Offre d’emploi – Post-doctorat : projet COULEURS

Description du projet et des missions

Alors que les analyses matérielles des manuscrits médiévaux normands et anglais ont mis en évidence des changements de matériaux utilisés pour les enluminures autour du XIe siècle, aucune étude historique ne permet aujourd’hui d’expliquer ces transformations. Ce projet vise à aborder la question du commerce et de l’approvisionnement en matières colorantes entre le Xe et la première moitié du XIIIe siècle en Europe occidentale à partir des sources textuelles (documentations fiscales, notariales, recettes et traités théoriques) et constitue la première étape d’une recherche collective et interdisciplinaire qui a vocation à se développer dans les prochaines années.

L’espace anglo-normand sera comparé à un autre espace d’Europe occidentale (Italie du Nord ou Catalogne, en discussion avec la personne recrutée) afin de permettre d’approfondir les hypothèses concernant les réseaux de commercialisation et les éventuelles perturbations de certaines routes ou de certaines sources d’approvisionnement.

L’objectif premier sera d’établir un recensement des sources disponibles pour une période qui se trouve en amont de la documentation généralement exploitée pour le commerce des matériaux d’écriture et de peinture au Moyen Âge. Certaines de ces sources pourront être repérées en partant des catalogues de bibliothèques et de la bibliographie existante. Les trois espaces considérés l’ont été également en raison de la disponibilité de nombreuses sources éditées, ce qui facilitera le travail de repérage. Cependant, des déplacements en archives sont à prévoir afin de permettre une recherche approfondie et une consultation de documents non édités ou numérisés sur place. La mise en ligne de cette documentation constitue l’un des objectifs majeurs du projet : il s’agira d’utiliser une plateforme pérenne, telle que Nakala.

Le second objectif sera d’analyser cette documentation et de la mettre en série. Les études concernant le commerce, les circulations de produits, l’extraction minière ou les évolutions environnementales et climatiques du Moyen Âge central sont en plein essor : ce projet de recherche pourra s’appuyer sur une bibliographie fournie et particulièrement dynamique, qu’il s’agira de confronter aux observations faites dans le cadre des analyses physico-chimiques.

Partant de ce renouveau des études économiques et environnementales, la contextualisation et l’analyse de la documentation pratique permettra de consolider ou réfuter certaines hypothèses qui ont pu être avancées pour expliquer les changements de matériaux utilisés dans l’enluminure anglo-normande. Il s’agira en particulier de réfléchir à la présence dans la documentation pratique de certains matériaux, à la chronologie de leur apparition ou au contraire de leur disparition des documents liés à leur circulation. Cette documentation pratique lue en lien avec la bibliographie pourra également permettre de réfléchir aux difficultés d’approvisionnements liés aux conflits, et à l’impact possible de la conquête de l’Angleterre par Guillaume en 1066 sur le moyen terme. La comparaison de l’espace anglo-normand avec la Catalogne ou l’Italie du Nord permettra de réfléchir à d’éventuelles différences de matériaux entre ces aires géographiques et de tester certaines hypothèses sur les réseaux méditerranéens d’approvisionnements pour certains pigments.

La mise en série des sources disponibles permettra d’éclairer les pratiques qui pouvaient être communément partagées et transmises par les enlumineurs en fonction des périodes et des aires géographiques comparées. En replaçant toujours les recettes dans leur contexte de transmission manuscrite – où et quand le manuscrit comprenant cette recette a-t-il été produit et conservé –, on espère préciser des traditions techniques, évaluer leurs évolutions sur les trois siècles et éventuellement leurs différences en fonction des aires géographiques.

Enfin, ce projet vise à développer la réflexion épistémologique sur le travail interdisciplinaire dans le cadre du patrimoine, en particulier l’histoire de la circulation des matériaux patrimoniaux. Une réflexion épistémologique sera menée de concert avec l’encadrement interdisciplinaire de ce projet de recherche, afin de réfléchir aux angles morts et aux possibilités de la mise en résonance de ces différents types de documentation dans le cas de la circulation des matériaux. Bien que ce projet s’appuie principalement sur des sources textuelles, il ne s’agit en aucun cas d’affirmer la prééminence des textes sur les analyses matérielles qui peuvent être faites des objets patrimoniaux, mais au contraire de réfléchir tout au long du projet à la manière dont des analyses réalisées sur l’un ou l’autre des corpus documentaire permettent d’éclairer l’autre, d’affiner des hypothèses ou d’en créer de nouvelles, permettant à moyen terme un va-et-vient méthodologique entre les domaines d’étude.

