréhension du discours théorique.

Ce livre vient donc contribuer aux études encore rares sur la topographie sacrée et la fonctionnalité spatiale dans les monastères féminins de la péninsule ibérique et répond à l’intérêt croissant pour les réseaux féminins et religieux et pour la réévaluation du rôle des femmes dans divers processus artistiques et culturels. Pour conclure, l’approche comparative guidant ce travail est allée au-delà des 21 monastères analysés, plaçant les moniales dominicaines castillanes dans les contextes plus larges de l’Ordre des Prêcheurs et du monachisme féminin européen.

In 1218, Saint Dominic founded in Madrid the second female monastery (after Prouilhe) of the Order of Preachers, and the first in the Iberian Peninsula. Coinciding with the 800th anniversary of the founder’s death in 1221, this long overdue monograph, the first dedicated to the study of Dominican female monasteries in the “Province of Spain”, is finally being published by Trea. Just as the Dominicans had, from the beginning, placed the divine office at the center of the nuns’ religious life, this book uses liturgy as a prism through which to study female monasteries. It has therefore been embedded in the “liturgical turn” which, far from being simply a trend, is shown here as absolutely necessary to go beyond the existing methodological horizons in the study of Dominican female foundations in Castile. This approach was adopted not only for a typological and functional analysis of the physical monastic spaces (mainly in chapter IV), images and artefacts (chapter III), but also for an in-depth study of the social, legislative and institutional history of these foundations (chapter I), and of their cultural, devotional and liturgical contexts (chapters II-III). As a result, this perspective touches on several disciplines: art history, musicology and studies on liturgy, gender studies, literary studies, institutional history of religious orders, cultural history, anthropology, etc.

Despite great efforts to encourage centralization and uniformity in the Order of Preachers from the mid-13th century onwards, this goal remained a utopian dream. Idiosyncrasies in matters of legislation, jurisdiction, enclosure, liturgy, and, of course, architecture, endured largely as a result of the local religious contexts. As the Master General Humbert of Romans (1254-1263) pointed out, the Dominicans had buildings and churches of various types and layouts. In female monasteries diversity was defined by the enclosure, where observance varied from place to place, as well as by the importance of lay patronage and how the nuns’ collective identity was shaped. All these factors had material consequences in the buildings, determining different articulations and functions of the liturgical space, as for instance, the wide range of locations of the nuns’ choirs. A selection of the most significant plans and illustrations at the end of this volume aims to provide a better understanding of the theoretical discourse.

This book is an important contribution to what is still a largely unexplored area of research on sacred topography and spatial functionality in female monasteries in the Iberian Peninsula. It caters to an increasing interest in female and religious networks, as well as the evolution of women’s role in various artistic and cultural processes. Lastly, the comparative approach guiding this work goes beyond the 21 monasteries analyzed, placing Castilian Dominican nuns within the broader contexts of both the Order of Preachers, and European female monasticism.

Mercedes Pérez Vidal es doctora en historia del arte por la Universidad de Oviedo (2013). Fue investigadora posdoctoral en la Universidad Nacional Autónoma de México (2014-2015) y, posteriormente, en la Università degli Studi di Padova (2015-2017) y en la Heinrich-Heine-Universität de Düsseldorf (2017-2019), como beneficiaria de dos programas MSCA-cofund. Desde marzo de 2021 forma parte del equipo interdisciplinar del proyecto trianual liderado por Catarina Barreira sobre los manuscritos litúrgicos del monasterio de Lorvão, en el Instituto de Estudos Medievais (FCT-NOVA). Su investigación se ha dedicado a la historia cultural y al estudio del arte y la arquitectura de los monasterios femeninos en la Baja Edad Media y en la temprana Edad Moderna. Dentro de este marco general, sus principales líneas de estudio han sido: el análisis del arte y la arquitectura en relación con la liturgia y desde una perspectiva de género; el estudio de bibliotecas y de la circulación de manuscritos; y las redes de transferencia de prácticas culturales y artísticas entre la Península Ibérica y los virreinatos americanos. Recientemente se ha ocupado de la edición del volumen Women religious between the Cloister and the World. A Transatlantic dialogue (Arc Humanities Press, 2021).

Informations pratiques :

Mercedes Pérez Vidal, Arte y liturgia en los monasterios de dominicas en Castilla. Desde los orígenes hasta la reforma observante (1218-1506), Gijón, Trea, 2021. 452 pages; 17 x 24cm. ISBN: 978-84-18105-67-8. Prix: 35 euros.

Source : Trea

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