Bourse – Appel à candidature « Chercheurs invités » ERC AGRELITA 2025

Dans le cadre du Projet ERC Advanced Grant AGRELITA n° 101018777, « The reception of ancient Greece in pre-modern French literature and illustrations of manuscripts and printed books (1320-1550): how invented memories shaped the identity of European communities »[1], dirigé par Prof. Catherine Gaullier-Bougassas (Principal Investigator), des résidences de chercheurs invités sont à pourvoir.

Le projet et son équipe sont présentés sur le carnet Hypothèses : https://agrelita.hypotheses.org/

Cet appel à candidature s’adresse à toute personne, française ou étrangère, titulaire d’un doctorat en lettres, histoire de l’art ou histoire, dont les travaux portent sur l’histoire du livre, l’histoire culturelle et politique, les visual studies ou encore les memory studies, et dont les compétences, enfin, sont complémentaires à celles de l’équipe. En effet, le but de ces résidences est d’ouvrir les réflexions menées par l’équipe, d’élargir son activité scientifique par une interaction avec d’autres chercheurs et d’autres universités. Les chercheurs invités auront quant à eux l’opportunité exceptionnelle de participer à un projet d’ampleur, de mener des activités au sein d’une équipe dynamique dont les activités sont très variées et au sein de l’Université de Caen Normandie et du laboratoire CRAHAM où exercent de nombreux spécialistes de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la Renaissance, et de publier dans un cadre prestigieux.

Le projet AGRELITA est basé à l’Université de Caen Normandie (https://www.unicaen.fr/). Située à 2h de train de Paris, la ville de Caen offre la possibilité de découvrir le riche patrimoine médiéval de la Normandie et d’effectuer des recherches dans les bibliothèques, musées et archives avoisinants, aux très riches fonds patrimoniaux (Caen, Bayeux, Avranches, Rouen…).

Projet ERC Advanced Grant AGRELITA

L’histoire de la réception de la Grèce antique en Europe occidentale pré-moderne s’est concentrée jusqu’ici presque exclusivement sur la transmission des textes de l’Antiquité grecque. Pourtant, bien avant la renaissance de l’enseignement du grec, de nombreux ouvrages vernaculaires, souvent illustrés, contenaient des représentations élaborées de la Grèce antique. AGRELITA étudie un large corpus d’œuvres littéraires de langue française (historiques, romanesques, poétiques, didactiques) produites de 1320 à 1550 en France et en Europe, avant les premières traductions directes du grec au français, ainsi que les images offertes par leurs manuscrits et livres imprimés. L’examen de ces œuvres et de leurs illustrations (dialogue du texte et de l’image et pouvoirs spécifiques de chacun) permet d’analyser les représentations de la Grèce antique dans la perspective encore inexplorée de l’élaboration d’une nouvelle mémoire culturelle. Elles sont ainsi étudiées en lien avec leur contexte politique, social et culturel, ainsi qu’en lien avec les œuvres des littératures européennes proches et leurs illustrations. Se situant aux frontières des études littéraires, de l’histoire du livre et de l’histoire de l’art, des visual studies, de l’histoire culturelle et politique et des memory studies, AGRELITA propose une réévaluation du rôle joué par la Grèce antique dans les processus de formation des identités en Europe occidentale. Le projet vise également à contribuer à une réflexion générale sur la formation des mémoires, des héritages et des identités.

Missions des chercheurs invités

Le projet ERC Advanced Grant AGRELITA est financé pour six ans (2021-2027) et dispose d’un budget dédié à l’accueil de chercheurs invités. Il est basé à l’Université de Caen Normandie, dans la faculté des Humanités et Sciences sociales (https://ufr-hss.unicaen.fr/) et le laboratoire CRAHAM CNRS (Centre Michel-de-Boüard, Centre de Recherches Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales / CRAHAM – UMR 6273, https://craham.unicaen.fr/), domiciliés sur le campus 1 au centre de la ville de Caen, tout près du château de Caen.

Les séjours à l’Université de Caen peuvent être d’une durée de 4 à 6 semaines, et en 2025 pourront avoir lieu en mai-juin-début juillet.

Les chercheurs invités travailleront avec la Principal Investigator et l’équipe AGRELITA.

Les chercheurs invités s’engageront à produire une recherche pour le projet dans l’un des axes mentionnés ci-dessous. Il s’agira de :

  • Rédiger un article de 50 000 signes qui paraîtra dans l’un des volumes ERC AGRELITA chez Brepols publishers, ou dans l’un des dossiers publiés en revues ;
  • Présenter le sujet de l’article ou un autre sujet lié à AGRELITA lors d’une séance du séminaire de l’équipe ou lors d’une manifestation organisée par l’équipe ;
  • Contribuer à l’alimentation du carnet Hypothèses : https://agrelita.hypotheses.org/.

