Appel à contribution – Penser la société en catégories au Moyen Âge 

Oxford, 11-12 décembre 2025

Présentation brève du projet

Le Projet de Recherche Collaborative (PRC) ‘SOCIOMA – Pour une sociologie médiévale’, soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche (2024-2028), a pour ambition d’écrire une histoire des savoirs sociologiques dans l’Europe latine des XIIe-XVe siècles. Cette enquête se distingue des travaux d’histoire sociale en privilégiant l’étude des pensées classificatrices, pour montrer que celles-ci ne sont pas seulement descriptives, mais qu’elles sont des outils intellectuels performatifs, un répertoire des formes sociales à disposition des acteurs, une « technologie du pouvoir ».

Trois axes orientent ce travail de recherche :

1/ une enquête lexicographique consacrée au vocabulaire latin et vernaculaire des catégories sociales à l’échelle de l’Occident latin ;

2/ l’étude et l’édition de corpus savants théologiques, juridiques, philosophiques et médicaux porteurs d’un discours sur l’architectonique de la société médiévale ;

3/ l’observation de l’usage des taxinomies sociales dans la littérature pragmatique, afin de mieux révéler les dynamiques sociales qui en résultent.

Au sein d’une très longue histoire de la pensée sociale catégorielle, qui recouvre largement celle des formes et modalités de la domination étatique, et qui s’étale des premières listes de catégories socio-professionnelles écrites en cunéiformes (ED Lú A, v. 3200 av. J.-C.) aux outils statistiques les plus récents – telle la Nomenclature des Professions et Catégories Socio-professionnelles de l’INSEE (2018) – la période médiévale mérite assurément d’être étudiée comme une étape importante dans l’élaboration des outils d’identification et de catégorisation sociales, et la promotion d’une forme de rationalité sociologique.

Argumentaire

En 2013, dans un éditorial publié dans les Annales HSS appelant à « repenser les statuts sociaux en histoire », ses auteurs livraient un double constat : d’une part que « l’existence des “statuts sociaux“ précède celle des sciences sociales » comme en témoigne « le vocabulaire par lequel les groupes sociaux se désignent à travers le temps et l’espace » ; d’autre part, que la question des statuts sociaux semble être passée au second plan des préoccupations des chercheurs depuis les années 1980, probablement en raison de l’abandon des grands paradigmes historiques qui avaient la prétention d’offrir des interprétations globales des sociétés humaines [Anheim, Grenier, Lilti, 2013].

Ce double constat invite à souligner l’angle mort que constitue bien souvent la période médiévale dans l’histoire des idées sociologiques : les synthèses classiques renvoient trop fréquemment le Moyen Âge à une incapacité structurelle de ses acteurs à développer une pensée sociale qui leur soit propre. Pourtant, le Moyen Âge européen fut un terrain d’observation constant de la science sociologique en construction, depuis l’analyse des formes de la vie religieuse par Émile Durkheim, jusqu’aux réflexions sur les structures de la domination de Max Weber. Ce dernier voyait notamment dans les concepts de « communalisation » (Vergemeinschaftung) et de « sociation » (Vergesellschaftung), deux types de relations sociales complémentaires, participant d’un processus historique conjoint d’institutionnalisation des groupes sociaux, dans le cadre de la ville médiévale [Weber, 2014 ; Oexle 1992]. Plus récemment, Pierre Bourdieu regrettait que la sociologie contemporaine ne prenne pas au sérieux les théologiens médiévaux qui « parlant de leurs problèmes de théologiens proposaient une théorie du social particulièrement raffinée, particulièrement moderne, transposant à leur institution des modes de pensée qu’ils avaient coutume d’utiliser pour leurs objets théologiques » [Bourdieu, 2015]. Les sociologues ne sont évidemment pas les seuls responsables de ce dialogue interdisciplinaire inabouti avec les historiens [Fontbonne 2023]. De leur côté, les médiévistes n’ont sans doute pas su proposer de commodes outils de synthèse ou les analyses systématiques qui auraient permis aux non spécialistes du Moyen Âge de dépasser certains préjugés et permettre une intégration des résultats de la recherche historique à l’histoire des idées sociologiques. Il convient ainsi de reconnaître que les grandes entreprises de sociographie du Moyen Âge, soucieuses d’en restituer les dynamiques catégorielles, impulsées dans les années 1960 [Roche, Labrousse, 1973] et conduites jusque dans les années 1980 [Duby, 1978 ; Le Goff, 1989], ont été depuis largement délaissées par les historiens. Les médiévistes se trouvent ainsi encore largement démunis lorsqu’il convient de « dire la stratification sociale » avec les outils conceptuels propres aux médiévaux [Aurell, 2005].

Hors du champ des spécialistes, le Moyen Âge reste ainsi souvent associé au seul imaginaire social des trois ordres, quand bien même les limites de ce paradigme au-delà du XIIe siècle ont été soulignées de longue date [Denton, 1999 ; Jussen, 2001]. Georges Duby lui-même avait souligné à quel point les maîtres des écoles parisiennes – Étienne Langton à leur tête – s’étaient très tôt émancipés du cadre restrictif de la tripartition fonctionnelle, pour s’appliquer dès le XIIe siècle à « tamiser le social » [Duby, 1978]. Animés d’un zèle pastoral, les théologiens des XIIe-XIIIe siècle distinguèrent dans leurs sermons ad status parfois plusieurs dizaines de catégories de fidèles fondées sur des critères variés d’âge, sexe, condition cléricale, profession, etc. [Bériou, 1998 ; Muessig, 2002]. Cette pensée catégorielle se répand dans nombre d’outils de la pastorale, tels les Sommes de confesseurs [Le Goff, 1964], et gagne une littérature morale qui s’en inspire : jeux d’échecs moralisés [Mehl, 1999], danses macabres [Batany, 1984], sans oublier les Contes de Canterbury d’un Geoffrey Chaucer [Mann, 1973]. Parallèlement à la sphère pastorale, l’organisation du monde social en catégories s’observe à partir des XIIe-XIIIe siècles dans l’ordre économique et fiscal – notamment dans le cadre des métiers –, mais aussi dans l’ordre politique et juridique, au sein duquel les premières ordonnances somptuaires de la fin du Moyen Âge apparaissent comme une tentative saisissante d’objectivation vestimentaire de l’ordre social et de mise en conformité de la représentation sociale avec les « états » [Bulst, 1997].

L’ordre ecclésial fut incontestablement l’une des principales matrices de cette pensée sociologique médiévale : adossée à une théologie de l’ordre céleste et terrestre fournie dès le VIe siècle par le Pseudo-Denys l’Aréopagite, les clercs n’eurent de cesse de penser l’ordonnancement social et ses hiérarchies, dans une quête d’harmonie et de mise en conformité de l’ordre terrestre avec les desseins divins. Ainsi l’ecclésiologie médiévale ne serait autre qu’une forme de sociologie, soucieuse d’ordonner et de hiérarchiser le corps social qu’est l’ecclesia [Bougard, Iogna-Prat & Le Jan, 2008 ; Iogna-Prat, 2016]. Produit des transformations de la société médiévale au XIIe siècle, les doctrines savantes, que l’on redécouvre ou que l’on réinvestit alors pour les enseigner dans les toutes premières universités – le droit, la théologie ou la philosophie naturelle –, contribuèrent à catégoriser, découper et classer le réel, en portant un regard tant descriptif que prescriptif. Théologiens, juristes, médecins et philosophes, en prise avec la société à laquelle ils appartenaient, s’appliquèrent à forger des outils sémantiques et sémiologiques nécessaires à la description du monde social, à produire des divisions et des distinctions propres à leur champ qui furent aussi des contributions à une conception architecturée de l’ordre social. Au-delà de la production savante, et dans le contexte d’un élargissement des usages de l’écrit, la littérature pragmatique participe elle aussi à la construction de conceptions sociales actives. Législations urbaines sur les métiers et nomenclatures du travail [Lachaud, 2006 ; Bourlet, 2015], écrits comptables et de gestion, chroniques, écrits historiques et livres de familles, écrits judiciaires, tout ce vaste ensemble documentaire dévoile en réalité un abondant maniement des taxinomies sociales par les auteurs, qui agit sur les formes de conscience d’une appartenance sociale et façonne les identités sociales [Judde, 2023].

Dans cette perspective, la première journée d’étude du projet SOCIOMA aspire à interroger les ressorts de la pensée catégorielle telle qu’appliquée à la société médiévale : quels sont les mécanismes ou procédés intellectuels mobilisés par les acteurs sociaux pour définir, circonscrire et nommer les catégories sociales ?

