Appel à contribution – Biens communaux en ville au Moyen Âge et à l’époque moderne

L’institut für vergleichende Städtegeschichte (IStG, Institut d’histoire urbaine comparée), affilié à l’Université de Münster, est un centre de recherche interdisciplinaire à vocation internationale qui étudie la ville européenne comme espace historique d’ordre, de transformation et de conflit. L’IStG organise tous les deux ans des colloques de recherche, appelés colloques de printemps, qui se consacrent à des problèmes actuels de l’histoire urbaine comparée. Le prochain colloque de printemps se tiendra les 27 et 28 mars 2028 et aura pour thème « Städtische Gemeingüter »/Urban Commons » (« biens communaux en ville »). Il est organisé par Olivier Richard (Université de Fribourg, Suisse) et Julia A. Schmidt-Funke (Université de Leipzig). Il met l’accent sur le Moyen Âge et l’époque moderne.

Le colloque part du constat qu’au contraire des communs ruraux (rural commons), qui ont été étudiés de façon comparée à l’échelle de l’Europe dès le début des années 2000[1], les communs ou bien communaux situés en ville n’ont été l’objet que de peu d’attention. La recherche sur les communs, qui trouve encore aujourd’hui son point de fuite dans la prétendue tragédie des biens communaux – ou dans les travaux d’Elinor Ostrom qui la réfutent[2] – semble être fermement accaparée par l’histoire agraire[3]. Pourtant, ce thème présente justement pour les villes une forte actualité, comme en témoigne l’intérêt que lui consacrent la sociologie urbaine et l’urbanisme à travers les « biens communaux urbains[4] ».

Les recherches sur les biens communaux ruraux ont mis en évidence une grande variété de ressources utilisées de manière collective : en plus des forêts, pâturages ou cours d’eau, également les carrières, glaisières, ponts, carrefours routiers et places, chemins ou fossés, ainsi que des infrastructures communales telles que des fours.

Les arrangements institutionnels étaient déterminants pour l’utilisation collective des ressources : ils délimitaient fondamentalement un cercle d’ayants droit par rapport aux tiers et garantissaient l’exploitation des biens communaux par des règles, des instances et des mécanismes de sanction.

Le phénomène des biens communaux n’était cependant pas circonscrit à l’espace rural. Des biens communaux urbains existaient de la même manière dans des forêts et pâturages devant les murailles de la ville. Mais il s’agissait également de rues ou de places dans l’espace intra muros, ainsi que des cours d’eau et leurs rives. Les biens communaux incluent également des droits d’usage collectifs, comme les droits de pêche et de chasse des bourgeois d’une ville ou les droits d’usage commerciaux de l’espace intra-urbain.

Le colloque se demandera d’abord quels espaces et quels droits, à quelle époque et dans quelles villes, peuvent être considérés comme biens communaux, et quels termes sont utilisés dans les sources pour les désigner. Cet état des lieux sera suivi de questions sur les fonctions et le contexte : il faudra ainsi examiner plus avant dans quelle mesure des arrangements institutionnels existaient dans les villes, et comment ces derniers se distinguent des droits relevant de la municipalité ou des bourgeois. Sous quelle forme et par quels processus ces espaces et ces droits passèrent-ils des mains du seigneur à celle de la communauté des bourgeois ? Quel était le rapport entre les biens communaux et ceux que la ville ou le conseil revendiquaient comme étant leurs droits ou leur propriété ? Quel rôle les biens communaux urbains jouaient-ils dans l’élaboration de la norme politique de la prise en charge des besoins essentiels, et dans quel rapport se situaient-ils par rapport à la norme de l’utilité publique, ou du bonum commune ? Dans quelle mesure la gestion des biens communs urbains se fondit-elle dans l’administration municipale ? Peut-on parler d’une « municipalisation » progressive des biens communs ? Quels processus de privatisation des ressources collectives peut-on observer dans les villes ? Dans quelles conditions les biens communs urbains faisaient-ils l’objet de discussions, et quels conflits en découlaient ?

Le colloque examinera le phénomène des biens communaux urbains dans une perspective comparative à l’échelle de l’Europe. Il mettra l’accent sur les périodes médiévales et moderne, mais un petit nombre de communications qui ouvriraient les perspectives sur les XIXe, XXe et XXIe siècles, pourront être intégrés au programme.

Nous invitons à soumettre des propositions de communications touchant à l’ensemble des questions liées aux biens communaux urbains et issues de toutes les disciplines concernées. Des études de cas sur des villes spécifiques sont tout aussi bienvenues que des contributions comparatives et de synthèse.

Modalités de participation

Les frais de transport et d’hébergement seront pris en charge.

Nous vous prions d’adresser vos propositions sous la forme d’un résumé d’environ 1500 à 3000 signes accompagné d’une courte présentation biographique, en pdf, aux responsables de l’organisation du colloque, Prof. Olivier Richard (olivier.richard@unifr.ch) et Prof. Julia Schmidt-Funke (julia.schmidt-funke@uni-leipzig.de), avant le 30 novembre 2026.

Responsables

  • Prof. Olivier Richard
  • Prof. Julia Schmidt-Funke

Notes

[1] Voir Martina De Moor, Leigh Shaw-Taylor, Paul Warde (dir.), The management of common land in north west Europa, c. 1500-1850 (Comparative Rural History of the Norths Sear Area), Turnhout, 2002 ; Niels Grüne/Jonas Hübner/Gerhard Siegl (dir.), Ländliche Gemeingüter/Rural Commons. Kollektive Ressourcennutzung in der europäischen Agrarwirtschaft/Collective Use of Resources in the European Agrarian Economy (Jahrbuch für Geschichte des ländlichen Raumes 2015), Innsbruck/Wien/Bozen, 2015 ; Pâturages et forêts collectifs. Kollektive Weiden und Wälder, Zürich, 2019.

[2] Garrett Hardin, The Tragedy of the Commons, in: Science 162/3859 (1968), p. 1243–1248, doi:10.1126/science.162.3859.1243 ; Elinor Ostrom, Governing the Commons. The evolution of institutions for collective action. Cambridge University Press, Cambridge/New York/Victoria, 1990 (trad. Française La gouvernance des biens communs : pour une nouvelle approche des ressources naturelles, Paris/Bruxelles, 2010).

[3] Voir par exemple le dossier dirigé par Tim Soens et Maïka De Keyzer sur la résilience des biens communaux dans Continuity and Change 37/1 (2022), p. 1-95.

[4] Voir notamment Mary Dellenbaugh, Markus Kip, Majken Bieniok, Agnes Müller, Martin Schwegmann (dir.), Urban Commons. Moving Beyond State and Market, Basel, 2015.

Source : Calenda

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