Les axes de recherche du projet pour l’année 2025 sont :

  • « Les nouvelles vies des divinités grecques (xive-xvie siècle) », « Images de la nature et du vivant dans la réception des mythes grecs (xive-xvie siècle) », « Les exploitations politiques de l’Antiquité grecque (xive-xvie siècle) » ;
  • Un axe beaucoup plus large : « Usages et exploitations des mémoires de l’Antiquité, du début de notre ère jusqu’au xxie siècle ».

Conditions de défraiement des frais de mission

Les chercheurs invités seront défrayés sous la forme de frais de mission pour leur résidence à Caen, sur présentation des justificatifs (factures de logement, repas et transport dans la région Normandie) et dans la limite d’un montant de 2000 euros maximum par mois. S’ajoutera le remboursement de leurs frais de voyage entre la résidence d’origine et Caen (pour le voyage d’aller et de retour) :

  • 400 € maximum pour un voyage depuis un pays européen (sur la base de justificatifs) ;
  • 1200 € maximum pour un voyage depuis un pays hors Europe (sur la base de justificatifs).

Le défraiement se fera à l’issue de la mission. AGRELITA ne s’occupera pas des démarches de visas.

La MRSH (Maison de la Recherche en sciences humaines) de Caen, située sur le campus 1 de l’Université, a deux studios qu’elle loue à des chercheurs invités (https://mrsh.unicaen.fr/). Les chercheurs invités peuvent en faire la demande et l’équipe AGRELITA se chargera de les aider pour la réservation, dans la limite des places disponibles.

Modalités pour candidater

Le dossier de candidature doit comporter les pièces suivantes :

  • Le formulaire de candidature, comportant les dates du séjour (durant la période indiquée plus haut) ;
  • Un projet de recherche (2 pages) en lien avec les thématiques des sujets traités par l’équipe AGRELITA durant ce séjour, à partir duquel le/la chercheur entend rédiger l’article demandé, à rendre à la fin du séjour. Le titre provisoire de l’article est exigé.

Nous vous prions d’envoyer votre candidature au format PDF aux adresses suivantes : catherine.gaullier-bougassas@unicaen.fr et laure.cebe@unicaen.fr

Les dossiers doivent être soumis au plus tard le 15 février 2025.

Pour plus d’informations sur l’ERC AGRELITA, voir : https://agrelita.hypotheses.org/


[1] This project has received funding from the European Commission’s Horizon 2020 Research and Innovation programme under grant agreement No 101018777.

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Séminaire – Autour d’un manuscrit. Les manuscrits en langues romanes de la BnF

Séminaire organisé par Piero Andrea Martina et Graziella Pastore
Pour infos : piero-andrea.martina@irht.cnrs.fr — graziella.pastore@bnf.fr

Bibliothèque nationale de France

Les séances se tiendront de 17h à 18h30 dans la salle des Conférences
BnF Richelieu – 5, rue Vivienne, 75002 Paris
Entrée libre dans la limite des places disponibles.

4 novembre
Patricia Stirnemann
« Flavius Josèphe, Les Antiquités judaïques : la pierre angulaire de la bibliothèque d’Henri le Libéral, comte de Champagne (lat. 8959) »

2 décembre
Gabriella Parussa
« Rimoier, pourtraire et admonester : encore sur le manuscrit BnF, fr. 606 »

27 janvier
Jean-Patrice Boudet
« La science des astres en ancien français et ses enjeux : autour du manuscrit BnF, fr. 1353 »

24 février
Maria Careri
« Un dialogue inconnu en vers entre un chrétien et un juif dans un ms. de l’abbaye de Bonport (lat. 1864) »

31 mars
Anne Rochebouet
« Un objet historique mal (?) identifié : le Manuel dit de Philippe VI de Valois à travers deux de ses témoins (fr. 19477 et fr. 693) »

28 avril
Marie-Laure Savoye
« Le Rosarius, un manuscrit d’auteur ? (fr. 12483) »

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Conférence – Matthew Collins, « Reading Old Manuscripts as a Biologist and Archaeologist »

On Thursday 14 November Matthew Collins, McDonald Professor in Palaeoproteomics at the University of Cambridge, will give a public lecture entitled « Reading Old Manuscripts as a Biologist and Archaeologist » at the Université libre de Bruxelles. He will be welcomed by Dr Alicia Van Ham-Meert (CReA-Patrimoine) and Professor Kristin Bartik. The lecture will be followed by a reception.

Professor Matthew Collins conducts research on the persistence of proteins in ancient samples, using modelling to explore the racemization of amino acids and thermal history to predict the survival of DNA and other molecules. Using a combination of approaches (including immunology and protein mass spectrometry), his research detects and interprets protein remnants in archaeological and fossil remains. With former PhD student Dr Mike Buckley, he developed ZooMS (Zooarchaeology by Mass Spectrometry), a way to rapidly identify bone and other collagen based materials using peptide mass fingerprinting.

This event is organised by the Fondation Philippe Wiener-Maurice Anspach in collaboration with the CReA-Patrimoine – Research Centre in Archaeology and Heritage, ULB. It is part of the Philippe Wiener Lectures series.

