Colloque organisé par Hélène Bouget, Federica Buttò et Francesco Montorsi
Université Lumière-Lyon 2, 1er-2 juin 2027
Quand tant de grands récits médiévaux, jadis solidement enracinés dans l’imaginaire, tendent à s’effacer, l’un d’eux continue d’exercer une fascination durable. Comme le rappelait Michel Zink dans l’un de ses cours au Collège de France, si la légende de Tristan et Yseut ne connaît plus le succès que lui avait valu la plume de Joseph Bédier, si l’histoire de Roland paraît irrémédiablement liée à des formes de patriotisme révolues, celle du Graal témoigne d’une vitalité qui ne se dément pas. Les productions culturelles de notre époque attestent la pérennité de cette fortune, qui se manifeste dans tant de registres et de niveaux culturels différents, de la littérature à succès aux jeux vidéo, aux productions littéraires les plus raffinées. Une œuvre en particulier, on le sait, a le plus contribué à diffuser l’imaginaire du saint Graal dans notre monde moderne. Si la coupe mystique recherchée par les chevaliers errants trouve son premier témoignage écrit dans l’œuvre de Chrétien de Troyes, c’est dans la Queste del saint Graal, elle-même redevable du travail de Robert de Boron, qu’elle prend la forme que la postérité retiendra.
1Cet appel propose d’aborder ce texte, déjà souvent éclairé par les lumières des chercheuses et chercheurs, sous un angle particulier, celui de ses métamorphoses. Lorsqu’il mettait un point final à son édition de la Queste, encore aujourd’hui la plus fréquemment utilisée, Albert Pauphilet estimait que son travail aurait dû se prolonger dans « une étude sur les remaniements de la Queste et sa destinée1 », travail que l’éditeur n’a pourtant jamais signé. Après tant d’années, il s’agit donc, comme l’a fait Hélène Bouget dans des travaux récents ainsi que dans son habilitation à diriger les recherches, « d’enquêter sur l’ensemble des textes et versions de la Queste, dans la diversité de toutes les attestations que le Moyen Âge et le début de la Renaissance nous ont léguées2 ».
Cette rencontre lyonnaise se propose de réunir de nouveaux regards convergents pour écrire cette histoire de la réception, en portant l’attention sur le domaine français, mais en ouvrant aussi largement la réflexion aux traductions. Dans le prolongement d’un précédent colloque consacré aux traductions dans les langues celtiques et nordiques, il s’agira d’explorer le devenir de la Queste dans ces traditions romanes (Italie, Castille, Catalogne, Portugal) qui ont constitué autant d’espaces privilégiés de sa réception et qui représentent un « nœud » crucial pour la compréhension de certains débats majeurs de l’histoire du texte (la Post-Vulgate).
Les objets susceptibles d’étude se répartissent en trois catégories, selon un ordre d’éloignement croissant par rapport au texte source : 1) les réécritures scribales de la Queste, internes à sa tradition manuscrite ; 2) les adaptations françaises de l’œuvre ; 3) les traductions et adaptations en langues étrangères. Pour le premier cas de figure, on pourra citer des versions qui ajoutent ou réécrivent plusieurs épisodes, ou celles qui contiennent des additions empruntées à d’autres textes (il en va ainsi du ms. Oxford, Douce 199 avec une interpolation tirée de l’Estoire del saint Graal). Viennent ensuite les adaptations, ces entreprises qui retravaillent le modèle en profondeur pour en faire un objet différent, parfois compilé dans des œuvres plus amples. C’est le cas en grande partie d’un côté de la quête du Graal qu’on peut lire dans le Tristan en prose, selon des versions différentes d’un groupe de manuscrits à l’autre qu’il s’agira de bien distinguer, et de l’autre de ces matériaux, dont l’origine est débattue, que l’on a parfois associés à un texte supposément perdu, la Post-Vulgate. Enfin, la Queste ou l’une de ses adaptations a été traduite dans l’espace roman. Parmi ces versions, on peut citer les Demanda ibériques (castillane et portugaise), pièces importantes dans la reconstruction avancée pour la Post-Vulgate, mais aussi des textes moins fréquentés par la critique, comme certaines traductions (La stòria del Sant Grasal catalane, La Inchiesta del San Gradale toscane, etc.), dont celles conservées à l’état de fragments, sans oublier la partie « quête » que des textes comme la Tavola Ritonda héritent du Tristan. La liste n’est pas exhaustive. Encore aujourd’hui des découvertes récentes mettent au jour des manuscrits et des traductions jusqu’ici inconnus.
Les approches convoquées pour explorer cette histoire de la tradition pourront être aussi variées que les objets étudiés : philologie et critique textuelle, étude matérielle des manuscrits, analyse narratologique et stylistique, approches contextualisantes, etc. Dans les divergences qui les séparent, ces différents textes invitent également à interroger les catégories et les outils épistémologiques au moyen desquels nous décrivons la transformation des textes médiévaux : qu’entend-on par copie, réécriture, adaptation, traduction, remaniement ? Comment penser les frontières entre ces catégories lorsque les traditions textuelles font apparaître des degrés de transformation variables ?
En plus d’étudier les réécritures de la Queste del saint Graal au sein du corpus français et plus largement roman, le colloque accueillera des éclairages convergents susceptibles de compléter cette histoire de la tradition du texte. Parmi les pistes qu’il s’agira d’ouvrir, on peut citer les remplois ou les citations d’épisodes isolés de la Queste dans d’autres romans (ainsi pour un épisode célèbre dans l’Estoire del saint Graal), les transcriptions de la Queste par des copistes allophones dans d’autres pays (telles les Queste copiées par des scribes pisan-génois), ou encore, en ce qui concerne les témoins au centre de l’enquête, l’iconographie et l’histoire de leur conservation et de leur circulation.
Modalités de soumission des propositions de communications
Les propositions de communications, sous la forme d’un titre suivi d’un résumé d’une demi-page environ et d’une courte biographie, pourront être envoyées jusqu’au 4 décembre 2026, aux adresses suivantes :
Hélène Bouget : helene.bouget@univ-brest.fr
Federica Buttò : federica.butto@univ-lyon2.fr
Francesco Montorsi : francesco.montorsi@univ-lyon2.fr
Le colloque prendra en charge les frais d’hébergement et de transport.
Les communications en d’autres langues que le français sont acceptées.







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