La journée d’étude du jeudi 12 novembre 2026 au campus Condorcet, «Esprits et savoirs divinatoires au Moyen Âge», est la troisième du cycle d’ateliers «La divination du manuscrit à l’imprimé : une histoire des textes de divination et pronostication» organisé par le Pôle Sciences du Quadrivium de l’IRHT et le laboratoire POLEN (POuvoirs, LEttres, Normes) de l’Université d’Orléans.
La journée d’étude se donne pour objectif d’explorer les usages des esprits (anges, djinns, démons, âmes des défunts, etc.) dans les pratiques divinatoires des sociétés médiévales, en mettant l’accent sur leurs articulations conceptuelles, textuelles et pratiques. La divination se définit comme l’«art de deviner, de découvrir ce qui est ignoré ou caché en sortant des voies ordinaires de la connaissance par le recours à des procédés occultes, à des pratiques magiques». Cicéron divisait les pratiques divinatoires en deux catégories : la divination intuitive et la divination inductive, catégories encore utilisées. En revanche, le recours à des entités spirituelles pour obtenir des informations ou des révélations qui concernent des événements passés, présents ou futurs (identifier un voleur, établir un diagnostic, connaître l’issue d’un conflit, etc.) se trouve être in fine une pratique magique réalisée à des fins divinatoires. L’esprit, bon, mauvais ou neutre, sollicité humblement ou à l’inverse contraint, peut se manifester sous forme d’une inspiration, d’une illumination, d’une voix, d’une apparition en songe ou à l’état de veille, voire par la possession d’un intermédiaire qui pourra être interrogé.
En islam, le terme de kihāna, que l’on traduit par divination, est souvent défini comme une divination de l’époque antéislamique où le prêtre-devin (kāhin) est inspiré par un djinn ou un démon. La tradition islamique explique ainsi que ces esprits écoutent à la dérobée aux portes du ciel pour obtenir des informations. Ils s’en font chasser à coups d’étoiles filantes et transmettent aux prêtres-devins certaines de ces informations, mêlées à des mensonges et choses fausses. La révélation de Muḥammad aurait aboli la kihāna. Cependant, la littérature arabe recèle de nombreuses interactions avec les djinns se manifestant sous forme de voix immatérielles, d’animaux ou d’apparitions sous forme humaine ou démoniaque où ils peuvent parfois communiquer des informations. Il existe également parmi les pratiques magiques des conjurations (ʿazīma), rituels complexes visant à faire se manifester un djinn sous la forme d’une apparition ou la possession d’un individu qui se révèle par une crise d’épilepsie (ṣarʿ, surnommée parfois «la maladie du devin»).
Quant aux mondes chrétien et juif, ils ne sont pas non plus avares de textes, de pratiques et de rituels visant à solliciter les anges, les esprits, les démons, à des fins divinatoires ou prophétiques. C’est le cas par exemple dans la tradition de l’Ars notoria, très diffusée dans la chrétienté latine à compter du XIIIe siècle, où les anges peuvent être sollicités pour obtenir des révélations sur l’avenir en marge d’un rituel qui vise principalement l’illumination intellectuelle et la maîtrise parfaite des savoirs. Dans d’autres traditions, il convient parfois d’user d’artefacts particuliers (miroir, épée, cristal, etc.) permettant aux esprits de se manifester, le cas échéant en recourant au service d’un enfant medium capable de «voir», quand il ne s’agit pas d’enclore un démon ou un esprit dans un objet portatif pour être en mesure de l’interroger à l’envi.
Cette journée d’étude visera par conséquent, par un certain nombre d’études de cas, à explorer les diverses formes par lesquels le monde spirituel est sollicité rituellement au Moyen Âge pour en obtenir des oracles, entre Orient et Occident, entre textes, pratiques et représentations, entre orthodoxie et hétérodoxie.
Source : IRHT







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