The unifying principle for biologists is the theory of evolution by descent, first articulated by Charles Darwin. According to this theory, copying errors in DNA are subject to natural selection, shaping future generations. A similar approach is employed in manuscript studies, such as in the analysis of biblical texts, where copying / translation errors—like whether Moses is depicted with horns —allow scholars to trace the dissemination of ideas across time and geography.

When writing on parchment made from animal skins, these two processes converge. The written text communicates one message, but the biological material of the parchment itself carries another—the life history of the animals whose skins were used. Through genetics, we can trace the relationships among these animals and link documents written on parchment across centuries. The proteins and lipids speak to age, health and climate. This concept underpins the emerging field of bio-codicology, which studies books as material culture, focusing on the biological origins of the animals whose skins became the medium for human ideas.

In this lecture, we will examine manuscripts from the perspective of a biologist, not as historians or conservators. We will explore how biology can offer valuable insights into manuscript studies, but we will also recognise that fully understanding the story of manuscripts and manuscript culture requires interdisciplinary collaboration. Only by working together across disciplines can we piece together a unified and comprehensive picture of these remarkable cultural artefacts.

This lecture will take place at 6.30 pm at the Université libre de Bruxelles (Campus du Solbosch) in room DC2.206, building D, ground floor (30 Avenue Antoine Depage – see map below or follow this link).

The event is free but registration is required via this page by Sunday 10 November. After this date you can contact us at fwa.relations@ulb.be.

Source : Eventbrite

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Colloque – Fragmenta liturgica

Les fragments de manuscrits liturgiques médiévaux représentent des témoins inestimables de la richesse et de la diversité des pratiques religieuses et culturelles du Moyen Âge. Chaque fragment, qu’il s’agisse d’un Psautier, d’un Missel ou d’un Bréviaire, porte en lui des traces de l’art, de la musique, et des rituels de son époque. 

Programme : ici

Les fragments liturgiques offrent une perspective unique sur la transmission et la transformation des textes et des rites au fil des siècles : leur étude peut révéler des processus de modification, d’adaptation et d’appropriation locale des pratiques liturgiques, éclairant ainsi les dynamiques de continuité et de changement au sein des communautés médiévales. L’étude de ces fragments permet non seulement de reconstituer des textes et des mélodies autrement perdus, mais aussi de mieux comprendre les contextes historiques, sociaux et théologiques dans lesquels ces documents ont été produits et utilisés. 

Ces dernières années, la fragmentologie a élargi la perspective sur l’étude des fragments, en contemplant non seulement leur récupération et leur compréhension, mais aussi une analyse de leur histoire et des changements de fonction auxquels ils ont été soumis. Des feuillets et bifeuillets de manuscrits liturgiques sont devenus des couvertures ou des gardes d’un autre volume, manuscrit ou imprimé, ou des parties d’objets divers, et leur seconde vie raconte le parcours qu’ils ont traversé, offrant ainsi des éléments supplémentaires à la reconstruction du contexte historique dans lequel ils s’insèrent.  

Le colloque se propose d’explorer ces dimensions multiples, en rassemblant des spécialistes afin de partager leurs recherches et de discuter des méthodes innovantes pour l’analyse et la conservation des fragments; il se propose également d’encourager un dialogue interdisciplinaire et international, visant à enrichir notre compréhension collective de ce patrimoine manuscrit fragmentaire.

Informations pratiques :

Mercredi 6 novembre 2024 – Jeudi 7 novembre 2024
Direction scientifique : Laura Albiero et Francesco Siri

École nationale des chartes – PSL, 65, rue de Richelieu, Paris 2e (salle Delisle)

Source : École nationale des chartes

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Appel à contribution – Médiévalismes fin-de-siècle. Le Moyen Âge vu par la Décadence (1870-1914)

On sait avec quelle insistance – et quelle complaisance – la fin-de-siècle s’est écrite, peinte, ou représentée, dans un rapport d’analogie avec l’Antiquité tardive : une Antiquité « décadente », abordée aussi bien sur son versant « romain » que « byzantin » : les deux lieux symboliques de l’imaginaire décadent étant la Rome impériale[1] (marquée par les dépravations de ses Césars : Caligula, Néron, Messaline…) et la Byzance expirante[2], ce « grand corps malade » aux portes de l’Orient barbare.

Sans remettre en cause l’omniprésence du référent antique (« Regardez. Nous sommes à Rome ! » s’écrie Claudius Éthal, en plein Paris, dans une page célèbre de Monsieur de Phocas), ni sa validité en tant que modèle historiographique permettant à des témoins de leur temps de conceptualiser une sorte de stade terminal de la civilisation, il serait toutefois inexact de considérer que ce dispositif analogique absorbe la totalité de la « pensée de l’histoire » décadente.

