L’action des glaciers et des torrents a joué un rôle essentiel dans la formation des milieux alpins. Cette dynamique, toujours active, constitue un enjeu majeur de l’occupation humaine depuis la dernière glaciation. Les sociétés alpines ont de tout temps été intimement liées à l’eau par de multiples aspects : qu’il s’agisse de s’approvisionner en eau, de l’utiliser à des fins agricoles ou artisanales, de tirer parti de milieux humides, de s’adapter au relief contrasté de vallées torrentielles, ou encore de s’implanter dans de grands bassins alluviaux.
Ce colloque entend explorer, pour la première fois pour cet espace, l’apport de l’approche archéologique à la compréhension sur le temps long de cette relation[1]. De multiples études ont pu explorer la relation des villes à l’eau en milieu alpin, les occupations palafittiques du Néolithique au Moyen Âge, l’évolution de systèmes d’irrigation séculaires et l’utilisation de l’eau comme force motrice, ou encore la mobilisation de l’eau dans les cultes. Ce colloque, ouvert aussi bien aux temps préhistoriques qu’aux époques médiévale et moderne, a pour ambition d’amorcer une compréhension plus globale des enjeux et des pratiques en matière de relation entre eau et sociétés à l’échelle des Alpes occidentales.
Les propositions devront concerner spécifiquement les Alpes occidentales en tant que massif, incluant les grandes vallées internes. Il s’agira aussi d’explorer les apports et la spécificité de l’approche archéologique pour cette problématique. Les propositions auront ainsi à cœur de garder au centre de leurs analyses la matérialité des objets d’étude (artefacts, infrastructures, sites d’occupation, urbanisme). Dans cette perspective uniquement, des propositions ayant recours à l’histoire ou aux sciences paléoenvironnementales pourront être envisagées.
Thème 1 : L’eau domestiquée. Technologies, infrastructures et objets liés à l’eau
Cette première session s’intéressera aux techniques et à la matérialité des ouvrages permettant de capter, stocker, distribuer, acheminer l’eau (sources, aqueducs, canaux, barrages, moulins, fontaines, puits… sans oublier les récipients). Dans le même registre, seront considérées les techniques d’évacuation de l’eau : drains, assainissement (égouts, latrines, espace domestique…), exhaure (mines), et l’utilisation de l’eau dans l’artisanat (foulage, tannerie, céramique…).
On sera attentif aux adaptations et aux évolutions technologiques rencontrées, ainsi qu’aux potentielles répartitions chronologiques, spatiales ou culturelles de certaines techniques. Il s’agira, dans la mesure du possible, de s’intéresser à ce que les vestiges permettent de dire quant à la gestion pratique et sociale des infrastructures et des ressources (droits d’usage, propriété…). La gestion de l’eau dans l’urbanisme, dans l’habitat ou dans des ensembles agricoles et artisanaux pourra être abordée dans cette perspective. Les enjeux politiques forts qui ont pu se jouer autour de ces différentes constructions et de leur utilisation pourront être traités ici comme dans le thème 3 de ce colloque, qui concerne les représentations et manifestations du pouvoir.
Thème 2 : Territoires de l’eau, implantations et mobilités humaines
Cette thématique entend s’intéresser aux relations entre communautés humaines et milieux hydriques, par la localisation des implantations et l’organisation des terroirs en lien avec les éléments hydrologiques du milieu (cours d’eau, lacs, sources, zones humides, etc.).
On pourra aborder plus particulièrement la mobilisation des ressources en eau (dans une perspective plus géographique que dans le thème 1) et liées à l’eau (ressources halieutiques, faune, ripisylve…). La gestion des aléas (crues, inondations, effondrements…) et les moyens de s’en protéger constituent par ailleurs une question primordiale en milieu alpin. On s’intéressera aux actions anthropiques sur les paysages (périmètres irrigués, cultures en terrasses, assèchements, endiguements), comme aux impacts des régimes climatiques sur l’activité et les implantations humaines.
D’autre part, on interrogera le rôle potentiel des cours d’eau, lacs et vallées comme frontières (limite naturelle, élément défensif) ou au contraire comme voies de communication et d’échanges économiques et culturels. De ce thème découle la question centrale du lien entre l’eau et les mobilités avec les problématiques de franchissements, de navigation ou de ports dans un contexte géographique alpin au relief très contrasté.
