Appel à contribution – L’invention d’origines grecques dans les cultures textuelles et visuelles de l’Europe pré-moderne (1100-1600)

En 1176, Chrétien de Troyes exprime l’idée d’un héritage dont le berceau serait la Grèce, origine de la « chevalerie » et de la « clergie », dans le célèbre prologue du Cligès : « Ce nos ont nostre livre apris / qu’an Grece ot de chevalerie / le premier los et de clergie » (v. 28-30). Le but d’un tel discours est de s’appuyer sur des origines pour créer une continuité à travers le recours à la translatio imperii et studii, et ainsi légitimer et célébrer le pouvoir et le savoir contemporain à la lumière d’un passé grec. Mais Chrétien de Troyes ne donne pas de contenu précis à ces origines grecques. De nombreux auteurs de l’Europe pré-moderne s’attellent ensuite à leur représentation : ils s’approprient et/ou inventent des origines grecques, puisque ces dernières peuvent renvoyer à des données héritées et souvent réinterprétées, ou bien être fantasmées.

En effet, entre 1100 et 1600, dans les lettres et les arts, le passé grec a permis de créer différents types d’origines. Un exemple est celui de la figure d’Hercule exploitée à travers une grande partie de l’Europe occidentale, dans les images comme dans les textes, pour diverses visées politiques, nationales et dynastiques, sociales et culturelles. Comme l’a souligné Claude-Gilbert Dubois dans l’introduction de son ouvrage, Récits et mythes de fondation dans l’imaginaire culturel occidental (Bordeaux, 2009), se tisse un réseau référentiel autour du triangle formé par le territoire, le personnage et la communauté qui recourent à une origine grecque. Des études sur les origines gentium dans le Haut Moyen Âge, notamment celles de Alheydis Plassman, Origo gentis. Identitäts- und Legitimitätsstiftung in früh- und hochmittelalterlichen Herkunftserzählungen (Berlin, 2006) et de Magali Coumert, Origines des peuples. Les récits du Haut Moyen Âge occidental (550-850) (Paris, 2007), ont porté sur les liens entre écriture de récits d’origines et création de sentiments d’appartenance à une communauté.

Si les origines grecques contribuent souvent à une justification politique, elles peuvent aussi poursuivre d’autres desseins, particulièrement dans les récits et les images d’invention ou d’instauration d’une donnée culturelle, artistique, scientifique ou sociale, d’une institution politique, juridique ou intellectuelle. Pour donner quelques exemples, pensons à l’origine des arts libéraux, de la peinture, de la fable, des universités, des académies… Des liens étroits existent ainsi entre origine(s) et héritage, et invitent à interroger la notion d’origine / d’origines en la distinguant de celle, plus générale, d’héritage, et en étudiant les sens qu’elle recouvre pour les auteurs et les artistes de l’Europe pré-moderne.

Ces journées d’études envisagent ainsi d’explorer les emplois, les fonctions et les finalités des discours sur les origines grecques et la polysémie de ce concept entre 1100 à 1600, dans les cultures textuelles, visuelles et matérielles européennes, autour des questions suivantes : comment la notion d’origine /d’origines est-elle alors pensée par les auteurs et les artistes ? Qu’est-ce qui à la fois l’unit et la distingue de l’héritage ? Pourquoi les Grecs ? Quelle(s) Grèce(s) sont pensées comme des origines ?  De qui et de quoi sont ces origines ? Quelles modalités de représentation et quels processus d’appropriation apparaissent ? Dans quels buts et pour quels publics ?

Afin de cerner ces enjeux, les propositions pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes suivants, qui n’épuisent pas le champ des possibles :

– Formations identitaires et légitimation de formes de gouvernement et d’institution : mythes d’origines de peuples, de villes, de communautés, de dynasties, d’organismes politiques, judiciaires, intellectuels, professionnels,

 – Les origines grecques dans les inventions artistiques, scientifiques et techniques, les origines des langues et étymologies grecques, les origines grecques de formes et de genres littéraires,

– La translatio imperii et la translatio studii, leur mise en scène et leurs interactions,

– Les représentations visuelles des origines, leurs commanditaires et leurs destinataires : peintures, sculptures, tapisseries, arts décoratifs, illustrations des manuscrits et imprimés, arts éphémères (tournois, fêtes, théâtre, processions, entrées royales et impériales…), héraldique,

– Les relations et les oppositions entre processus de création ou récréation et actes archéologiques, à partir de témoignages matériels, traces écrites, inventions, imitations, « faux ».

Les propositions sont à adresser (titre et dix lignes de présentation accompagnés d’un rapide CV) avant le 1er juin 2022 à Catherine Gaullier-Bougassas à l’adresse suivante :

catherine.bougassas@univ-lille.fr

Les frais de déplacement et d’hébergement seront pris en charge selon les modalités de l’Université de Lille.

Les articles issus des contributions seront publiés chez Brepols dans la collection « Recherches sur les Réceptions de l’Antiquité » : http://www.brepols.net/Pages/BrowseBySeries.aspx?TreeSeries=RRA. Les articles seront à rendre pour le 30 septembre 2023.

Informations pratiques :

The Reception of Ancient Greece in pre-modern French Literature and Illustrations of Manuscripts and Printed Books (1320-1550) : How invented memories shaped the identity of European communities

Direction : Catherine Gaullier-Bougassas

The AGRELITA project ERC n° 101018777 was launched on October 1st 2021. It is a 5-year project (2021-2026) financed on an ERC Advanced Grant 2020 through the European Union’s Research and Innovation Programme Horizon 2020.

L’invention d’origines grecques dans les cultures textuelles et visuelles de l’Europe pré-moderne (1100-1600)

Jeudi 15 juin et vendredi 16 juin 2023

Espace Baïetto, MESHS, Lille

Source : Agrelita

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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