Appel à contribution – Nommer, décrire, exclure. Construire l’hérétique au Moyen Âge et au début de l’époque moderne

L’hérésie médiévale a fait l’objet d’une longue et riche tradition de recherche, mais les discours qui contribuent à construire, définir et diffuser la figure de l’« hérétique » constituent encore un vaste champ d’exploration. Le projet Marie Skłodowska-Curie COFUND HateResy – Mapping where hate speaks vernacular. Multilingual perspectives on anti-heretical hate speech in Romance-speaking Europe (13th –15th centuries), porté à l’Université Toulouse – Jean Jaurès et en partenariat avec l’Université Autonome de Barcelone, l’Université du Luxembourg et l’Université Masaryk de Brno, propose de placer au centre de la réflexion les discours anti-hérétiques, notamment au prisme des sources vernaculaires en occitan, en français, en italien et en catalan. Ce colloque souhaite approfondir les thématiques explorées par le projet HateResy en renouant avec une réflexion plus large sur la place et les formes de l’hérésie dans les sociétés médiévales jusqu’au seuil de l’époque moderne.

André Vauchez soulignait en 2014 qu’« après avoir tenu les feux de la rampe pendant toute la seconde moitié du XXe siècle, les hérésies médiévales semblent être passées au second plan des préoccupations des historiens »1. Douze ans après, ce constat demeure d’actualité. Il semble dès lors pertinent de renouveler les perspectives sur cet objet d’étude, en accordant une attention particulière non seulement aux phénomènes hérétiques eux-mêmes, mais aussi aux discours qui les définissent, les décrivent et les construisent comme formes d’altérité.

Le colloque propose ainsi d’interroger les mécanismes rhétoriques, linguistiques, politiques et culturels par lesquels l’hérétique est construit comme une figure de la déviance. Cette « étiquette », religieuse en première instance, ne se limite pas à cette unique dimension. Les discours anti-hérétiques contribuent non seulement à condamner une croyance, mais aussi à définir les frontières d’une communauté, à désigner des ennemis et à légitimer leur exclusion. Les termes « hérésie » et « hérétique » peuvent en effet désigner des courants religieux considérés comme dissidents, mais aussi, selon les contextes, d’autres formes de transgression – sociale, politique, culturelle ou liée au genre2. Il conviendra d’analyser ces emplois dans leurs contextes historiques, sans supposer a priori une équivalence entre des phénomènes distincts, mais qui interrogent tous le concept d’« hérésie » sous l’angle de l’exclusion3. Il s’agit là d’un domaine qui s’avère encore riche à étudier par rapport au binôme, plus classique et non sans réserve, d’hérésie et marginalité sociale.

Cette réflexion peut également être mise en regard du concept contemporain de « hate speech », compte tenu des mécanismes d’assimilation de la diversité à la déviance que l’on peut observer dans les sociétés médiévales et modernes, marquées par ce qu’A. Vauchez qualifie de « rejet sans appel de ce que nous appelons aujourd’hui le droit à la différence ».

Le colloque souhaite en paticulier élargir l’étude au-delà des sources judiciaires, doctrinales ou polémiques latines : les littératures vernaculaires, dans leur diversité linguistique et générique, offrent un observatoire privilégié des modes de circulation, de traduction, d’adaptation et de transformation des discours anti-hérétiques. Sont dès lors les bienvenus dans la discussion les textes religieux et pieux, la poésie lyrique et épique, les chroniques, les chartes, les statuts, les traités juridiques, la prédication, la littérature didactique ou l’historiographie, avec leurs traditions textuelles et manuscrites (notamment pour les sources encore inédites) et leurs contextes de réception.

Le colloque privilégiera enfin une approche interdisciplinaire et comparative, faisant dialoguer philologie, études littéraires, linguistique, histoire sociale et politique, histoire religieuse et théologie, histoire du droit, philosophie, histoire de l’art, codicologie, paléographie et humanités numériques.

Possibles axes de recherche

Les propositions pourront notamment s’inscrire dans les axes suivants, sans pour autant s’y limiter :

Traditions textuelles et circulations : transmission manuscrite, public des textes, usages et réappropriations ;

De la polémique latine aux littératures vernaculaires : traduction, adaptation, circulation et transformation des discours anti-hérétiques ;

Diversité des genres littéraires et des supports : prédication, littérature lyrique et épique, littérature didactique, historiographie, textes documentaires et juridiques… ;

Construire l’hérétique : définition, désignation et représentation de l’altérité ;

Lexique et sémantique de l’hérésie : évolutions des termes vernaculaires désignant l’hérésie et les hérétiques ;

Rhétoriques anti-hérétiques : accusation, polémique, stigmatisation, déshumanisation, caricature et autres procédés de construction de l’ennemi ;

Discours anti-hérétiques et construction des communautés : frontières de l’orthodoxie, identité collective et exclusion (religion, culture, origine, statut social, politique et genre) ;

Hérésie, pouvoir et violence : rapports entre discours, institutions, répression et contrôle social ;

Femmes, genre et hérésie : représentations genrées de la déviance et de l’altérité ;

Approches comparatives et plurilingues : circulation et transformations des discours dans les différentes aires de la Romania médiévale et au-delà ;

Éditions de textes, humanités numériques et étude des discours anti-hérétiques : constitution de corpus, éditions, annotation sémantique, textométrie, analyse linguistique et statistique.

Langues

Les communications pourront être données dans une langue romane ou en allemand ou en anglais.

Pièces à joindre et échéances

Titre et résumé (300 mots au maximum), à envoyer au plus tard le 31 janvier 2027 à viola.mariotti@univ-tlse2.fr et marjolaine.raguin@univ-tlse2.fr.

Comité scientifique et organisation

Le colloque est co-organisé par Viola Mariotti (PI HateResy) et Marjolaine Raguin (Supervisor HateResy),

à l’Université Toulouse Jean-Jaurès qui assureront également la publication des actes.

Comité scientifique

Jordi Cerdà Subirachs (Universitat Autònoma de Barcelona)
Catherine Léglu (Université du Luxembourg)
Viola Mariotti (Université Toulouse – Jean Jaurès)
Marjolaine Raguin (Université Toulouse – Jean Jaurès)
Angelica Rieger (RWTH Aachen University)
David Zbíral (Masaryk University, Brno)
Fabio Zinelli (École Pratique des Hautes Études – PSL, Paris)

About RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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