Dans la somme des références historiques manipulées par la culture fin-de-siècle, l’une d’elles occupe une place non négligeable, quoique généralement moins étudiée : après 1870, la recherche de contre-modèles face à une modernité politique et industrielle jugée profondément aberrante revitalise le rapport au Moyen Âge, perçu comme un moment de rayonnement, tant collectif qu’individuel, tant social que spirituel ou artistique[3]. « On contemple le Moyen Âge comme le voyageur, une cathédrale : la masse étonne, l’ascendance des lignes enthousiasme », confie Joséphin Péladan dans Le Secret des troubadours. Dans la perspective globalement contre-révolutionnaire des écrivains décadents, on conçoit que le refus de la modernité (dont les origines seront associées, plus qu’aux Lumières, à la Renaissance) ait pu alimenter une forte curiosité intellectuelle à l’égard de ces siècles oubliés, considérés comme porteurs d’un autre système de valeurs. Le Moyen Âge se présente ainsi – dans son apparence de monde clos sur lui-même, immobile dans la longue durée, propice au fantasme et à l’idéalisation – comme un recours possible.

C’est cette mobilisation et cet usage idéologique de l’imaginaire médiéval, décliné de multiples façons (car il désigne tout à la fois une civilisation, un art, une langue, une culture) que souhaite aborder ce colloque. Il existe bel et bien un médiévalisme fin-de-siècle, qui fait du Moyen Âge, interprété en des termes très larges, un objet d’écriture et un modèle à interroger, dans un contexte intellectuel renouvelé, qui a peu à voir avec la lecture que proposaient, quelques décennies plus tôt, le romantisme et ses folkloristes ou le roman noir.

Crise et âge d’or

« La société n’a fait que déchoir depuis les quatre siècles qui nous séparent du Moyen Âge ». Les mots de Durtal, avatar de papier de Joris-Karl Huysmans dans Là-Bas – qui décrit autant une plongée dans les cercles satanistes parisiens que la vie du redoutable Gilles de Rais – sont emblématiques. C’est fondamentalement par le prisme d’une crise des valeurs propre au présent que l’univers médiéval est abordé à la fin du XIXe siècle : en premier lieu par Léon Bloy, pour qui les XIIe et XIIIe siècles apparaissent, dans le sillage de l’historiographie catholique, comme la grande période de l’histoire de l’humanité occidentale, l’apogée de la chrétienté, le temps des chevaliers et des rois saints[4]. En second lieu par Huysmans lui-même, qui voit dans cet autrefois reculé un sommet dans le rapport à la transcendance et au sacré à partir duquel n’aurait cessé de se précipiter le déclin de l’Occident. En ce sens, Jean El Gammal est fondé à écrire que Huysmans, « [é]voluant progressivement vers un catholicisme exalté », en est venu, comme bien des auteurs de sa génération, à « considérer le Moyen Âge comme son époque de prédilection[5] ».

C’est au sein d’une vision involutive de l’histoire, conçue comme une lente déchéance, que le référent médiéval trouve donc sa première justification : on perçoit la dimension polémique de cette lecture, qui contredit ouvertement la « marche en avant » du progrès en vantant un vague et légendaire temps-refuge. En ce sens, le médiévalisme fin-de-siècle est un exotisme : une façon de fuir son époque et de manifester son extériorité au monde contemporain. Au point que l’écrivain peut afficher son exil intérieur en se faisant ermite, moine, ascète, clerc. S’entourer de grimoires, de trônes, de candélabres. Ressusciter la kabbale, les Templiers ou les Rose-Croix. La documentation abonde, dans la littérature et la presse de l’époque, sur ces postures auctoriales de rupture, faisant de tel artiste un « ermite enfermé en plein Paris » (Moreau), de tel écrivain un « contemporain des Croisades » ou un « Pèlerin du Saint-Tombeau » (Bloy), de tel autre « un bénédictin qui serait très artiste » (Huysmans[6]).

Langue et érudition

Au-delà de tout positionnement politique ou idéologique, la période décadente correspond également à un moment où la matière verbale se trouve questionnée en profondeur dans sa plasticité, ses possibles, ses frontières, son historicité : la production fin-de-siècle, particulièrement attentive au medium littéraire, cultive non seulement le raffinement lexical, mais aussi une forme d’érudition linguistique poussée à son paroxysme. Dans ce cadre, le questionnement sur la langue médiévale, et sur la transition du latin aux langues romanes, nourrit une abondante réflexion, et un nouveau jeu d’analogies. On sait notamment l’importance de la monographie que Rémy de Gourmont consacra en 1892 à la langue latine du Ve au XIIIe siècle sous le titre Le Latin mystique, ou l’éloge que fait Jean Moréas, dans son Manifeste du symbolisme, de « la bonne et luxuriante et fringante langue française d’avant les Vaugelas et les Boileau-Despréaux ».