Les travaux récents de sociologie peuvent à cet égard constituer un point d’appui méthodologique également utile aux médiévistes. Ainsi, dans un article publié en 2015, Luc Boltanski et Laurent Thévenot se penchaient ainsi sur « la fabrication pratique » des classifications sociales et observaient – dans une perspective de sociologie des interactions – la façon dont les individus mobilisaient des compétences ou aptitudes diverses pour classer des individus en groupe, puis nommer ces groupes [Boltanski et Thévenot, 2015]. Il apparaissait à l’issue de cette enquête une opposition forte entre deux façons distinctes d’appréhender le monde social. Si les nomenclatures savantes tendent à supposer l’existence d’un espace social « homogène, segmenté et orienté […] dans lequel toutes les positions sociales pourraient être distribuées avec une égale facilité », les « catégories sémantiques des langages ordinaires » reposent au contraire sur l’appréhension d’un espace social diversifié, et polarisé à partir de « points saillants ». Ces « points saillants » sont des positions ou des professions qui sont aisément identifiables car elles ont fait ou font l’objet d’un « travail social de représentation » : leur existence est communément admise du fait d’un discours social qui s’est appliqué à les promouvoir. Dès lors, le processus de catégorisation fonctionne non pas par distribution mais par « assimilation aux points saillants », à partir de critères variables (âge, sexe, lieu de vie, études et diplômes, rémunération, pratiques culturelles, etc.) et de positions plus ou moins éloignées à ceux-ci dans l’espace social, dessinant les frontières mal définies entre chaque catégorie. Or, dans le jeu de la catégorisation aucun agent n’est neutre. En découle un vaste vocabulaire descriptif, dans lequel se croisent également des considérations esthétiques et morales, qui participe de l’élaboration d’un imaginaire social parfois conflictuel.

            Cette première rencontre souhaitant se consacrer aux structures culturelles et aux procédés intellectuels en action dans la pensée catégorielle, les participants seront invités à se saisir des questions suivantes : quelles taxinomies savantes et/ou pratiques dans l’Europe latine ? Qui sont les agents de ces classifications, dans quel but les produisent-ils et à partir de quels critères propres ? Quels outils intellectuels sont mobilisés pour produire ces nomenclatures et quel vocabulaire pour en rendre compte ? Quelles influences ces nomenclatures exercent-elles sur d’autres groupes que ceux qui les ont produites, comment contribuent-elles à un « travail social de représentation » et à énoncer un imaginaire social ? Quelle porosité entre ces catégories ou, au contraire, quelle conflictualité ?

            Envisageant l’ensemble de l’espace de la chrétienté latine ou l’une de ses parties, les contributions pourront se saisir d’un corpus documentaire spécifique, d’un groupe social préalablement défini, d’un terme ou d’une notion à interroger, d’une période, d’un lieu ou d’un événement spécifiques qui constitueraient des révélateurs d’une évolution ou d’une inflexion, ou encore d’un auteur ou d’une œuvre remarquables par leur acuité sociologique.

            Les communications d’une durée de 30 minutes pourront être présentées en français ou en anglais. Les propositions devront être soumises avant le 15 juin 2025 et adressées à antoine.destemberg@univ-artois.fr. Les frais de déplacement, de logement et de restauration seront pris en charge par l’organisation.

“Thinking society in categories in the Middle Ages”

Oxford, 11-12 December 2025

A brief presentation of the Project

The aim of the Collaborative Research Project ‘SOCIOMA – For a Medieval Sociology’, funded by the French National Agency for Scientific Research (2024-2028), is to write a history of sociological knowledge in Latin Europe from the 12th to the 15th centuries. This research differs from other works of social history by focusing on the study of classificatory thought, in order to show that such thought is not merely descriptive, but that it is a performative intellectual tool, a repertoire of social forms available to actors, a ‘technology of power’.

This research project has three main topics:

1/ a lexicographical study of Latin and vernacular vocabulary for social categories in the Latin West;

2/ the study and editing of scholarly theological, legal, philosophical and medical corpuses that convey a discourse on the architectonics of medieval society;

3/ the analysis of the use of social taxonomies in pragmatic literature, in order to reveal the resulting social dynamics.

Within a very long history of categorical social thought, which largely overlaps with that of the forms and modalities of State domination, and which extends from the first lists of socio-professional categories written in cuneiform (ED Lú A, c. 3200 BC) to the most advanced statistical tools – such The National Statistics Socio-econonomic classification (NS-SEC of 2010) – the medieval period certainly deserves to be studied as an important stage in the development of tools for social identification and categorisation, and the promotion of a form of sociological rationality.

Argument

In 2013, in an editorial published in Annales HSS calling for a “rethinking of social status in history”, its authors delivered a twofold observation: on the one hand, that “the existence of ‘social statuses’ predates that of the social sciences” as evidenced by “the vocabulary by which social groups refer to themselves across time and space”; on the other hand, that the question of social statuses seems to have slipped into the background of researchers’ concerns since the 1980s, probably due to the abandonment of the major historical paradigms that claimed to offer global interpretations of human societies [Anheim, Grenier, Lilti, 2013].

This twofold observation highlights the blind spot that the medieval period very often represents in the history of sociological ideas: classical syntheses too often refer to the Middle Ages as the structural inability of its actors to develop their own social thought. However, the European Middle Ages were a constant observation ground for the sociological science under construction, from Émile Durkheim’s analysis of the forms of religious life to Max Weber’s reflections on the structures of domination. Weber saw the concepts of ‘communalisation’ (Vergemeinschaftung) and ‘sociation’ (Vergesellschaftung) as two complementary types of social relationship, part of a joint historical process of institutionalising social groups in the medieval city [Weber, 1958; Oexle, 1992]. More recently, Pierre Bourdieu regretted that contemporary sociology did not take seriously the medieval theologians who, ‘speaking of their problems as theologians, proposed a particularly refined, particularly modern theory of the social, transposing to their institution the modes of thought they were accustomed to using for their theological objects’ [Bourdieu, 2015]. Sociologists are obviously not the only ones responsible for this unfinished interdisciplinary dialogue with historians [Fontbonne, 2023]. For their part, medievalists have undoubtedly been unable to offer practical synthesis tools or systematic analyses that would have enabled non-specialists in the Middle Ages to overcome certain prejudices and allow the results of historical research to be integrated into the history of sociological ideas. It has to be said that the major sociographic studies of the Middle Ages, which were undertaken in the 1960s [Roche, Labrousse, 1973] and continued until the 1980s [Duby, 1981; Le Goff, 1990], with the aim of reconstructing the dynamics of categorisation, have since been largely abandoned by historians. As a result, medievalists are still largely at a loss when it comes to ‘describing social stratification’ using the conceptual tools specific to the Middle Ages [Aurell, 2005].

Outside the field of specialists, the Middle Ages often remain associated solely with the social imaginary of the three orders, even though the limits of this paradigm beyond the 12th century have long been emphasised [Denton, 1999; Jussen, 2001]. Georges Duby himself emphasised the extent to which the masters of the Parisian schools – Stephen Langton at the helm – had very early emancipated themselves from the restrictive framework of functional tripartition, applying themselves from the 12th century onwards to ‘sifting the social’ [Duby, 1978]. Driven by pastoral zeal, theologians of the 12th to 13th centuries sometimes distinguished in ad status sermons several dozen categories of faithful based on various criteria of age, sex, clerical status, profession, etc [Bériou, 1998; Muessig, 2002]. This categorical thinking spread to a number of pastoral tools, such as the Summae confessorum [Le Goff, 1964], and spread to moral literature inspired by it: Moralized Game of Chess [Mehl, 1999], Dances of Death [Batany, 1984], as well as Geoffrey Chaucer’s Canterbury Tales [Mann, 1973]. Alongside the pastoral sphere, the organisation of the social world into categories can be seen from the 12th to 13th centuries in the economic and fiscal order – particularly in the context of the trades – but also in the political and legal order, where the first sumptuary laws of the late Middle Ages appear to be a striking attempt to objectify the social order in terms of dress and to bring social representation into line with the ‘states’ [Bulst, 1997].

The ecclesial order was undoubtedly one of the main sources of this medieval sociological thought: backed by a theology of the heavenly and earthly order provided as early as the 6th century by Pseudo-Dionysius the Areopagite, the clerics never stopped thinking about the social order and its hierarchies, in a quest for harmony and bringing the earthly order into line with divine designs. In a way, medieval ecclesiology is thus nothing other than a form of sociology, concerned with ordering and hierarchising the social body that is the ecclesia [Bougard, Iogna-Prat & Le Jan, 2008; Iogna-Prat, 2016]. As a product of the transformations in medieval society in the 12th century, scholarly doctrines – such as law, theology and natural philosophy – which were then rediscovered or reinvented to be taught in the very first universities, helped to categorise, divide and classify reality, both descriptively and prescriptively. Theologians, lawyers, physicians and philosophers, in touch with the society to which they belonged, applied themselves to forging the semantic and semiological tools needed to describe the social world, producing divisions and distinctions specific to their field that were also contributions to an architectural conception of the social order. Beyond scholarly production, and in the context of a broadening of the uses of the written word, pragmatic literature also played a part in the construction of active social conceptions. Urban legislation on trades and labour nomenclatures [Lachaud, 2006; Bourlet, 2015], accounting and management writings, chronicles, historical writings and family books, judicial writings – this vast body of literature reveals an abundant use of social taxonomies by authors, which affects forms of awareness of social belonging and shapes social identities [Judde, 2023].

With this in mind, the first study day of the SOCIOMA project aims to examine the driving forces behind categorical thinking as applied to medieval society: what intellectual mechanisms or processes were used by social actors to define, circumscribe and name social categories?

