Appel à contribution – Sérialités narratives : pour une approche décloisonnée des fictions au long cours

Colloque international à l’Université de Genève

Sérialités narratives : pour une approche décloisonnée des fictions au long cours

les 26-27-28 janvier 

Contexte scientifique

Le projet de recherche « Canoniser les Sept Sages » (C7S) porte sur une ample somme romanesque médiévale, le Cycle des sept sages de Rome. Composé de manière cumulative au cours du XIIIe s., le C7S développe l’univers romanesque du roman-souche par un mouvement de constante amplification qui repose notamment sur le déploiement de la chronique fictive d’une lignée d’empereurs de Rome et de Constantinople, descendants du sage Caton. Considéré du point de vue de la culture médiévale, le Roman des Sept Sages est un classique littéraire. Cependant, la construction contemporaine du canon de la littérature médiévale a contribué à marginaliser cet univers narratif riche et complexe. 



Principes directeurs du colloque

Dans l’optique de « canoniser les Sept sages », notre groupe de recherche se propose de rendre au C7S sa place parmi les grands cycles narratifs médiévaux. Ces œuvres romanesques de grande envergure sont fondées sur un principe d’amplification potentiellement infini, fait d’agrégats narratifs, de greffes textuelles et/ou d’inventions rétrospectives. Les « ambages » du Livre de Lancelot font depuis longtemps l’admiration de ses lecteurs, de Dante à Roubaud, et la connaissance des grands cycles romanesques (Perceforest et Guiron le courtois) a connu un important renouvellement depuis une décennie, ouvrant la voie à de nombreux travaux sur la notion d’écriture sérielle. 

En proposant la tenue d’un colloque sur les sérialités comme phénomène culturel dans une perspective de littérature globale, au début de l’année 2023 à l’Université de Genève, nous souhaitons confronter les principes méthodologiques qui sont les nôtres avec la critique et la théorie contemporaine portant sur les fictions sérielles. Il s’agit de consolider la réflexion sur les procédures d’amplification narrative en l’inscrivant dans le cadre plus vaste de la création sérielle comme phénomène transhistorique. Des Mille et une nuits à Harry Potter, du Perceforest à Stars Wars, les fictions sérielles procèdent par réduplication, réappropriation, enchâssement, emprunts, parodies, réécritures. Les notions contemporaines de transfictionnalité, de polytextualité, trans- et inter-médialité trouvent leur pertinence pour l’étude de tout type de fictions longues. Nous souhaitons rassembler des théoriciens du récit et des créateurs de fictions sérielles dans différents types de media (bande dessinée, cinéma, télévision). Le colloque visera à favoriser les échanges entre praticiens et critiques, entre spécialistes de la fiction contemporaine, médiévistes et historiens de la littérature moderne dans le but de promouvoir une approche décloisonnée de la complexité narrative et des outils conceptuels forgés pour en rendre compte.

Les axes de réflexion du colloque pourront être les suivants :

Conditions de production et matérialité : qu’il s’agisse des mécanismes de production des séries contemporaines, de ceux des sommes romanesques manuscrites, ou de la publication de feuilletons au XIXe s., la création fictionnelle au long cours nécessite des moyens financiers souvent conséquents et/ou doit se plier aux impératifs matériels de sa mise à disposition du public. L’étude de ce type de production culturelle ne peut se passer de la prise en compte de ces paramètres de production et de diffusion. Comment en rendre compte ? Par quels mécanismes affectent-ils la forme même du récit dans les fictions sérielles ? La prise en compte de ces critères est-elle de nature à affecter l’analyse narratologique des œuvres ? Ces questions ne sauraient se passer d’une réflexion sur les modes d’autorialité qui régissent la mise en œuvre des fictions sérielles. Pour ce qui est des créations cinématographiques et télévisuelles, la protection de la marque détermine la question de l’unité d’ensemble des produits. Mais on pourra aussi s’interroger sur les fonctions d’autorité narrative et sur leur productivité dans le cas des œuvres plus anciennes.