L’Occident médiéval, avec son latin liturgique et son français balbutiant, constitue un univers linguistique complexe, source d’une fascination durable : l’écrivain décadent voit notamment dans le latin tardif, déjà abâtardi, décomposé ou « faisandé » (Huysmans), un modèle de langue singulièrement souple et libre. Comme l’écrit Jean-Yves Tilliette, « la langue latine de la même époque [que les chansons de geste en français] apparaît […] mieux accordée avec les états d’âme fin-de-siècle, en ce qu’elle est, ou plutôt passe pour être, une vieillarde fardée de joliesses vaines[7] ». On peut établir sans peine, à la suite de Jean-Yves Tilliette, un parallèle entre le latin médiéval vieillissant, au moment où s’impose la littérature en langue française, et le français au « style ingénieux, compliqué, savant, plein de nuances et de recherches, reculant toujours les bornes de la langue […] » des écrivains fin-de-siècle, comme le décrit Théophile Gautier dans sa préface aux Fleurs du Mal.

Art gothique

Tout comme l’érudition décadente remet en lumière des pans entiers de l’histoire de la langue médiévale[8], l’art du Moyen Âge revient en grâce auprès des écrivains fin-de-siècle : les questionnements linguistiques se doublent d’une curiosité artistique tournée vers la peinture religieuse (les primitifs italiens du Duecento ou du Trecento), la sculpture et l’art roman, mais aussi et surtout, dans la continuité d’auteurs tels que Chateaubriand ou Victor Hugo, vers l’art gothique incarné par les grandes cathédrales. Cette vision de la cathédrale de la fin du Moyen Âge s’inscrit, pour Joëlle Prungnaud, « dans le courant médiévaliste qui s’impose à la fin du siècle » et qui voit en l’époque médiévale un âge d’or artistico-architectural, appréhendé contre une production contemporaine « dont le prétendu progrès masque en fait une régression[9] ».

Le « style gothique » ou le « style flamboyant » constituent un langage sculpté dans la pierre qu’il faut redécouvrir et interpréter – un langage que l’on pourra par ailleurs, par un nouveau jeu d’émulation, tenter de transposer dans l’espace littéraire. L’enjeu n’étant pas purement stylistique ou formel, mais bien esthétique : Joris-Karl Huysmans ou Georges Rodenbach, entre autres, voient dans leur époque une dénaturation de l’objet monumental qu’est la cathédrale et « se détournent du modèle imposé par la réalité pour intégrer la cathédrale à leur fiction, seul moyen de la créditer d’une signification dont ils estiment qu’elle a été spoliée[10] ».

Mythes, figures, images

Comme le montre l’exemple emblématique de la cathédrale gothique – ce monstre architectural devenu objet littérarisé –, le Moyen Âge se révèle ainsi être une formidable ressource littéraire, susceptible d’offrir à la fois cadre et décor, thèmes et motifs, codes et modèles narratifs. Outre son inscription dans une contre-histoire de la modernité (du point de vue du rapport à la langue, à l’art et au sacré), il est un univers intégral à parcourir et à se réapproprier. Il ne tient qu’à l’esthète de se plonger en ce singulier espace-temps comme en un salutaire bain de Jouvence, d’autant plus séduisant qu’il est mésestimé, ainsi que nous le rappelle Durtal : « époque d’ignorance et de ténèbres, rabâchent les normaliens et les athées ; époque douloureuse et exquise, attestent les savants religieux et les artistes. »

Le Moyen Âge décadent s’impose ainsi comme un réservoir de thèmes, un catalogue de mythes, alimentant un imaginaire hétéroclite, fonctionnant volontiers par morceaux choisis. Que l’on songe au rôle de Wagner et du wagnérisme dans la diffusion du fonds légendaire germanique, dont on connaît le succès dans les cercles symbolistes à travers la Revue wagnérienne et la Revue indépendante, à l’utilisation par les préraphaélites anglais et les peintres symbolistes français de la matière arthurienne ou au travail littéraire de Jean Lorrain qui ressuscite aussi bien Merlin et Viviane que Dame Abonde ou Mélusine (présente au Moyen Âge sous la plume de Jean d’Arras[11]), les exemples de ce mouvement de réappropriation de sujets « médiévalisants » par la rêverie fin-de-siècle ne manquent pas : ils trahissent souvent le rôle crucial de certaines œuvres clé dans la circulation des motifs intertextuels, pour des auteurs qui ne sont pas toujours enclins à remonter aux sources premières. Le fantastique fin-de-siècle et décadent tel que le théorise Catherine Rancy dans le contexte anglais puise par ailleurs abondamment dans les sources médiévales, ses légendes et sa mythologie, « pour en faire des mythes vivants, c’est-à-dire ouverts, universels et susceptibles d’interprétations multiples[12] ».

Mais l’inspiration peut aussi être d’ordre générique et scripturaire : on ne peut occulter la dimension antiréaliste du choix de certains référents médiévaux, à l’heure où réalisme et naturalisme paraissent tout puissants. L’exploitation du Moyen Âge permet d’expérimenter un autre code d’écriture, une « manière » orientée vers l’onirisme, le fantastique, le surnaturel, la magie, l’occultisme, la merveille ou le monstre. Il offre une marge de liberté, de rupture et de recréation, en renouant avec une tradition littéraire du « temps long » et avec des modèles oubliés. C’est le choix de Vernon Lee, dont les nouvelles caractéristiques du « fantastique fin-de-siècle » s’inspirent largement des mystères médiévaux[13]. C’est aussi celui de Rachilde, qui projettera sur le Moyen Âge les obsessions décadentes, notamment dans Le Meneur de louves, dont le récit, situé au ve siècle, est inspiré des écrits de Grégoire de Tours. L’anachronisme des sources se charge ainsi d’une dose de subversion, et le médiévalisme devient un allié dans la contestation de l’ordre littéraire.