Recent work in sociology can also provide useful methodological support for medievalists. In an article published in 2015, Luc Boltanski and Laurent Thévenot looked at the ‘practical manufacture’ of social classifications and observed – from the perspective of the sociology of interactions – the way in which individuals mobilised various skills or aptitudes to classify individuals into groups and then to name these groups [Boltanski and Thévenot, 2015]. At the end of this survey, there appeared to be a strong opposition between two distinct ways of understanding the social world. While scholarly nomenclatures tend to assume the existence of a ‘homogeneous, segmented and oriented social space […] in which all social positions could be distributed with equal ease’, the ‘semantic categories of ordinary languages’, on the other hand, are based on the apprehension of a diversified social space, polarised on the basis of ‘salient points’. These ‘salient points’ are positions or professions that are easily identifiable because they have been or are being ‘socially represented’: their existence is commonly accepted as a result of the social discourse that has promoted them. From then on, the categorisation process operates not by distribution but by ‘assimilation of salient points’, based on variable criteria (age, gender, place of residence, education and qualifications, pay, cultural practices, etc.) and positions more or less distant from these in the social space, drawing ill-defined boundaries between each category. In the social game of categorisation, no agent is neutral. The result is a vast descriptive vocabulary, in which aesthetic and moral considerations also intersect, helping to create a sometimes-conflicting social imaginary. 

As this first meeting will focus on the cultural structures and intellectual processes at work in categorical thinking, participants will be invited to consider the following questions: what scholarly and/or practical taxonomies were used in Latin Europe? Who are the agents of these classifications, for what purpose do they produce them and on the basis of what criteria? What intellectual tools are used to produce these classifications, and what vocabulary is used to describe them? What influence do these nomenclatures have on groups other than those who produced them, and how do they contribute to the ‘social work of representation’ and to the formulation of a social imaginary? How do these categories interact or, on the contrary, conflict?

Looking at the whole of Latin Christendom or just one part of it, papers may focus on a specific corpus of documents, a predefined social group, a term or concept to be examined, a specific period, place or event that may reveal an evolution or an inflection, or an author or a work that is remarkable for its sociological acuity.

The 30-minute papers may be presented in English or French. Proposals must be submitted by 15 June 2025 to antoine.destemberg@univ-artois.fr. Travel, accommodation and catering expenses will be covered by the organisation of the workshop.

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Offre d’emploi – Mise au concours d’un poste de doctorant-e-x FNS en histoire de l’art médiéval Université de Neuchâtel

La section d’histoire de l’art et de muséologie de la Faculté des lettres de l’Université de Neuchâtel met au concours un poste de doctorant-e-x FNS dans le domaine de l’histoire de l’art médiéval.

Informations liées au poste

Entrée en fonction : 1e juin 2025

Durée du contrat : 1 an, renouvelable une fois pour trois ans

Taux d’activité : 100%

Lieu de travail : Faculté des Lettres, Espace Tilo-Frey 1, Neuchâtel

Activités

Le projet « Matières animales et création d’objet au Moyen Âge (XIIe-XVIe siècles) » porte sur l’intégration de l’ensemble ou d’une partie du corps animal dans les objets liturgiques et, ponctuellement, la vaisselle et les ornements de table. L’objectif est de réfléchir à l’identité zoologique sous-jacente à ces objets-animaux (œufs-reliquaires, ramures de cerf utilisées en qualité de pupitre, coquillages-bénitiers, cornes de narval, etc.) sans recourir au langage symbolique du bestiaire moralisé.

Dans le cadre de ce projet, lae candidat-e-x au doctorat sera appelé-e-x à mettre en réseau les différents objets d’un corpus donné. À l’aide de méthodes statistiques, il s’agira ainsi de déterminer – dans la mesure du possible – où ces objets ont été réalisés, à partir de quelle source la matière animale a été obtenue pour leur confection, et quels sont les textes susceptibles d’éclairer leur biographie (inventaires de trésors d’église, manuels de cuisine, traités cynégétiques, etc.). Selon les nécessités du projet, des mobilités internationales, notamment pour la recherche en archives, sont envisageables.

Profil

– Être titulaire d’un Master II en histoire médiévale, histoire de l’art du Moyen Âge ou en anthropologie, avec un intérêt marqué pour la culture matérielle médiévale et les Animal Studies ;

– Disposer de compétences de base en humanités digitales, qui peuvent également être acquises moyennant une formation complémentaire durant le doctorat ;

– Maîtriser le français, l’anglais (oral et écrit), l’allemand et l’italien (écrit) ;

– Montrer des capacités probantes au travail en équipe, dans un environnement interdisciplinaire.

Avantages

L’équipe du projet FNS « Matières animales et création d’objet au Moyen Âge (XIIe-XVIe siècles) » se porte garante d’un cadre de travail agréable et formateur, dans un environnement académique multiculturel et diversifié. Lae candidat-e-x pourra ainsi bénéficier de nombreuses possibilités de formation continue, participer à des activités de soutien à l’enseignement dans l’institut de rattachement, et promouvoir sa recherche à travers les colloques et publications du groupe.

Dossier de candidature

Délai de postulation : 30 avril 2025

Les personnes intéressées sont priées d’envoyer un dossier complet en format PDF contenant :

– Une lettre de motivation ;

– Une lettre de recommandation ;

– Un Curriculum Vitae incluant la liste des publications/travaux de recherches accomplis et le nom d’une personne de référence autre que l’auteur-e-x de la lettre de recommandation ;

– Une copie des diplômes universitaires obtenus ;

– Une copie du travail de mémoire de Master II.

Le dossier est à faire parvenir à l’adresse suivante : pierre-alain.mariaux@unine.ch

Pour tout renseignement complémentaire

Contacter : Professeur Pierre Alain Mariaux : pierre-alain.mariaux@unine.ch

Remarques

L’UNINE s’engage :

• Pour l’égalité, la diversité et l’inclusion au sein de sa communauté ;

• À garantir un environnement ouvert, respectueux et propice à l’épanouissement ;

• À offrir des conditions de travail favorables à la conciliation des différentes sphères de vie ;

• À soutenir la relève scientifique.

https://www.unine.ch

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Formation – Munich pour médiévistes 2025

Ce voyage d’étude du 24 au 28 août 2025 offre à des étudiantes et étudiants ou doctorantes et doctorants français et allemands en histoire du Moyen Âge, disposant de connaissances de base de l’autre langue, l’occasion de se familia­riser avec la pratique de la recherche ainsi qu’avec le paysage de la recherche en Allemagne. Date limite du dépôt des candidature est le 1er juin 2025.

Les visites des Monumenta Germaniae Historica, du Bayerisches Hauptstaatsarchiv, de la Bayerische Akademie der Wissenschaften, de la Ludwig-Maximilians-Universität, de la Bayerische Staatsbibliothek, du Historisches Kolleg ainsi que du Zentralinstitut für Kunstgeschichte, sont prévues.

Une attestation d’assiduité sera délivrée à chaque participante et chaque participant en vue d’une éventuelle validation de ce voyage d’études auprès de son école doctorale ou dans le cadre de sa formation. Les frais de participation à cette excursion s’élèvent à 50,00 EUR par personne. Les frais de voyage (par défaut en train, 2e classe, dans la limite forfaitaire de 150,- € max.) et d’hébergement (généralement dans des chambres doubles) seront pris en charge par l’IHA.

Si vous souhaitez participer à cette excursion, merci de nous envoyer une lettre de motivation accompagnée de votre curriculum vitae. Veuillez adresser votre dossier de candidature en indiquant la référence »Munich pour médiévistes« avant le 1er juin 2025 par mail à Mme Amélie Sagasser: asagasser@dhi-paris.fr.  

Source : Institut historique allemand

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Offre d’emploi – Post-doc en histoire médiévale et humanités numériques

L’Université d’Artois est implantée sur différents points du territoire du Nord-Pas de Calais : Arras (siège), Béthune, Douai, Lens et Liévin. Elle comprend huit UFR, deux IUT, une école d’ingénieurs, un service de formation continue (FCU) et dix-sept centres de recherche
Depuis sa création en 1992, l’Université d’Artois s’impose comme un acteur de promotion sociale et bénéficie d’un environnement convivial et stimulant propice aux études et à la culture.

Placée sous la tutelle du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, l’Université d’Artois accueille 13 000 étudiants et emploie un peu plus de 1 000 personnes. Elle est dotée d’un budget de 116 M€, dont 89 M€ de masse salariale et 7 M€ d’investissements.

L’ensemble des postes à pourvoir publiés par l’Université d’Artois est ouvert aux bénéficiaires de l’obligation d’emploi, en application des dispositions des articles L. 5212-13 et L.5212-2 du Code du Travail.

Mission

Dans le cadre du projet ANR ‘Socioma – Pour une sociologie médiévale’ (https://anr.fr/Projet-ANR-24-CE27-4902) et de son enquête consacrée au corpus manuscrit des Bibles moralisées, la tâche dévolue à la titulaire ou au titulaire du contrat post-doctoral consistera à établir l’édition du texte d’un ou deux manuscrits appartenant à ce genre spécifique d’exégèse latine. Le premier manuscrit qui sera traité est la Bible dite d’Oxford-Paris-Londres (Oxford, Bodleian Libraries, Bodley 270b ; Paris, Bnf, lat. 11560 ; Londres, BL, Harley 1526-1527), datant du second tiers du XIIIe siècle. Le second manuscrit qui sera traité est le manuscrit latin Vienne, ÖNB, Codex 1179 (premier quart du XIIIe siècle).

