Appel à contribution – Corps en transition : une réflexion sur l’histoire des représentations du corps en mutation

Numéro dirigé par Quentin Petit dit Duhal, Jessica Ragazzini

Date limite d’envoi des propositions (5000 signes espaces compris) : 30 avril 2022 ; date limite de remise des articles (45000 signes espaces compris maximum) : 1er octobre 2022.

Les propositions sont à envoyer aux adresses électroniques suivantes : jessica.ragazzinicastello@gmail.com, quentinpetitdd@hotmail.fr

Ce dossier est consacré à l’évolution de la corporalité, en tant que perception visuelle des corps, dans leurs rapports aux transidentités et aux développements technologiques dans les arts et l’histoire. Notre enjeu est de réfléchir, dans les représentations culturelles au sens large, aux limites et aux transformations des corps en transition, celle-ci étant ici comprise comme une mutation au niveau biologique qui produit un écart quant aux normes de genres, de sexes, de races, de classes, ou de situations dites de « handicap ».

L’histoire de l’art et de la pensée permet d’identifier des mutations face aux considérations des corps atypiques ou dans un état de redéfinition des normes esthétiques. Depuis les années 1970, les études de genre ont montré que les rapports sociaux entre les hommes et les femmes ne sont pas réductibles à un déterminisme biologique, mais sont une construction sociale qui attache au féminin et au masculin un certain nombre de comportements et de rôles spécifiques. Les rapports de pouvoir entre les genres ont été pensés par Donna Haraway en mobilisant le potentiel émancipateur de la science-fiction féministe et en utilisant la figure du cyborg comme critique sociale et politique : il s’agit d’un être hybride fusionnant l’organique et la machine et qui trouve en cela sa définition au-delà du déterminisme biologique (Haraway, 1984). Ce principe de multiplicité et de fluidité de l’identité, au cœur des études queer, amène Paul B. Preciado à affirmer que toute identité échappant à la portée universelle du corps blanc, masculin, hétérosexuel et valide est considérée par l’humanisme moderne hérité des Lumières comme subalterne (Preciado, 2019). Avec les mouvements de libération des femmes, des homosexuel·le·s et des personnes transgenres, de nouveaux modes de subjectivation visent ainsi à dépasser les catégories de genre et leurs relations de pouvoir.

Les études féministes et queers et les questions transhumanistes, en tant que recherche de perfectionnement, se rejoignent dans la quête d’une redéfinition de l’identité qui passe par la création de corps en dehors de tout déterminisme biologique. Au cours du xxe siècle, des pratiques médicales et des procédés technologiques tels que la prise d’hormones, le recours à la chirurgie et l’application forcée ou non de la contraception semblent influencer des investigations artistiques. En corrélation, le queer et le transhumanisme pourront questionner la représentation du non-sexe (Aziz et Cucher suppriment le sexe de leurs sujets tout en gardant leurs genres), du non-genre (Genesis P-Orridge ou SMITH qui donnent à voir la métamorphose des corps en transition, ou encore ORLAN qui interroge le « transsexualisme de femme en femme » lors de ses opérations chirurgicales avant d’entamer des métissages artistiques et culturels) et revisiteront la représentation  du non-corps par l’objectivation totale ou partielle (Matthew Barney ; Stacy Leigh ; Vanessa Beecroft ; Cindy Sherman ; Martine Gutierrez ; Formento+Formento…) parmi lesquel·le·s certain·e·s  assument l’artifice et d’autres jouent avec l’ambivalence du totalement humain ou totalement objet.

Ces questions ne concernent pas seulement la société contemporaine, comme l’indique Clovis Maillet qui démontre, à travers des figures historiques et religieuses telles que Jeanne d’Arc ainsi que des saint·e·s ayant changé de genre, que la transidentité est une réalité également présente à l’époque médiévale (Maillet, 2020). Magali Le Mens examine également la construction artistique, entre réalité et imaginaire, de l’ambiguïté sexuelle des « hermaphrodites », ancien terme pour qualifier les personnes intersexuées, considérées comme le symbole du Beau idéal de la seconde moitié du xviiie siècle, notamment sous la plume de Johann Joachim Winckelmann, jusqu’à l’émergence de l’abstraction (Le Mens, 2019).  L’un des objectifs du volume serait donc d’adopter une perspective transhistorique, en s’interrogeant sur les continuités et ruptures dans les phénomènes de variation d’identité et de forme corporelle au fil du temps et jusqu’à aujourd’hui.

En pensant le transhumanisme au sein des transidentités, ce dossier proposera d’analyser ces deux réalités conjointement en proposant le vocable de « trans-représentation » compris dans la perspective d’une imagerie du corps à l’état transitoire. Faisant suite aux enjeux soulevés par le programme international de recherche Images en tr@nsit : territoires et médiums initiés par Jean Arnaud, Christine Buignet et Anna Guilló (LESA – Laboratoire d’Études en Sciences des Arts, Aix-Marseille Université, France), ce numéro souhaite aborder de manière plus spécifique le rapport à une corporéité en transit au travers d’images qui ébranlent la figuration. Cette proposition conceptuelle permettrait de questionner à la fois les transidentités et la manière dont les différentes stratégies de représentation (pratiques artistiques, esthétiques, médiums et pratique de l’exposition) la façonnent. Il s’agira alors d’examiner la manière dont les différents acteurs (artistes, médias, institutions) refont à la fois une figure – un visage  et refont une figuration  une image physique ou mentale.

De manière non exhaustive, ce dossier traitera notamment des thématiques suivantes :

– Art et science : le virtuel, le Bio-Art, la photographie, la performance, la vidéo…

– Art et société : les questions transgenres, le métissage, le transhumanisme, le posthumanisme…

Source : Images re-vues

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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