Pour explorer la richesse de l’« ailleurs » médiéval élaboré par la fin-de-siècle –que l’on abordera dans la variété de ses productions artistiques et littéraires, et selon une chronologie « ouverte » s’étendant de 1870 à 1914 –, les communications pourront répondre aux pistes suivantes :

  • Le Moyen Âge comme âge d’or face à la Décadence
  • Les inspirations médiévales dans les œuvres fin-de-siècle
  • Les œuvres fin-de-siècle prenant comme cadre le Moyen Âge
  • Les références érudites au Moyen Âge dans la littérature fin-de-siècle
  • L’évolution de l’historiographie médiévale dans la période 1870-1914
  • Fantastique fin-de-siècle et Moyen Âge
  • Présence du Moyen Âge dans l’iconographie et dans les postures auctoriales

Modalités de soumission

Les propositions, d’une page maximum, accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer conjointement à Paul-André Claudel (paul-andre.claudel@univ-nantes.fr) et Corentin Le Corre (corentin.lecorre@univ-nantes.fr)

avant le lundi 11 novembre 2024

Information importante

Le colloque se tiendra à Nantes Université les 3 et 4 avril 2025. Merci de bien vouloir noter qu’une publication des actes est prévue.

Organisateurs

  • Paul-André Claudel (Maître de conférences HDR, Nantes Université)
  • Corentin Le Corre (Doctorant en recherche-création littéraire, Université Clermont-Auvergne / Nantes Université)

Comité scientifique

  • Alain Corbellari (Professeur de littérature française, Université de Neutchâtel)
  • Isabelle Durand (Professeure de littératures comparées, Université Bretagne-Sud)
  • Élisabeth Gaucher-Rémond (Professeure de littérature française, Nantes Université)
  • Jocelyn Godiveau (Maître de conférences, Université catholique de l’Ouest)
  • Dominique Peyrache-Leborgne (Professeure de Littératures comparées, Nantes Université)

Source : Calenda

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Publication – « Recipes and Book Culture in England, 1350–1600 », éd. Carrie Griffin Hannah Ryley

Recipes are not just instructions. They also embody culture, class, belief, linguistic and literary form, and even include celebrity endorsement. Medieval and early modern recipes can be short and simple but sometimes are not – sometimes they work, and sometimes they do not. They can also be remarkably performative, imaginative, and playful. These essays explore recipes 1350-1600 from a range of perspectives and are unified by an interest in the complexity and richness of these texts.

This volume is the first of its kind. It presents new critical perspectives on medieval and early modern recipes, moving beyond concerns with utility to reframe recipes as part of a dynamic textual and intellectual culture. Contributors build on the sustained scholarly interest in recipes and bring fresh approaches to them. The thirteen essays explore topics including medical, culinary and domestic recipes and charms, as well as how they relate more generally to, for instance, book history, art, astrology and social practices.

Collectively, the essays reveal a distinctive book culture by exploring the material forms, literary and scribal practices of recipe books. This book is a significant contribution to these areas of study, increasingly central to scholarship in recent years.

Open Access versions of the following chapters will be available on publication on the Liverpool University Press website: Hannah Bower, The Brickmaker, the Tavern Keeper, and the Knight: The Role of Obscurity and Imagination in Medieval Medical Recipes and Katherine Storm Hindley, Bodies in the Recipe Collection: Interacting with Manuscript Charms in Late Medieval England.

Carrie Griffin is Associate Professor of English at the University of Limerick, Ireland.

Hannah Ryley is Lecturer in Medieval English at Balliol College, Oxford. She is also Co-Executive Officer of the Society for the Study of Medieval Languages and Literature.

Introduction: Ways of Reading Recipes. Carrie Griffin & Hannah Ryley

“As the coke and the phisicion wyll agre & deuyse”: Language Cues and Potential Users of Medieval English Medical and Culinary Recipes. Francisco Alonso-Almeida

Astrological Questions as Recipes for Knowledge. Mari-Liisa Varila

Feasts, Menus and Provisioning in the Fifteenth-century: Evidence from the Porter Manuscript, Yale Center for British Art SK25 .T85 1450. Julia Boffey

John Shirley’s Recipes and Fifteenth-Century Celebrity Endorsement. Margaret Connolly

The Brickmaker, the Tavern Keeper, and the Knight: The Role of Obscurity and Imagination in Medieval Medical Recipes. Hannah Bower

The Luminescence of Medieval Media. Tom White

Late Medieval Book-Craft Recipes and Perceptions of the Material Text. Eleanor Baker

Domestic Wonder and the Medieval Home. Chelsea Silva

Practical Knowledge and Medical Recipes in Sixteenth-century English Travel Writing. Natalya Din-Kariuki

Bodies in the Recipe Collection: Interacting with Manuscript Charms in Late Medieval England. Katherine Storm Hindley

Latin Recipes in Medical Practitioner Handbooks. Peter Murray Jones

“Et melles en semble”: Literariness and a Trilingual Recipe Collection from Late Medieval England. John Colley

Recipes and Book Culture in England, 1350–1600, éd. Carrie Griffin Hannah Ryley, Liverpool, Liverpool University Press, 2024 ; 1 vol., 288 p. (Exeter Studies in Medieval EuropeMedieval Studies). ISBN : 978-1-80207-463-5. Prix : GBP 98,00.