Le travail d’édition s’appuiera sur la plateforme eScriptorium et les outils numériques de reconnaissance optique de l’écriture manuscrite (Handwriting Text Recognition) permettant une transcription automatique des manuscrits considérés. Il consistera en deux étapes : 1/ Un travail préparatoire de fine-tuning, consistant à adapter ou établir un modèle spécifique (identification des zones et segments de textes), dont l’entraînement permettra un traitement automatique optimal des transcriptions ; 2/ Assurer le post-traitement, c’est-à-dire les corrections manuelles de la segmentation et de la transcription, afin d’obtenir une édition fiable des textes.

Conditions d’exercice : La chercheuse post-doctorale ou le chercheur post-doctoral sera intégré au laboratoire d’histoire Centre de Recherche et d’Etudes Histoire et Société (UR 4029) et participera à la vie de l’unité (http://crehs.univ-artois.fr). Un lieu de travail sera mis à disposition sur le pôle d’Arras de l’Université d’Artois, sans obligation de résidence sur place. Les trajets entre le domicile et la résidence administrative ne seront pas pris en charge.

L’équipement informatique nécessaire à la réalisation des tâches confiées  lui sera fourni pendant la durée du contrat (ordinateur portable et disque dur externe).

La chercheuse post-doctorale ou le chercheur post-doctoral participera aux activités liées au projet ANR SOCIOMA et au travail de son consortium, auquel elle ou il sera pleinement intégré. Une certaine mobilité sera ainsi exigée, à l’occasion de missions dans les lieux de conservation des manuscrits (notamment à Oxford) ou pour participer aux réunions scientifiques organisées par le consortium (colloque, réunion de travail). Ces missions seront intégralement financées.

Personne référente : Le travail réalisé sera supervisé par Antoine Destemberg (Université d’Artois/Maison française d’Oxford) : antoine.destemberg@univ-artois.fr

Profil

Qualifications requises : Les candidates et candidats doivent être titulaires d’un doctorat d’histoire ou en humanités numériques, obtenu au plus tard trois ans avant le début du contrat.

Compétences attendues : Afin d’accomplir à bien les tâches qui lui seront dévolues, la candidate ou le candidat devra :

·         Posséder une maîtrise suffisante de la paléographie latine médiévale, en particulier du XIIIe siècle (gothique textura)

·         Avoir des notions avancées de latin médiéval

·         Posséder une certaine familiarité, ou du moins manifester un intérêt, à l’égard des outils d’humanités numériques, en particulier relatifs à l’édition de texte et la reconnaissance automatique de l’écriture manuscrite (eScriptorium).

·         Une base de culture biblique est enfin souhaitable (texte biblique et des principes de l’exégèse médiévale)


Modalités de candidature : Les dossiers de candidature doivent être adressés au plus tard le 15 mai

Ils doivent comporter :

·         Une lettre de motivation

·         Un curriculum vitae

·         Une copie diplôme de doctorat ou une attestation faisant foi

·         Une copie de pièce d’identité

Une audition des candidatures retenues se tiendra à Paris, le vendredi 6 juin. Les personnes invitées à s’y présenter seront contactées au plus tard 15 jours avant.

Type de contrat et rémunération : Ingénieur de recherche (IGR), pour un salaire net mensuel de 2900 €. CDD du 01/09/2025 au 30/09/2026

Source : Université d’Artois

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Offre d’emploi – University Assistant Post-Doc at the Department of Numismatics and Monetary History 

The University of Vienna is a community of over 10,000 individuals, including approximately 7,500 academic staff members, who passionately pursue answers to the profound questions that shape our future. Fueled by curiosity and a deep sense of duty, they contribute invaluable insights to research and teaching, enriching our society. Are you inspired and driven by the desire to make a meaningful impact? We are currently seeking a/an

University Assistant Post-Doc at the Department of Numismatics and Montary History 

40 Faculty of Historical and Cultural Studies  

Job vacancy starting: 09/01/2025 (MM-DD-YYYY) | Working hours:  40,00  | Classification CBA: §48 VwGr. B1 lit. b (postdoc) 

Limited contract until: 08/31/2029

Job ID: 3716

The Department of Numismatics and Monetary History at the University of Vienna is the only university department in Europe focusing on money and its history. It is a unique place for the academic study of numismatics from antiquity to the modern period, covering the full methodological spectrum of the subject.

Your new job

As a university assistant you actively participate in research and teaching at the department as well as in its administration.

This position is limited until 31.08.2029.

What you do exactly

  • You continue to build up your own research profile in the field of medieval and modern numismatics and monetary history, ideally with a focus on Central Europe.
  • You publish and lecture internationally in numismatics, especially in your area of specialisation.
  • You prepare a habilitation thesis in medieval or modern numismatics and monetary history.
  • You acquire third-party funding for research projects in your area as necessary.
  • You give university courses according to the requirements specified in the collective agreement for post-doc researchers.
  • You are actively involved in the supervision of students.
  • You contibute to initiatives of evaluation and quality assurance at the department.
  • You make a substantial contribution to the administration of research and teaching at the department.

Your competences

•    Outstanding PhD in numismatics and monetary history, or in a related subject (history, economic history or the like) with a focus on numismatics
•    Excellent publications in the field of medieval/modern numismatics and monetary history
•    Experience in academic teaching
•    Ability to work in a team and organisational skills
•    Broad subject-specific IT user skills
•    Languages: German (courses may be offered in English during the first two years of the appointment), English, Latin (at least basic knowledge)

We offer

We offer a position in one of the world’s leading centres for research and teaching in numismatics and monetary history.

Fixed-term contract and fair salary: The basic salary of EUR 4,932,90 (14 times a year) for a period of 4 years increases if we can credit professional experience.

Internal further training & coaching: Opportunity to deepen your skills on an ongoing basis. There are over 600 courses to choose from – free of charge.

How to apply

Via our job portal by uploading

  • your professional CV (including a list of publications, lectures and courses given)
  • a covering letter
  • a description of your research interests, including your habilitation project, if applicable
  • your doctoral diploma

If you have any questions, please contact:

Bernhard Woytek  

bernhard.woytek@univie.ac.at

We look forward to new personalities in our team! 
The University of Vienna has an anti-discriminatory employment policy and attaches great importance to equal opportunities, the advancement of women and diversity. We lay special emphasis on increasing the number of women in senior and in academic positions among the academic and general university staff and therefore expressly encourage qualified women to apply. Given equal qualifications, preference will be given to female candidates.

University of Vienna. Space for personalities. Since 1365.

Data protection
​Application deadline: 20.04.2025 (MM-DD-YYYY)

Source : Universität Wien

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Publication – « Die Briefe des Erzbischofs Hinkmar von Reims » (vol. 3), éd. Isolde Schröder, Matthias Schrör

Dieser dritte und letzte Faszikel schließt nach mehr als 90 Jahren das Editionsprojekt der Briefe des Erzbischofs Hinkmar von Reims ab. Das Layout sowie die Brief- und Seitenzählung der Faszikel MGH Epp. 8,1 (1939) und 8,2 (2018) werden nahtlos fortgesetzt, die Kopfregesten und die Erläuterungen hingegen ausführlicher gestaltet und Editionen dem heutigen wissenschaftlichen Standard angepasst.
Für den Zeitraum von 872 bis 882 werden nicht nur die Briefe des Erzbischofs selbst, sondern auch Schreiben Karls des Kahlen, die mit hoher Wahrscheinlichkeit von Hinkmar verfasst wurden, sowie Synodalbriefe, Traktate und hagiographische Schriften berücksichtigt. Ein Anhang bietet 14 Nachträge zu den ersten beiden Teilbänden. Unter den 249 bearbeiteten Nummern finden sich neue Datierungen und Zuordnungen; von den 49 erhaltenen Brieftexten werden 26 neu oder erstmals kritisch ediert. Der Band enthält neben Vorwort und Einleitung zudem Verzeichnisse der Abkürzungen und der abgekürzt zitierten Quellen und Literatur, dazu Register der Handschriften, Absender und Adressaten, Quellen und Zitate sowie Konkordanzen. Die Register und Verzeichnisse erfassen alle drei Faszikel und machen damit die Briefe Hinkmars in ihrer Gesamtheit für die weitere Forschung erschließbar.

Table des matières : ici

Die Briefe des Erzbischofs Hinkmar von Reims, t. 3, éd. Isolde Schröder, Matthias Schrör, Wiesbaden Harrassowitz Verlag, 2025 ; 1 vol., XLI–370 p. (Monumenta Germaniae Historica. Epistolae, 8,3). ISBN : 978-3-447-11971-9. Prix : € 130,00.

Source : Harrassowitz Verlag

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Gabriel Audisio, « Une ville au sortir du Moyen Âge : Apt-en-Provence (1460-1560) »

Cet ouvrage s’intéresse aux registres notariés d’Apt-en-Provence de 1460 à 1560. Il pose deux questions : peut-on faire de l’histoire sociale sans ou avec seulement les actes notariés ? Cette cité, au tournant du moyen âge et des Temps modernes, était-elle encore médiévale ou déjà une ville de la Renaissance ?