Approches socio-historiques : l’imaginaire social de la culture est traversé par des représentations opposant les goûts et les préférences esthétiques en fonction de catégories binaires (genres nobles ou populaires, culture de masse ou élitaire, œuvres classiques ou « tout public », etc.). Les formes sérielles sont souvent assimilées à des produits d’accès facile, adressés à un public large. Ce lieu commun résiste cependant difficilement à un examen, même superficiel. Les sommes romanesques médiévales ou l’Astrée visent un public de cour, et nombre de séries qui font l’objet de recherches académiques s’adressent à un public averti ou cultivé. Cependant, on constate aussi que la forme sérielle engendre des modes d’expertise qui se forgent en dehors des canaux reconnus de la critique. Les citations ou les allusions (intertextuelles ou autres) présupposent leur reconnaissance de la part des destinataires, mais cette compétence n’est pas réservée à une élite. De nombreux genres connaissent des formes d’art allusives. On le voit avec les bestsellers ou les blockbusters à forte vocation parodique. Comment les phénomènes citationnels, intertextuels ou transfictionnels interagissent-ils avec les pratiques de consommation et de création (réécritures, traductions, adaptations, continuations), « savantes » ou non, de la fiction sérielle ?

Questions formelles : Faut-il distinguer des catégories formelles dans la pratique de la sérialité (cycle, somme, feuilleton, série, etc.) ? Ces choix mobilisent-ils des poétiques différentiées ? Sont-ils déterminés par les modèles de temporalités (finies, infinies, référées à une eschatologie) qui gouvernent leur principe fictionnel (chronique ou saga, quête, conquête, enquête, etc.). Le rythme et la vitesse du récit, le séquençage, la distinction entre différentes « branches » du récit, les supports, la gestion de la temporalité sont-ils des critères pertinents pour opérer des délimitations et des définitions formelles ? En outre, ces questions de forme ne sont pas indépendantes des contraintes imposées par l’économie propre aux différents médias, ce qui oblige à multiplier le nombre de paramètres à prendre en compte au moment d’établir des catégories ou des distinctions entre différents modes narratifs.
Mondes virtuels et stéréotypes héroïques : La création sérielle est, du fait de son ampleur, confrontée à la question de la création de mondes virtuels et à celle du respect de critères de cohérence. Quel rapport la fiction institue-t-elle à la réalité ? Comment mobilise-t-elle les imaginaires disponibles ? Sur quel ensemble de références éthiques, politiques, religieuses fonde-t-elle son propre univers ? Comment en assume-t-elle les éventuelles contradictions ? De plus, la loi de l’amplification qui régit les narrations sérielles influe sur l’élaboration du personnel narratif, faisant souvent émerger des modèles héroïques inédits, suscités par la labilité des personnages, leurs dédoublements ou redoublements, la création de liens de filiation ou d’inimitié, etc. Dans le même temps, elles sont traversées par des phénomènes de répétition, de réduplication, de refoulement ou de ressassement qui questionnent le façonnage des personnages. Comment et avec quels outils appréhender la fabrique des figures d’autorité et la représentation des rapports sociaux de sexe, de classe et de race de ces économies virtuelles ? 

Les propositions de communication (20 minutes), d’une demi-page environ, accompagnées de renseignements pratiques sont à envoyer au format PDF avant le 31 mars 2022 à l’adresse suivante : camille.carnaille@unige.ch. Un comité scientifique procédera à la sélection des communications.

Comité d’organisation (équipe de recherche C7S : https://www.unige.ch/c7s) :

Yasmina Foehr-Janssens (Université de Genève), Simone Ventura (Université libre de Bruxelles), Camille Carnaille (Université libre de Bruxelles) et Prunelle Deleville (Université de Genève).

Comité scientifique :

E. Delanoë-Brun (Université de Paris), A. Hudelet (Université de Paris), N. Koble (ENS Paris), M. Letourneux (Université de Paris-Nanterre) ; M. Séguy (Université Paris 8) et J.-R. Valette (Sorbonne Université).

Source : Fabula

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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