Appel à contribution – Les lieux de l’acte : analyses spatiales et spatiographiques des sources diplomatiques 

Le réseau Diplo21 (https://diplo21.hypotheses.org/) organise des rencontres scientifiques visant à offrir un espace de dialogue et de débat indépendant des traditions historiographiques nationales à de jeunes chercheur·ses consacrant leurs travaux à la diplomatique et aux pratiques de l’écrit de l’Europe médiévale. Le premier thème retenu est celui des « Lieux de l’acte ». Il s’agira notamment de montrer que la diplomatique participe au spatial turn pris par les sciences humaines et sociales depuis les années 1970-1980.

Trois axes de recherche sont proposés. Il s’agira d’abord de s’intéresser aux logiques spatiales de l’élaboration des actes, en s’intéressant à la géographie des chancelleries, bureaux d’écriture ou greffe, mais aussi en analysant les dates de lieu des chartes, et ce qu’elles peuvent révéler des négociations entre les autorités et les bénéficiaires des actes, ainsi qu’en interrogeant l’existence d’un « marché de l’acte » (axe n° 1). L’attention pourra aussi porter sur la manière dont les sources diplomatiques permettent de révéler les perceptions que leurs rédacteurs ou leurs bénéficiaires se faisaient de l’espace, par l’étude des confronts, par celle du vocabulaire spatial, voire territorial, ou encore par celle des éventuelles logiques topographiques guidant en leur sein l’ordre des biens, droits et revenus (axe n° 2). Enfin, les participant·es seront invités à considérer les actes eux-mêmes comme des lieux et à interroger la place des symboles graphiques vis-à-vis du texte, la manière dont celle-ci est rendue ou négligée lors de la copie des actes notamment dans les cartulaires et les moyens actuels à leur disposition pour modéliser l’espace des chartes (axe n° 3).

  1. Spatialiser le processus d’élaboration des actes

a) Un tel sujet pose d’abord la question, assez classique en diplomatique, des lieux où les actes, chartes et diplômes, publics ou privés, furent élaborés : chancelleries, bureaux d’écriture et greffes. L’intérêt porte alors sur le personnel qui y travaillait, sur l’organisation et le fonctionnement de ces institutions, sur les formulaires qui s’y appliquaient et sur la manière dont ils évoluaient. La question de la rédaction par les bénéficiaires amène à considérer d’autres lieux et, en particulier, les scriptoria des monastères et collégiales. Les participant·es sont invité·es à prendre en considération la géographie de ces lieux d’élaboration des actes, à l’échelle d’un royaume mais aussi à celle bien plus locale. Se pose également la question de la circulation des formules et formulaires entre institutions, d’un lieu d’élaboration de l’acte à un autre. L’analyse des réseaux et les possibilités offertes par les humanités numériques et, en particulier, par les systèmes d’information géographique permettent de renouveler le questionnement.

b) Les eschatocoles des chartes comportent parfois des « dates de lieu » (Actum Atrebati, Datum apud Pruvinum…). Celles-ci ont souvent été utilisées par les historien·nes pour retracer les itinéraires des rois et des princes, ce qui a permis de mieux comprendre leurs pratiques de gouvernement et d’administration, tant à l’époque carolingienne qu’à la fin du Moyen Âge[1]. La formulation de ces dates de lieu a déjà fait l’objet d’études, qui se sont intéressées à leurs variations, chronologiques et régionales[2]. Les diplomatistes se sont aussi déjà demandé s’il s’agissait de noter le lieu de l’approbation royale ou princière des actions juridiques ou bien le lieu de rédaction ou de remise des documents – ce fut l’objet d’un débat entre Ferdinand Lot et Léon Levillain. Plus récemment, Jean Dufour a émis l’hypothèse d’une différence entre « l’approbation royale donnée à l’acte juridique (actum) et la délivrance de l’acte écrit (datum)[3] ». Les dates de lieu, plus ou moins développées et précises, gardent la mémoire des localités et, à l’intérieur de celles-ci, des bâtiments ou des endroits bien spécifiques dans lesquels les actions juridiques se sont déroulées et ont été mises par écrit ou dans lesquels les chartes ont été données à leurs bénéficiaires. Ces dates de lieux témoignent, dès lors, des logiques spatiales ayant conditionné l’élaboration des chartes et, en particulier, des logiques propres aux bénéficiaires qui choisirent de venir en tel lieu plutôt qu’en tel autre pour solliciter la rédaction des documents ou pour se les faire remettre[4]. Tout en tenant compte de la dimension symbolique du choix de certains lieux, il importe aussi de prendre en compte d’autres raisons, plus prosaïques, dont certaines sont spatiales ou circonstancielles : la fréquence ou la rareté du séjour d’un roi ou d’un prince dans tel lieu, l’origine géographique des bénéficiaires, l’implantation de leur temporel, l’urgence ou non de leur petitio, la nature de l’acte demandé…

D’autres parties du discours diplomatique (exposé, dispositif, mentions hors teneur…) peuvent par ailleurs contenir des informations sur les lieux dans lesquels les transactions ont été négociées ou conclues, les actes rédigés puis remis à leurs bénéficiaires, au cours on non d’une cérémonie diplomatique. Les chartes-notices offrent même parfois des récits, qui mettent en avant des lieux et renseignent sur le « parcours de l’acte », des premières négociations entre les parties à la remisede la charte.

c) Certaines transactions sont mises par écrit devant un notaire public ou un tabellion. Le recours à ces professionnels de l’écrit amène à s’interroger sur l’existence d’un « marché de l’acte au Moyen Âge » et à réfléchir à son organisation spatiale : en 1395, par exemple, les habitants de Bar-sur-Aube préférèrent aller à la Ferté-sur-Aube, localité sise à une vingtaine de kilomètres, pour faire rédiger un contrat, parce qu’ils trouvaient que le tabellion de leur ville était trop cher[5]. Là encore, il s’agit de mesurer comment les analyses de réseaux et le traitement des informations par les SIG permettent de renouveler la compréhension de ces « marchés de l’acte », présents et structurés à plusieurs échelles.