Table des matières : ici

Informations pratiques :

Gabriel Audisio, Une ville au sortir du Moyen Âge : Apt-en-Provence (1460-1560), Paris, Classiques Garnier, 2025 ; 1 vol., 439 p. (Bibliothèque d’histoire de la Renaissance, 6). ISBN : 978-2-8124-3064-0. Prix ; € 29,00.

Source : Classiques Garnier

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Publication – « Linguistic Fragmentation and Cultural Inclusion in the Middle Ages. Translation, Plurilingualism, Multilingualism », éd. Davide Bertagnolli, Alessandro Zironi

Linguistic fragmentation contains the risk of cultural separation, while the concept of inclusion implies the recognition of the difference of the Other, which must be recognised in its specificity to develop a process of inclusion. One of the main means of overcoming the dangers hidden in linguistic fragmentation is unquestionably plurilingualism and, relatedly, translation. Translation enables the transmission of content from one linguistic-cultural system to another. Multilingualism is not just a peculiarity of the contemporary age, it is a fundamental phenomenon of the Middle Ages. The conceptual relationship between linguistic fragmentation and cultural inclusion, and the inter-relationships of these two apparently opposing poles with the communicative tool of translation, requires some reflection within the broader framework of translation studies in the Middle Ages. This collection of essays examines the seemingly paradoxical concept of linguistic fragmentation as an instrument of cultural inclusion thanks to the practice of translation.

The essays explain the relationship through translations between many medieval languages and texts, from Icelandic to Italian, from English to French, and more. They examine vernacular circulation of religious texts (translation of the Bible, of hagiographic or homiletic texts, etc.); circulation, thanks to translation, of literary texts (e.g., the translation of epic-chivalric cycles); translation from a koine language to another language and vice versa; and the relationship between the choice of the target language and the socio-cultural context.

Davide Bertagnolli and Alessandro Zironi are Professors of Germanic Philology at the Alma Mater Studiorum – University of Bologna. Davide Bertagnolli’s research field focuses on Middle Dutch, Middle High and Middle Low German languages and texts, while Alessandro Zironi is specialized in Gothic, Lombard and Middle High German languages and texts.

Challenging Fragmentation, Striving for Inclusion
ALESSANDRO ZIRONI

Part One: Adapting to Include

Dal latino al volgare: un’orazione « renana » nel XV e XVI secolo
PAOLA SPAZZALI

La traduzione italiana della Vita di santa Brigida di Svezia
SILVIA NOCENTINI

Among Languages and Writing Systems: Prayers in Latin and in the Vernacular in Medieval Scandinavia
MARUSCA FRANCINI

Sketching Guthlac as a Model of Monastic Virtues: Vercelli XXIII, Guthlac A and the Vita Sancti Guthlaci
RAFFAELE CIOFFI

Textual Alterations as Re-translations: John Lydgate’s Aureate Lyrics in Manuscript and Early Print
TATSUYA NII

The Translator in the Text: The Narrative Voice of the Middle Welsh Otuel
LUCIANA CORDO RUSSO

Part Two: Creation and Transformation

La traduction vieux-slave du Poenitentiale Merseburgense: modèle exemplaire d’entre-deux-langues au Moyen âge
MARIYANA TSIBRANSKA-KOSTOVA and IRENA KRISTEVA

Creating a Literary Koine: How Gavin Douglas Translates Repetition in the Eneados
MEGAN BUSHNELL

Fragmentation, Translation and Dido’s Diversity
MARIAN ROTHSTEIN

Translation, Function, Semantics: from the Romance of Horn to King Horn
PIERANDREA GOTTARDI

Inter-Codicality: The Case of Two Manuscripts Belonging to Jeanne d’Evreux, Queen of France
ANNE MOURON

Part Three: Language Inclusions

Tristan in Munich, BSB, MS Cgm 51. Observations on an Intermodal Romance
ADELE CIPOLLA

Illumination and Text in the Pearl-Manuscript (London, British Library, MS Cotton Nero A.x.)
SIBILLA SIANO

Linguistic Fragmentation and Cultural Inclusion in the Middle Ages. Translation, Plurilingualism, Multilingualism, éd. Davide Bertagnolli, Alessandro Zironi, Turnhout, Brepols, 2025 ; 1 vol., 326 p. (The Medieval Translator, 22). ISBN : 978-2-503-61364-2. Prix : € 90,00.

Source : Brepols

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Appel à contribution – Héroïsmes en temps de guerres

Échéance : 01 Mai 2025
Université du Québec à Montréal
Organisé par Sarah Gruszka (Sorbonne Université / EHESS), Guillaume Pinet (UQÀM) et Cécile Rousselet (Sorbonne Université / Sorbonne Nouvelle)

Depuis les années 2000, l’intérêt des chercheurs pour le concept d’héroïsme a cru au point que certains parlent désormais d’heroism studies (Efthimiou et Allison, 2017) ou d’heroism science (Allison, Goethals et Kramer, 2017). Ce courant historiographique émergent dispose aujourd’hui d’une revue académique pluridisciplinaire, affiliée à l’Université de Richmond[1], de centres de recherche et même d’encyclopédies dans les mondes américain et allemand[2]. Les Lieux de mémoire de Pierre Nora ou l’ouvrage collectif La Fabrique des héros (Centlivres, Fabre et Zonabend, 1998) sont à cet égard exemplaire de cet élan historiographique, dont témoigne encore la parution récente de l’étude Succès et échec de l’héroïsation (Cohen et Gangloff, 2025). Ce dynamisme, tout comme les productions qui l’illustrent, témoignent de l’intérêt non seulement scientifique, mais aussi social de cette thématique, dans un contexte de montée du présentisme (Hartog, 2003) et d’incertitudes qui caractérise la fin du xxe  et le premier tiers du xxie siècle. La multiplication des commémorations qui accompagnent l’attachement actuel au devoir de mémoire, les bouleversements de la géopolitique mondiale liés aux conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et aux tensions en Asie autour de la Corée et de la mer de Chine, ainsi que le retour du spectre des conflits de haute intensité, nourrissent en effet la recherche de repères stables, de personnes, réelles ou fictives, capables d’incarner un système de valeurs ou un idéal de comportement et de le porter à son plus haut degré. À l’inverse, l’attachement des historiographies nationales actuelles au paradigme héroïque, notamment lorsqu’il s’agit de personnages emblématiques, de Jeanne d’Arc à Eva Perón, au passé clair-obscur, comme John A. Macdonald, Hô Chi Minh ou Sékou Touré, ou d’épisodes tragiques comme les deux conflits mondiaux et les génocides des xxe et xxie siècles, rend parfois difficile son analyse, quand bien même s’élaborerait-elle dans une perspective académique. Les réactions émotionnelles teintées de moralisation sont parfois vives quand interroger l’héroïsme est perçu comme un acte presque blasphématoire.

La fabrique des héroïsmes

Défini comme une « force d’âme exceptionnelle » ou comme un « comportement exemplaire caractérisé par un extrême courage face au danger et un dévouement total à la cause pour laquelle on combat »[3], l’héroïsme possède un caractère extraordinaire et hyperbolique qui justifie l’emploi du substantif. Il faut pourtant observer avec Harrison Weinstein l’absence de consensus entourant sa définition[4]. Nombre de travaux qui interrogent la notion constatent en effet qu’un tel exercice résiste à toute approche univoque, tant les normes et les valeurs incarnées par l’héroïsme varient selon les époques, les lieux et les sociétés. Comment comprendre dès lors l’héroïsme autrement qu’au pluriel, tant leshéroïsmes n’apparaissent jamais qu’à travers des contextes, des documents et des conditions redéfinissant sans cesse les enjeux qu’ils soulèvent en pratique (voir Azouvi, 2024) ? Ainsi la Première Guerre mondiale s’accompagna-t-elle d’une « culture de guerre » bouleversant les anciens modèles d’héroïsmes (Becker et Audouin-Rouzeau, 2000). Les tapis de bombes et les gaz de combat rendent inutile la bravoure individuelle, tandis que la position allongée des soldats comme l’inanité des charges de cavalerie face aux premiers tanks renversent les attributs traditionnels de l’héroïsme guerrier (Audouin-Rouzeau, 2009 et 2014). La Grande Guerre a ainsi opéré des mutations dans les expériences de la guerre qui ont entraîné des évolutions dans l’appréciation même d’un possible héroïsme – sur le front comme à l’arrière (voir Campa, 2020, Loez, 2010, ou Lalanne-Berdouticq, 2025).