Source : Liverpool University Press

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Publication – Éric Palazzo, « De l’autel à la peinture »

Ouvrons les yeux. Cessons d’opposer picturalement le Moyen Âge et la Renaissance. Apprenons à voir, précisément, comment l’oeil qui gouverne le premier commande la seconde car il ne cesse de quêter l’invisible.

S’emparant des deux peintres majeurs que furent Piero della Francesca et Vittore Carpaccio, Éric Palazzo montre, pièces en main, combien ces artistes novateurs se voulurent d’abord des légataires. Leur génie consista à tisser dans leurs oeuvres les objets ou sujets théologiques et liturgiques dont ils héritaient avec les innovations sur la perspective, la géométrie et la lumière qu’ils promouvaient.
Que nous dévoilent La Vision de saint Augustin de Carpaccio, La Flagellation du Christ, La Résurrection et La Vierge à l’Enfant de Piero della Francesca ? De la vision mystique du divin à la perception figurative de l’humain, l’autoportrait marque l’avènement d’une modernité qui ne se veut pas rupture mais continuité.

Une immersion inédite, pédagogique et jubilatoire dans l’histoire de l’art.

Professeur d’histoire de l’art du Moyen Âge à l’université de Poitiers, invité à enseigner dans diverses universités à l’étranger, membre du Centre d’études supérieures de civilisation médiévale, de l’Institut universitaire de France et de plusieurs institutions internationales de recherche, Éric Palazzo est l’auteur d’une oeuvre majeure, dont L’invention chrétienne des cinq sens dans la liturgie et l’art au Moyen Âge, Le Souffle de Dieu et Broder la splendeur, parus au Cerf.

Informations pratiques :

Éric Palazzo, De l’autel à la peinture, Paris, Éditions du Cerf, 2024 ; 1 vol., 272 p. ISBN : 9782204155069. Prix : € 36,00.

Source : Les Éditions du Cerf

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Exposition – Exceptional Picture Frames

The Museo Nacional Thyssen-Bornemisza is presenting a display of eleven paintings from its permanent collection dating from the fourteenth to seventeenth centuries with frames – three of them the original ones – that reveal the artistic importance of this element. Made in Spain, France, Italy, Germany and the Netherlands, they exemplify a wide variety of styles which reflect both the artistic period in which they were made and changing tastes, principally in relation to furniture, while contributing additional aesthetic value to the works they accompany, embellish and protect.

While the collection does not include a large number of the original frames, it does feature many old and important examples. Baron Hans Heinrich Thyssen-Bornemisza paid particular attention to this aspect of collecting and in the 1980s commissioned two scholarly studies of the frames in his collection. The examples chosen for the present exhibition are of a high technical and stylistic level, making them unique and valuable objects in themselves. They also provide additional information which assists in a more complete understanding of the historical and artistic context of the works they surround.

Of the eleven paintings on display, five are by Northern artists. These are by Pieter Jansz. Saenredam (The West Façade of the Church of Saint Mary in Utrecht, 1662), Michael Sweerts (Boy in a Turban holding a Nosegay, ca. 1658-1661), IDM Monogrammist / circle of Joos de Momper (View of a River Port with the Castel Sant’Angelo, 1590-1610), Jan van Eyck (The Annunciation Diptych, ca. 1433-1435) and Wolfgang Beurer (Figure with Coat-of-arms, reverse, 1487).

Informations pratiques :

Exhibition: 7 October 2024 – 21 January 2025

Museo Nacional Thyssen-Bornemisza
Paseo del Prado 8
28014 Madrid
Spain

Source : Codart

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Exposition – Chevaliers

En collaboration avec le musée Stibbert (Florence, Italie)

Chevaliers est une exposition constituée d’un ensemble d’armes et d’armures européennes datant du Moyen Âge et de la Renaissance. La plupart sont des chefs-d’œuvre. L’exposition révèle ainsi la beauté incroyable de ces objets et le savoir-faire artistique des artisans de l’époque.

Le propos principal de l’exposition est d’illustrer et de faire revivre la figure emblématique du chevalier, le code de la chevalerie qui l’anime, sa relation à la guerre, sa place dans la société de l’époque et les formes de démonstration de son statut, comme la coutume des tournois et des joutes.