Missions :

  • Etat des lieux des sources disponibles sur la circulation des couleurs entre le Xe et la première moitié du XIIIe siècle (format de mise en ligne à discuter : billet sur Menestrel.fr, Nakala…)
  • Ecriture d’un article scientifique sur la base de la mise en série de ces sources et en dialogue avec les résultats des analyses physico-chimiques des travaux antérieurs.
  • Organisation conjointe d’une journée d’étude au printemps autour de la circulation des matériaux dans les périodes anciennes, couplée à un évènement grand public (modalités à discuter)

Qualification et compétences :

  • La personne recrutée devra avoir soutenu une thèse de doctorat en histoire ou histoire de l’art médiéval au plus tard au moment de la prise de poste.
  • La maitrise du français, ou à défaut, de l’anglais, est indispensable. La lecture de l’italien ou de l’espagnol, est un atout.
  • Une connaissance des sources d’au moins une des trois aires géographiques concernées par le projet (espace anglo-normand, Italie du Nord ou Catalogne) est requise
  • La personne recrutée devra être en mesure de travailler dans un contexte interdisciplinaire.

Affectation et environnement de travail

Responsable scientifique :

  • Catherine Rideau-Kikuchi, UVSQ, Paris-Saclay, laboratoire DYPAC

Partenaires :

  • Anne Michelin, CRC
  • Marie Radepont, CRC
  • Pierre Chastang, UVSQ, Paris-Saclay, laboratoire ISP

Laboratoire d’accueil : la personne recrutée sera rattachée au laboratoire Dynamiques Patrimoniales et Culturelles (DYPAC) de l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Durée : 12 mois

Date de début de contrat souhaitée : octobre ou novembre 2026

Type de contrat : CDD financé par la Fondation des Sciences du Patrimoine

Salaire net mensuel : environ 2400 euros net

Environnement de travail :

  • Bureau dans les locaux du laboratoire DYPAC.
  • Intégration dans la vie scientifique de DYPAC et du CRC (participation aux séminaires)
  • Pas de nécessité d’être en région parisienne en permanence, mais réunions ou séminaires en présentiel réguliers.
  • Possibilités de financement sur la base de réponses à des appels à projet pour des séjours en archives (DYPAC, Graduate School Humanités Sciences du patrimoine)

Modalités de candidature et calendrier

  • Avant le 27 juin : dossier écrit
  • CV détaillé (par exemple CV analytique) indiquant le parcours de formation, les publications, les expériences de recherche et d’enseignement 
  • une publication au choix (parue ou à paraître)

À envoyer à Catherine Rideau-Kikuchi : catherine.kikuchi@uvsq.fr

  • Le 6 juillet au matin : audition en visio

Les candidats devront présenter leur parcours ainsi qu’une expérience personnelle de recherche qui pourrait être utile à la mise en œuvre du projet COULEURS. L’entretien peut s’appuyer sur un diaporama (sans obligation) et pourra être réalisé en français ou en anglais.

La présentation ne devra pas dépasser 10 min et sera suivie de 15 min d’entretien avec les membres du jury.

Le jury sera composé d’Anne Michelin, Marie Radepont et Catherine Rideau-Kikuchi.

Pour toute demande d’information : catherine.kikuchi@uvsq.fr

Indications bibliographiques

Mark Clarke, The Crafte of Lymmyng and the Maner of Steynyng. Middle English Recipes for Painters, Oxford, Oxford University Press, 2016.

Claude Coupry, « Les pigments utilisés pour l’enluminure à Fécamp aux XIe et XIIe siècles », in Manuscrits et enluminures dans le monde normand, Xe-XVe siècles, Colloque de Cerisy-la-Salle, octobre 1995, Caen, Presses Universitaires de Caen, 2005, p. 6979.

Richard Gameson, Andrew Beeby, Flavia Fiorillo, Catherine Emma Nicholson, Paola Ricciardi, Suzanne Reynolds, Mila Crippa, Anna Mazzinghi et Lucia Pereira-Prado, The pigments of British medieval illuminators: a scientific and cultural study, London, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, Archetype Publications, 2023.

Ce projet s’inscrit dans la continuité de certains travaux des porteurs :

Laurianne Robinet, Sylvie Heu-Thao, Lucie Arberet, Anne Michelin, Oulfa Belhadj, Marie Radepont et Stéphane Lecouteux, « Practices of the Mont Saint-Michel scriptorium in the use of parchment for manuscripts in the 11th century », Journal of Cultural Heritage, 67, 2024, p. 452460.

Étienne Anheim, Catherine Rideau-Kikuchi et Lise Saussus, « Des choses et des mots : écarts sémantiques, problèmes méthodologiques », Technè. La science au service de l’histoire de l’art et de la préservation des biens culturels, 57, 2024, p. 49.

Nicolas Ruffini-Ronzani, François Bougard, Pierre Chastang, Oulfa Belhadj, Gaëlle Denion, Sylvie Heu-Thao, Laurianne Robinet et Véronique Rouchon, « Encre, parchemin et papier à Chartres à la fin du XIVe siècle. Les matériaux de l’écrit au prisme des sciences expérimentales », Bibliothèque de l’École des chartes, 175, 2020, p. 183214.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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