L’intérêt pour l’héroïsme est lui-même soumis à des variations épousant les dynamiques historiographiques. D’abord lié à l’histoire événementielle et à l’étude des grandes figures de l’histoire militaire, il a reculé ensuite au profit d’une histoire des structures et de la longue durée née durant l’entre-deux-guerres. Ce n’est qu’au tournant du xxe au xxie siècle qu’il renaît à la faveur du « retour de l’événement » (Norat, 1978 ; Rétat, 2001 ; Dosse, 2010) et de l’approche bibliographique (Dosse, 2005) et de l’intérêt renouvelé pour la singularité de la microhistoire (Ginzburg 1980 et 1989 ; Ginzburg et Poni, 1981 ; Levi, 1989). Dans le domaine martial, il est porté par une histoire renouvelée de la guerre sensible dorénavant à l’articulation entre pratiques et représentations (Duby, 1973 ; Bertaud, 1979 ; J. Keegan, 1976 ; Hanson, 1989 ; Lynn, 1984 ; Chaline, 1999 ; Drévillon, 2005). Les chercheuses et chercheurs se préoccupent toutefois désormais moins du héros pour lui-même que de l’héroïsme et de ce qu’il nous dit des groupes humains, de leurs valeurs, de leurs aspirations et de la manière dont elles structurent les relations sociales (Dosse, 2010). 

S’il est question ici d’héroïsmes plutôt que de héros ou d’héroïnes, c’est que les réflexions récentes s’attachent moins à appréhender les acteurs, les événements ou les bénéficiaires du processus que les conditions (anthropologiques, sociales, culturelles, politiques et historiques) qui participent à l’élaboration des modèles héroïques, aux champs d’expériences qu’ils révèlent et aux horizons d’attente qu’ils dessinent. Les héroïsmes doivent ainsi être approchés comme des constructions historiquement datées et géographiquement localisées, qui font l’objet d’une fabrique discursive révélée par les gestes et les pratiques qui les rendent visibles et qui font la promotion non seulement d’un individu mais, au travers de celui-ci, d’un comportement, d’un groupe social ou d’une idée (Duby, 1973 et 1984). L’acte héroïque n’existe, dans une approche constructiviste, qu’en tant qu’il est mis en récit et en intrigue (Veyne, 1971, White, 1973, Ricoeur, 1983-1985). Les histoires d’héroïsmes sont consubstantielles aux mises en pratique de ces héroïsmes dans l’espace discursif (Auerbach, 1946, Eco, 1976).

Certains contextes produisent des formes particulières d’héroïsmes qui se doivent d’être interrogées, tels que les « héroïsmes institutionnels », à mettre en regard avec les « héroïsmes personnels/intimes ». Ce colloque propose donc de réfléchir à la fabrique de la normativité des héroïsmes, dans la mesure où ceux-ci sont des propositions axiologiques qui entretiennent des relations dialectiques avec les valeurs et les pratiques sociales. Il étudie la manière dont les héroïsmes et les imaginaires qui leur sont associés s’inspirent de, tout en participant à, la fondation des normes des sociétés. Comment leur analyse permet-elle d’identifier des continuités structurelles ou, au contraire, de révéler des discontinuités dans l’histoire des groupes humains qui les portent et les font vivre ?

L’apport des contextes de guerres et de persécutions à la réflexion sur les héroïsmes

Réfléchir à la fabrique des héroïsmes implique également de les confronter à des événements susceptibles d’en faire évoluer les ressorts. C’est dans ce cadre que les contextes de guerres et des violences et persécutions qui l’accompagnent seront étudiés en ce qu’ils sont propices à l’irruption de discours et de pratiques de valorisation du paradigme héroïque. Dans les États et les sociétés en guerre s’exacerbe en effet le besoin de mythes, de légendes et de héros – réels ou fictionnels – qui ont pour fonction de préparer les esprits, de mobiliser les individus, les groupes sociaux, voire les nations, ou de réduire les contestations (Cronier et Deruelle, 2019).

À notre époque, les héroïsmes en temps de guerre semblent aller de soi. Les documentaires, les ouvrages de vulgarisation ou les œuvres artistiques n’hésitent ainsi pas à recourir à la notion de « Hero of War » ou à faire l’éloge de l’héroïsme guerrier[5]. Les études menées depuis une vingtaine d’années révèlent cependant les processus de construction (institutionnels ou non) dont ils procèdent et la cristallisation a posteriori de postures idéalisées qu’ils induisent. Les héroïsmes sont désormais étudiés comme des « mythes » à déconstruire (Luigi Mascili, 2002 ; Charles Taylor, 1989), parfois influencés par l’histoire des sensibilités et de « la virilité militaire » (Corbin, Courtine, Vigarello, 2011). Une déconstruction qui a pu être opérée par les acteurs du passé eux-mêmes pour revivifier ou s’affranchir des héroïsmes anciens, penser ou repenser leur identité en renouvelant leurs modèles héroïques (Pinet, 2025). Les héroïsmes sont également pensés au regard de l’action ou de la passivité des individus en guerre (Forrest, 2002 ; Conte, 2011), de comportements comme l’altruisme ou la dénonciation, ou encore de la construction de l’épique (Braudy, 2005). Dans sa conférence inaugurale du colloque international organisé en 2022 par le Museum of the Slovak National Uprising, « Heroism and Violence during the Second World War », Roger Griffin s’interrogeait, quant à lui, sur la « sacralisation » de la violence à laquelle contribuaient les modèles héroïques du Troisième Reich (Griffin, 2022). C’est donc également à la part d’ombre des héroïsmes que l’historiographie récente s’est attachée. Dans ce sens, le « retour des héros » (i.e. Heller, 2009) est l’un des terrains privilégiés du recul par rapport au paradigme héroïque.

Les sciences sociales ont également fait évoluer l’appréciation de ce phénomène protéiforme. Ainsi en est-il des études en littérature et philosophie (Gaucher, 1994 ; Poulain Gautret, 2005 ; Castillo, 2011 ; Worms, 2009) ou en psychologie, à partir de la deuxième moitié du xxe siècle (Franco, Blau et Zimbardo, 2011). Les travaux produits à la suite de la retentissante expérience de Stanley Milgram donnaient déjà à réfléchir sur les postures adoptées en temps de guerres. Plus récemment, des ouvrages interrogent les actes et les discours de l’héroïsme dans ces contextes de crise dans une perspective pluridisciplinaire (i.e. Scheipers, 2014). La réflexion s’est par ailleurs nourrie d’une approche concernant la matérialité des violences sur les corps, et permet d’envisager de nouveaux questionnements sur des positionnements « héroïques », notamment dans le contexte des guerres napoléoniennes (Dwyer et Ryan, 2012) ou plus récemment de l’exposition « With Blind Steps » proposée par Judith Lenglart au Mamuta Art and Research Center (Jérusalem).

Nombre d’études abordent enfin les héroïsmes dans des contextes paradoxaux. Ainsi en est-il des réflexions académiques sur l’héroïsme et l’enfance (Maslinskaya, 2017 ; Audoin-Rouzeau 1993, Pignot, 2012 ou Levy-Bertherat et Zamour, 2020), ou romancées comme dans le roman Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma, sur les enfants-soldats au Liberia, où la posture donquichottesque réinterroge la construction même d’un héroïsme de l’enfance. Ces questionnements, comme ceux qui se nouent autour de l’héroïsme et du genre, interrogent des « situations limites », et ainsi les contours d’une notion qui s’émancipe des cadres, souvent stéréotypés, dans lesquels elle a été longtemps utilisée et l’est encore souvent aujourd’hui.

Dans ces processus de construction, déconstruction et reconstruction de l’héroïsme, les périodes de guerres jouent un rôle particulier. Le « bruit » de leurs événements exceptionnels porte à la lumière des phénomènes difficilement visibles par ailleurs (Duby, 1973). Elles fonctionnent ainsi comme des « opérateurs de lisibilité » (Cornelia Brink et Olmo Gölz, 2022) et révèlent les soubassements des sociétés et de leur culture. Si l’intérêt pour l’« héroïsme en temps de guerre » n’est donc pas neuf, il est encore souvent étudié cependant au travers de personnages particuliers, comme José de San Martín, O’Connell, Jawaharlal Nehru ou Mandela, respectivement pères des Nations argentine, irlandaise, indienne et sud-africaine (Navarro García, 1999 ;  Colantonio, 2023 ; Zachariah, 2004, Lodge, 2006), de contextes spécifiques comme les Croisades (Almeida, 2007), les guerres de religion (El Kenz, 1997, 2008 ; Apostolidès, 2004) ou la Révolution française (Gainot, 2017), ou encore de cultures singulières à l’exemple de la culture chevaleresque (Deruelle, 2015) et du Bushido (Carbonnier, 2018 ; Pelletier, 2023) sans faire l’objet d’une approche systématique et globale. Bien que réduites dans leur ambition, quelques études interrogent la construction des discours sur les héroïsmes dans des contextes pluriels et dans une perspective transnationale et diachronique (Deruelle et Vissiere, 2021). Elles témoignent de l’intérêt de cette approche, placée au cœur de ce colloque, pour en déconstruire les fondements.

