À la fin du XIIIe siècle, dans l’Italie des cités, l’Église ne se contente pas d’encadrer les consciences : elle juge, enquête et tranche. Un document exceptionnel, qui rassemble des dizaines de procès présidés par l’évêque de Pistoia, témoigne de cette intense activité judiciaire. Cette archive ouvre les portes d’un tribunal ecclésiastique et révèle, au plus près des affaires ordinaires, la place du droit dans le gouvernement de l’Église. Le mariage, le crédit ou la propriété se trouvent ainsi éclairés d’un nouveau jour.
À travers ces procès – prêtres accusés de concubinage, usuriers dénoncés par d’anciens clients, épouses cherchant à se séparer d’un mari impuissant ou violent – se dessine une micro-société en mutation. Ces affaires témoignent en effet de l’acculturation croissante de la population au droit, mais aussi de l’affaiblissement progressif du dominium ecclésial. Si l’Église conserve sa juridiction sur le mariage et le clergé, le jeu politique et les transactions économiques lui échappent largement. Pour maintenir son autorité, elle s’appuie donc sur la fama, la « commune renommée », érigeant la réputation en instrument de connaissance et de contrôle. Ainsi se révèle une Église contestée mais profondément ancrée dans le tissu social, au coeur des conflits de la fin du Moyen Âge.
Arnaud Fossier est normalien, agrégé d’histoire, ancien membre de l’École française de Rome et historien médiéviste, il enseigne à l’université de Bourgogne. Ses recherches portent sur l’Église et la religion au Moyen Âge. Il est l’auteur de Le Bureau des âmes (École française de Rome, 2018) et Les cathares, ennemis de l’intérieur (La Fabrique, 2025).
Informations pratiques :
Arnaud Fossier, La réputation au village, Paris, PUF, 2026 ; 1 vol., 400 p. ISBN : 978-2-13088-522-1. Prix : € 25,00.
Source : PUF







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