Thème 3 : De représentations en rituels : les pouvoirs de l’eau
Les représentations et usages symboliques de l’eau constituent une troisième approche possible des objets et sites archéologiques. Il s’agira par exemple d’explorer la signification culturelle et religieuse de l’eau, ou son rôle hygiénique (bain, toilette, latrines) et curatif (eaux thermales). On s’intéressera en particulier à la place de l’eau dans les rituels (païens et chrétiens) et dans les pratiques funéraires, ou encore dans la définition de lieux sacrés. À l’inverse, certaines “eaux” ont pu avoir des représentations négatives (eaux usées, rivières aux crues dangereuses, zones humides…).
On s’interrogera plus largement sur la manière dont les éléments liés à l’eau et leur iconographie nourrissent les mythologies et les imaginaires. Dans cette perspective, la mobilisation de l’eau dans la manifestation du pouvoir, de l’image de la cité ou de l’évergétisme (monumentalisation, mise en scène, manifestation de la maîtrise de l’eau…) pourra constituer un axe d’étude privilégié.
Modalités de soumission
Communications : Fournir un résumé de 2 000 caractères maximum, espaces compris, accompagné de 4 mots‑clés. Indiquer la liste complète des auteurs avec leur rattachement institutionnel, ainsi que le contact de l’auteur principal (mail, téléphone et adresse postale personnelle). Prévoir 25 min de présentation.
Posters : Fournir un résumé de 1 000 caractères maximum, espaces compris, accompagné de 4 mots‑clés et d’une illustration. Indiquer la liste complète des auteurs avec leur rattachement institutionnel, ainsi que le contact de l’auteur principal (mail, téléphone et adresse postale personnelle). L’impression des posters au format 70 x 100 cm sera à la charge des participants.
Les propositions en français, italien ou anglais sont à envoyer à violaine.heritier-salama@isere.fr, avec copie à dcp.pac@isere.fr,
avant le 31 octobre 2026.
Une réponse sera fournie aux auteurs début décembre 2026 après sélection par le comité scientifique.
Informations utiles
Le colloque se tiendra du jeudi 18 au samedi 20 mars 2027 à Grenoble (Isère, France), incluant une après-midi de visites le 20 mars.
La publication des actes du colloque sera effectuée au sein du Bulletin d’Études Préhistoriques et Archéologiques Alpines édité par la SVaPA. Les articles proposés devront être remis au plus tard le 31 octobre 2027. Ils seront soumis à une relecture en double aveugle, la sélection des relecteurs étant assurée par le comité éditorial des actes.
Organisation
Service du patrimoine culturel du Département de l’Isère (en particulier Violaine Héritier-Salama, archéologue, et Béatrice Ailloud, cheffe de service), avec l’aide de Jean-Pascal Jospin (conservateur en chef honoraire, Musée archéologique Saint-Laurent) et le support de la Société Valdôtaine de Préhistoire et d’Archéologie (SVaPA), association coordinatrice des Colloques sur les Alpes dans l’Antiquité.
Comité scientifique (SVaPA)
- Michel Aberson (Université de Lausanne, émérite)
- Alessandra Armirotti (Région Autonome Vallée d’Aoste)
- Stella Bertarione (Région Autonome Vallée d’Aoste, présidente de la SVaPA)
- Marie Besse (Université de Genève)
- Mauro Cortelazzo (SVaPA)
- Damien Daudry (Président émérite de la SVaPA)
- Angelo Fossati (Università Cattolica del Sacro Cuore di Milano)
- Silvia Giorcelli (Università degli studi di Torino)
- Christophe Guffond (Département de la Haute-Savoie)
- Violaine Héritier-Salama (Service du patrimoine culturel, Département de l’Isère)
- Jean-Pascal Jospin (Département de l’Isère, retraité)
- Clément Mani (Département de la Savoie)
- Pierre-Yves Nicod (Canton du Valais)
- Renato Perinetti (Région Autonome Vallée d’Aoste, retraité)
- Pierre-Jérôme Rey (Archéologue indépendant, Edytem)
- Michel Tarpin (Université Grenoble-Alpes, émérite)
- Marica Venturino (Archéologue indépendante)
- François Wiblé (Canton du Valais, retraité)
Source : Calenda