« GUERROÏSMES – WAR/OISMS »

C’est l’objet de la réflexion du projet « GUERROÏSMES – WAR/OISMS » dans lequel s’inscrit ce colloque organisé en partenariat avec le Groupe de Recherche en Histoire de la Guerre qui travaille sur ces questions au sein de l’axe « Pratiques et représentations de la guerre ». Il s’agit de considérer avec le recul nécessaire non pas tant les manifestations jugées « héroïques » en temps de guerres, que les fabriques de l’héroïsme et ses spécificités dans le contexte martial. En envisageant celles-ci comme des phénomènes complexes, qui impliquent des acteurs, des outils, des horizons d’attentes variés, parfois irréductibles ou concurrents, il s’agit de décrypter l’élaboration des imaginaires de l’héroïsme martial, d’en distinguer les ruptures, les évolutions, les particularités temporelles et spatiales ou, au contraire, les constantes, tout en les confrontant en permanence aux pratiques – discursives, martiales ou commémoratives – à travers lesquelles ils cristallisent. Qu’est-ce que les temps de guerres font à l’héroïsme ? Dans quelle mesure ces mécanismes d’élaboration sont-ils spécifiques ? Comment les modèles qui se veulent positifs se confrontent-ils à la réalité des combats et aux atrocités de la guerre ? À l’inverse, en quoi l’affinement du paradigme héroïque permet-il d’apporter un éclairage original sur le fait guerrier, voire de renouveler notre compréhension de l’histoire, de la culture et du monde sensible dans lesquels ils sont ancrés ? La diversité des contextes de violence permet-elle d’écrire une histoire de l’héroïsme face à la tourmente ?

Le colloque et, plus largement le projet « GUERROÏSMES », entend donc donner des éléments de réponse à ces questions en posant les jalons d’une étude approfondie et articulée autour de trois axes :

Axe 1. L’héroïsme en théorie : définir la notion et comprendre la fabrique des discours sur les héroïsmes

Un axe de réflexion se penchera sur les questions de définition. Il s’agira d’identifier les acceptions variées de l’héroïsme en contexte guerrier, selon les disciplines, les époques, les espaces et les cultures. Comment, dans quelles conditions et par quels acteurs, militaires ou civils (Jouhaud, 2000), ces différentes définitions se sont-elles élaborées ? De quelles références (historiques, littéraires, religieuses) et de quels héritages se sont-elles nourries ? Comment se distinguent-elles d’autres notions comme l’honneur ou la réputation, et comment la fabrique des héros se démarque-t-elle de celle des martyrs ou des saints (laïques ou non) (Chovanec, 2020) ?

Une attention particulière sera accordée aux contextes dans lesquels ces héroïsmes ont été pensés, aux formes qu’ils prennent (masculin, féminin, animalier), aux fonctions qui leur sont attribuées et à leur réception et appropriation : dans quelles circonstances les acceptions de l’héroïsme se sont-elles infléchies ? S’articulent-elles de manière spécifique aux notions de crises et de modernités, aux moments de violence, ainsi qu’aux discours de la subalternité, donnant à penser des « formations discursives » (Foucault, 1970) particulières en fonction des contextes et des rapports de force sociaux ? Quelle place occupe le paradigme héroïque dans une culture donnée ? Dans quelle mesure est-il perméable aux évolutions sociétales ? Par quels canaux ces différentes définitions des héroïsmes ont-elles été véhiculées et se sont-elles perpétuées ?

En explorant minutieusement ces questions et les mises en récit de l’héroïsme, nous chercherons à identifier les caractéristiques propres à l’héroïsation et à son évolution dans le temps et l’espace. In fine, il sera possible de mieux saisir en quoi l’« héroïsme de guerre » se distingue des autres formes d’héroïsmes, et de quelles manières il a influé sur les représentations des contemporains et des historiens. Les formes d’héroïsmes, étudiées d’un point de vue diachronique, selon les genres, les médias convoqués, les espaces (lieux, objets, champs culturels), nous permettront ensuite d’analyser les mécanismes mêmes de cette « fabrique » des discours héroïques en temps de guerre.

Cette exploration se fera selon une approche à la fois chronologique et thématique. Le but est d’établir une typologie des discours sur les héroïsmes en temps de guerre, en mettant en exergue un certain nombre de couples à la fois complémentaires et antinomiques : héroïsme collectif / individuel ; héroïsme militaire / civil ; héros sacré / déchu ; héroïsme fictionnel / réel ; héros / victimes ; héros / non-héros / antihéros. Comment ces différents discours interagissent-ils entre eux ? Les outils théoriques et méthodologiques pour penser ces formes plurielles de discours sont-ils les mêmes ?

Une attention particulière sera dévolue à l’origine de la qualification héroïque : quels acteurs ou quelles institutions attribuent, et travaillent à imposer, ce statut dans les contextes de guerres et de persécutions ? Selon quelles logiques et quels enjeux ? Ces questions impliquent d’explorer minutieusement les fonctions de l’héroïsme à divers égards (historiques, sociaux, idéologiques, psychologiques). Il s’agira d’interroger la façon dont se construisent et se pensent les héroïsmes vis-à-vis des discours (Gruszka, 2019) ou des normes (Oestreich, 1982 ; Drévillon, 2002) officiels qui portent sur eux. Enfin, dans cette réflexion sur l’auctorialité de la qualification héroïque, nous nous intéresserons aussi aux phénomènes d’auto-identification et d’imposture héroïque.

Cette réflexion nous permettra d’imaginer une cartographie des « mots de l’héroïsme », confrontant la terminologie associée à ces phénomènes. 

Axe 2. Les héroïsmes en pratique face aux contextes de violence

Si la notion d’héroïsme peut être définie à travers les discours et les commentaires qui la fabriquent, ceux-ci doivent aussi être confrontés à la réalité particulière de la violence des contextes étudiés. Cet axe vise donc à mettre le modèle à l’épreuve de la guerre. Comment ont-ils modelé les manifestations d’héroïsme ? Mais aussi, en retour, dans quelle mesure viennent-ils enrichir, infléchir, voire déconstruire nos représentations du paradigme héroïque ?

La convocation de plusieurs époques, aires géographiques et disciplines permet une réflexion plurielle, qui offre la possibilité d’une « herméneutique de la défamiliarisation » (Lavocat, 2012). La démarche comparative nourrira donc cette étude des « héroïsmes » en temps de guerres et de persécutions. Dans une approche transnationale, il s’agira de montrer que les processus d’héroïsation, loin d’avoir les mêmes modalités et les mêmes rythmes partout, procèdent de phénomènes d’asynchronie, de régionalisation et de provincialisation (Grataloup, 2014). Ceux-ci dévoilent des jeux d’échelles temporelles et géographiques qui donnent des appréciations plurielles aux manifestations concrètes d’héroïsme (Revel, 1996). En les prenant en compte, nous chercherons à identifier des dynamiques d’influences, d’enrichissements mutuels et de déplacements (des héros de comics devenant des héroïnes au cinéma, par exemple).

La perspective transversale permet de faire émerger un certain nombre de questionnements spécifiques. Toutes les sociétés ont-elles des héros dans les contextes de guerres ? Des héroïsmes peuvent-ils exister sans héros ? L’héroïsme a-t-il nécessairement besoin de s’incarner dans des actes ? Quels liens entretient-il avec les supports de sa médiatisation sans lesquels les héroïsmes restent invisibles pour la société ? Qu’en est-il des héroïsmes ordinaires, des « héros malgré eux », des actes commis selon les impératifs du devoir, de l’obéissance aux ordres, voire des menaces, plutôt que de l’initiative libérale ? Il conviendra ainsi d’explorer en profondeur la question des motivations – individuelles et collectives – de l’action en temps de guerres. Pourquoi passer à l’action ? Ce choix peut-il être désintéressé, ou procède-t-il immanquablement d’une attente – celle d’une reconnaissance ou d’une rétribution ? Comment et pourquoi ses actions sont-elles élevées au rang d’actes héroïques ?

Cet axe vise donc à comprendre comment la confrontation à des contextes pluriels donne à penser autrement la notion d’héroïsme.

Axe 3. L’héroïsme : une notion actuelle et opérante ?

Cet axe porte sur l’actualité du recours à la notion d’héroïsme. Dans quelle mesure persiste-t-elle au xxie siècle, aussi bien pour écrire que pour se penser et pour mettre en mémoire les actes héroïques ?

D’un côté, nous serions à l’ère de la désacralisation des héros, où les discours sur le sacrifice et la glorification des exploits seraient dépassés, voire déplacés. Il conviendra de distinguer, dans cette obsolescence de l’héroïsme, une tendance globale des affections plus particulières à certaines de ses figures seulement. À cet égard, il faudra se pencher sur les processus de déboulonnement des héros déchus et de ce que l’on pourrait appeler des phénomènes de péremption de certains héros.

De l’autre, force est de constater que le contexte actuel, celui du retour de la guerre en Syrie, en Ukraine au Proche-Orient et des tensions en Afrique et en Asie, semble rendre leur pertinence aux héros et, comme un réflexe naturel, le recours à l’héroïsation. En fait, celui-ci s’applique à la fois aux contextes contemporains, par l’identification de nouveaux héros, et aux contextes plus anciens, par la convocation de « héros immortels ». Pourquoi continue-t-on à parler de Léonidas, de Boucicaut ou de Bayard ? Comment expliquer la pérennité non seulement de certains héros, mais aussi de l’héroïsation, qui semble s’actionner comme un réflexe en temps de guerre, en dépit des évolutions culturelles ? Dans quelle mesure l’héroïsme reste-t-il opérant de nos jours ?

Dans cette exploration de l’actualité des héroïsmes, une attention particulière sera accordée aux pratiques de muséographie et de panthéonisation mettant en scène les héros d’hier et d’aujourd’hui.