Le goût pour les objets de la chevalerie renaît au sein du courant du renouveau gothique romantique, qui caractérise l’Europe du 19e siècle. Frederick Stibbert (1838-1906), riche financier et collectionneur avisé, a consacré sa vie à la collection d’œuvres d’art, et en particulier à celle des armures et des armes européennes et extra-européennes. Son armurerie est considérée aujourd’hui comme l’une des plus belles d’Europe. Elle est exposée au musée qui porte son nom, à Florence (Italie).

Grâce à plus de 150 objets originaux, issus de la collection Stibbert, l’exposition permettra d’illustrer la figure du chevalier. Seront aussi abordés de nouveaux thèmes, comme la chevalerie française et bretonne, la place des femmes dans cet univers masculin et le mythe du chevalier dans les arts, la littérature, le cinéma aux 19e et 20e siècles.

Conçue à l’origine par le musée Stibbert, l’exposition a été présentée récemment aux États-Unis, elle sera pour la première fois montrée en Europe.

19 octobre 2024–20 avril 2025
Nantes, Château des ducs de Bretagne

La programmation d’octobre à décembre, liée à Chevaliers sera en ligne le 18 octobre.

La réservation d’un créneau horaire de visite pour découvrir l’exposition temporaire est fortement conseillée, afin de garantir un meilleur confort de visite.

Source : Château des ducs de Bretagne

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Exposition – Figures du Fou. Du Moyen Âge aux Romantiques

16 octobre 2024 – 3 février 2025
Musée du Louvre – Paris

Étudiée par l’histoire sociale et culturelle, la fascinante figure du fou, qui faisait partie de la culture visuelle des hommes du Moyen Âge, l’a rarement été du point de vue de l’histoire de l’art : pourtant entre le XIIIe et le milieu du XVIe siècle, la notion de folie a inspiré et stimulé la création artistique, aussi bien dans le domaine de la littérature que dans celui des arts visuels.

Cette exposition ambitieuse et stimulante entend aborder la figure typiquement médiévale du fou à travers ses représentations. Elle rassemblera au sein d’un parcours chronologique et thématique plus de 300 œuvres : sculptures, objets d’art (ivoires, coffrets, petits bronzes), médailles, enluminures, dessins, gravures, peintures sur panneau, tapisseries.

Pour le grand public, l’art médiéval est essentiellement religieux. Pourtant, c’est le Moyen Âge qui a donné corps à la figure subversive du fou. Si elle prend ses racines dans la pensée religieuse, elle s’est épanouie dans le monde profane pour devenir à la fin de la période un élément essentiel de la vie sociale urbaine.

Pour l’homme médiéval, la définition du fou est donnée par les Écritures, en particulier le premier vers du psaume 52 : « Dixit insipiens... » (L’insensé a dit en son cœur : « Il n’y a pas de Dieu ! »). La folie est avant tout méconnaissance et absence d’amour pour Dieu. Inversement, il existe aussi des « fous de Dieu », tel saint François. Au XIIIesiècle, la notion est donc inextricablement liée à l’amour et à sa mesure ou démesure, d’abord dans le domaine spirituel, puis dans le domaine terrestre.

Le thème de la folie de l’amour hante les romans de chevalerie (celle d’Yvain, de Perceval, de Lancelot ou de Tristan) et leurs nombreuses représentations, notamment dans les enluminures et les ivoires. Bientôt, le personnage du fou s’immisce entre l’amant et sa dame : il est celui qui dénonce les valeurs courtoises et met l’accent sur le caractère lubrique, voire obscène, de l’amour humain.

De mystique ou de symbolique qu’il était, le fou se « politise » et se « socialise » : au XIVe siècle, le fou de cour devient l’antithèse institutionnalisée de la sagesse royale et sa parole ironique ou critique est acceptée. Une nouvelle iconographie se met en place et on reconnaît le fou à ses attributs : marotte, habit rayé ou mi-parti, capuchon, grelots.

Le XVe siècle est celui de l’expansion formidable de la figure du fou, liée aux fêtes carnavalesques et au folklore. Associé à la critique sociale, le fou sert de véhicule aux idées les plus subversives. Il joue également un rôle dans les tourments de la Réforme : dans ce contexte, le fou c’est l’autre (catholique ou protestant). Au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance, sa figure est devenue omniprésente, ainsi que le montre l’art de Bosch puis celui de Bruegel.

A l’époque moderne, la figure du fou institutionnel semble s’effacer progressivement, remplacé dans les cours d’Europe par le bouffon ou le nain. Dès le milieu du siècle des Lumières, la folie prend sa revanche pour apparaître sous d’autres formes, moins contrôlées. L’exposition se conclura par une évocation du regard porté par le XIXe siècle sur le Moyen Âge par le prisme du thème de la folie, mais avec l’éclairage tragique, voire cruel, que lui ont conféré les révolutions politiques et artistiques.

Commissaires

Elisabeth Antoine-König, conservatrice générale au département des Objets d’Art et Pierre-Yves Le Pogam, conservateur général au département des Sculptures, musée du Louvre.

Source : Le Louvre

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