Ce colloque est par ailleurs pensé comme un atelier de réflexion méthodologique. Il s’agira de mettre en place des outils pour approcher ces questions de façon transversale, en faisant dialoguer les spécialistes de différentes périodes et de disciplines variées – histoire, sociologie, sociologie politique, psychologie, anthropologie, littérature, arts, etc. Nous entendons dépasser les limites non seulement géographiques, mais aussi chronologiques, et travailler aussi sur les périodes de césure, souvent laissées pour compte. Ce faisant, l’objectif est de constituer un réseau de chercheurs intéressés par ces questions, réseau qui sera amené à se développer et à s’institutionnaliser à mesure que le projet, pensé sur le long terme et en plusieurs étapes, prendra de l’ampleur.

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[1] Heroism Science est une revue « peer-reviewed open source » fondée en 2016. Elle compte 9 volumes à ce jour.
[2] Compendium heroicum est une encyclopédie en ligne publiée par le Sonderforschungsbereich 948 « Helden – Heroisierungen – Heroismen » (Centre de recherche collaborative « Héros – Héroïsations – Héroïsmes ») de l’Université de Fribourg. En France, voir le colloque international « Succès et échec de l’héroïsation de l’Antiquité à l’actualité européenne » organisé à l’Université Rennes 2 les 25-27 janvier 2023 par la Chaire Jean Monnet FABER.
[3] Trésor de la Langue française informatisé [En ligne : http://atilf.atilf.fr/].
[4] Cf. « L’absence d’une définition standard acceptée est un obstacle majeur » (Weinstein, 2013, p. 2).
[5] Voir par exemple le recueil édité par Ariane Charton, Petit éloge de l’héroïsme, Paris, Folio, 2017.

Le colloque se tiendra à l’Université du Québec à Montréal les 29 et 30 octobre 2026. Les propositions de communications (1500 caractères), en anglais ou en français (une compréhension passive des deux langues est demandée) accompagnées d’un bref curriculum vitae, doivent être adressées avant le 1er mai 2025 par voie électronique, au choix à : 

Benjamin Deruelle – Département d’histoire – Université du Québec à Montréal : deruelle.benjamin@uqam.ca

Sarah Gruszka – Sorbonne Université – EHESS : s.gruszka@orange.fr

Guillaume Pinet – Département d’histoire – Université du Québec à Montréal : pinet.guillaume@uqam.ca

Cécile Rousselet – Sorbonne Université – Université Sorbonne Nouvelle : cecile.rousselet@sorbonne-nouvelle.fr

Note importante. Dans toute la mesure du possible, les organisateurs chercheront à assurer le transport et le logement des participants au colloque. Cependant, tous ceux ou toutes celles qui peuvent assurer leur financement, par la voie de leurs universités ou de centres de recherche, sont invités à le faire savoir au moment de l’envoi du dépôt de leur proposition. L’existence de tels financements externes (même encore non assurés), en effet, est un important prérequis pour la demande de subvention générale qui sera déposée pour l’organisation du colloque.

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Comité scientifique :

Andrew Barros (Université du Québec à Montréal)
Arnaud Bikard (INALCO)
Benjamin Deruelle (Université du Québec à Montréal)
Anne Gangloff (Université Rennes 2)
Sarah Gruszka (Sorbonne Université – EHESS)
Luba Jurgenson (Sorbonne Université)
Frédérique Leichter-Flack (Sciences Po)
Lucie Malbos (Université de Poitiers)
Chetima Melchisedek (Université du Québec à Montréal)
Guillaume Pinet (Université du Québec à Montréal)
Emmanuelle Poulain-Gautret (Université de Lille)
Cécile Rousselet (Sorbonne Université – Université Sorbonne Nouvelle)

Comité d’organisation : 

Andrew Barros (Université du Québec à Montréal) ; Deborah Barton (Université de Montréal) ; Benjamin Deruelle (Université du Québec à Montréal) ; Sarah Gruszka (Sorbonne Université – EHESS) ; Chetima Melchisedek (Université du Québec à Montréal) ; Guillaume Pinet (Université du Québec à Montréal) ; Cécile Rousselet (Sorbonne Université – Université Sorbonne Nouvelle).

Source : Fabula

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Appel à contribution – Religion and the Book in Medieval Europe: Between Manuscripts and Print

A special issue of Religions (ISSN 2077-1444).
Deadline for manuscript submissions: 30 November 2025

Prof. Dr. Lucie Doležalová
Guest Editor
Institute of Greek and Latin Studies, Faculty of Arts, Charles University, Prague, Czech Republic
Interests: medieval manuscripts; transition from manuscripts to print; reception of the bible; biblical mnemonics; medieval scribe

Today, as we navigate the transition between print and digital culture, we can clearly see that the mode of transmission always influences the use, interpretation, and social role of particular texts. This influence is especially significant in the case of texts connected to religion. The invention of print in the mid-fifteenth century has often been linked to the spread of the Protestant Reformation and considered a major factor in its success. However, the story is far more complex. Even as print technology gradually expanded in the latter half of the fifteenth century, manuscript production actually experienced an unprecedented boom, and continued to play a significant role. For some texts, print enabled a wider and faster spread; for others, it signaled their decline. Notably, books intended for personal devotional practice—such as books of hours—continued to thrive in their deluxe manuscript form well into the late 16th century. The reasons behind these varying outcomes—particularly the impact of media change on religious communities and practices—remain unclear and warrant further investigation.

We invite you to contribute your original research studies to this Special Issue, which explores the character of media change in the fifteenth century—“one of the most curious and confused periods in recorded history” (Curt F. Bühler, The Fifteenth-Century Book: The Scribes, the Printers, the Decorators, p. 15)—and its impact on religious communities and practices. We welcome research that examines the production of manuscripts and printed books, as well as their uses and roles in religious, social, and cultural contexts. While studies covering later periods are also welcome, the primary focus of this Special Issue is 1450–1500.

Potential research areas include, but are not limited to, the following:

  • Transmission of specific texts or text types between manuscripts and print (e.g., Bibles, catechisms, prayer books, sermons, manuals, treatises, religious polemics) and their impact on religious communities.
  • Scribes and printers of religious texts (textual adjustments, rewritings, and appropriations by scribes and printers; paratexts such as colophons, prologues, epilogues, and explanatory notes)—individuals and communities behind religious production.
  • Uses of religious texts in manuscripts and print (readers, owners, collectors, libraries; book promotion and dissemination, book burnings).
  • Materiality of devotional texts—the “matter” of religious practices (layout, composition, miscellaneity, illuminations and illustrations, tables, readers’ aids).

We ask that interested authors submit a proposed title and an abstract (200–300 words) summarizing their intended contribution before submitting a full manuscript. Please send your abstract to the Guest Editor (lucie.dolezalova@ff.cuni.cz) or to the Assistant Editor (clare.chai@mdpi.com) of Religions. Abstracts will be reviewed by the Guest Editor to ensure their fit within the scope of the Special Issue. Full manuscripts will undergo double-blind peer review.

We look forward to receiving your contributions.

Reference

  • Curt F. Bühler, The Fifteenth-Century Book: The Scribes, the Printers, the Decorators, University of Pennsylvania Press: Philadelphia, PA, USA, 1960; p. 15.

Prof. Dr. Lucie Doležalová
Guest Editor

Manuscript Submission Information

Manuscripts should be submitted online at www.mdpi.com by registering and logging in to this website. Once you are registered, click here to go to the submission form. Manuscripts can be submitted until the deadline. All submissions that pass pre-check are peer-reviewed. Accepted papers will be published continuously in the journal (as soon as accepted) and will be listed together on the special issue website. Research articles, review articles as well as short communications are invited. For planned papers, a title and short abstract (about 100 words) can be sent to the Editorial Office for announcement on this website.

Submitted manuscripts should not have been published previously, nor be under consideration for publication elsewhere (except conference proceedings papers). All manuscripts are thoroughly refereed through a double-blind peer-review process. A guide for authors and other relevant information for submission of manuscripts is available on the Instructions for Authors page. Religions is an international peer-reviewed open access monthly journal published by MDPI.

Please visit the Instructions for Authors page before submitting a manuscript. The Article Processing Charge (APC) for publication in this open access journal is 1800 CHF (Swiss Francs). Submitted papers should be well formatted and use good English. Authors may use MDPI’s English editing service prior to publication or during author revisions.

Keywords

  • manuscripts
  • scribes
  • early print
  • bible
  • sermons
  • devotional literature
  • catechism
  • religious reform
  • polemic
  • media transformation

Benefits of Publishing in a Special Issue

  • Ease of navigation: Grouping papers by topic helps scholars navigate broad scope journals more efficiently.
  • Greater discoverability: Special Issues support the reach and impact of scientific research. Articles in Special Issues are more discoverable and cited more frequently.
  • Expansion of research network: Special Issues facilitate connections among authors, fostering scientific collaborations.
  • External promotion: Articles in Special Issues are often promoted through the journal’s social media, increasing their visibility.
  • e-Book format: Special Issues with more than 10 articles can be published as dedicated e-books, ensuring wide and rapid dissemination.

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Published Papers

This special issue is now open for submission.

Source : MDPI

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