  • Les sources diplomatiques et la (re)construction de l’espace

a) Dans les actes de la pratique, les scribes et notaires doivent souvent décrire des terres et d’autres biens immobiliers. Il leur faut alors savoir « mesurer les terres[6] » et avoir « le sens des limites[7] ». L’étude des confronts peut ainsi être menée, d’autant qu’elle peut être renouvelée par l’apport des humanités numériques. Le traitement informatisé des confronts a d’ailleurs déjà été abordé par les spécialistes des cadastres urbains médiévaux[8]. En plus de l’étude de ces formules et de leur vocabulaire technique, il s’agit d’appréhender comment les sources diplomatiques participent à la construction de l’espace et témoignent de la perception de celui-ci, de sa mise en ordre, voire même de sa reconstruction en fonction de l’intérêt des autorités ou des bénéficiaires.

b) L’ordre des biens, droits et revenus dans les privilèges ou chartes récapitulatives et confirmatives du temporel des églises, de même que le classement des actes dans certains cartulaires peuvent répondre à des logiques topographiques (par diocèses, archidiaconés, granges, villes…) et correspondre à un « espace vécu[9] » (itinéraires de perception de cens ou de visites épiscopales…) ou bien à une « géographie mentale[10] » propre à chaque rédacteur, cartulariste ou institution[11].

c) Enfin, les toponymes cités dans les actes peuvent être utilisés par les chercheur·ses qui veulent spatialiser des phénomènes socio-politiques ou culturels : par exemple, celles et ceux qui étudient l’émergence de « territoires[12] », « espace de projection d’une institution » (Max Weber), ecclésiastique ou laïque ; de même, il a été tenté de mettre en relation les centres de production d’actes et les édifices dits « romans[13] ». Les participant·es pourront à ce titre s’intéresser à l’évolution du vocabulaire de l’espace dans les actes et se demander si, en la matière, les sources diplomatiques présentent des spécificités vis-à-vis d’autres types de sources médiévales. À la suite d’autres chercheur·ses, les participant·es pourront enfin se demander si certaines évolutions diplomatiques ou documentaires ne traduisent pas des évolutions de la dimension spatiale du dominium et, plus largement, de la perception et de la représentation de l’espace au Moyen Âge[14].

  • Les actes analysés comme des espaces

a) Les chartes médiévales sont dotées d’un certain nombre de symboles graphiques, participant à leur validation : chrismes, croix de souscriptions, monogrammes, rota, légendes chirographaires, seings manuels, etc. Ceux-ci ont attiré l’attention des chercheur·ses[15]. La peau de parchemin sur laquelle la charte est rédigée peut alors être considérée comme le lieu où ces signes sont représentés : leur taille, leur forme et l’évolution de celles-ci, mais surtout leur emplacement sur la peau de parchemin peuvent fait l’objet d’analyses et de comparaisons.

b) Lors de la réalisation de pseudo-originaux ou de cartulaires, les signes graphiques que portent les originaux peuvent être reproduits ou imités. Or, la manière dont ils le sont, avec plus ou moins de soin, avec modification ou non, ainsi que leur emplacement sur le pseudo-original ou dans le cartulaire peuvent révéler certaines des intentions des faussaires et des cartularistes[16]. Il faut aussi se poser la question des compétences nécessaires à ces copistes pour imiter des symboles graphiques plus ou moins complexes.

c) Les participant·es seront enfin invité·es à réfléchir à des représentations et modélisations graphiques de l’espace des chartes et des cartulaires. Ils pourront ainsi s’inspirer de la chorématique, mise en place par des géographes afin d’arriver à des modélisations spatiales[17], pour réfléchir à une méthode comparable qui permettrait de modéliser l’espace des sources diplomatiques et ainsi faire émerger de nouvelles typologies documentaires par l’examen de la disposition entre le texte, dont il ne faudra pas négliger la mise en forme (premières lignes en capitales ou non, éventuelles listes des témoins disposées en colonne ou en ligne, le traitement de certaines majuscules…), et les symboles graphiques ci-avant évoqués.

Modalités de soumission

L’appel s’adresse en priorité aux jeunes chercheur·ses consacrant leurs travaux à la diplomatique et aux pratiques de l’écrit de l’Europe médiévale. Les communications, d’une durée maximale de vingt-cinq minutes, seront suivies d’un temps de discussion. Les propositions de communication pourront être rédigées en allemand, anglais, français et italien. Elles feront entre 3 000 et 4 000 caractères (espaces compris) et devront préciser dans quel(s) axe(s) du présent appel elles s’inscrivent. Elles seront accompagnées d’une courte biographie indiquant affiliations et dernières publications (10-15 lignes), suivie des coordonnées des chercheur·ses. Ces documents devront être envoyés avant le 12 avril 2024 à l’adresse suivante : contact.diplo21@gmail.com.

Comité d’organisation

Hannes Engl (Aachen), Thomas Lacomme (Université de Namur, FNRS), Émilie Mineo (Université du Luxembourg), Robin Moens (RWTH Aachen University, Université de Namur), Nicolas Ruffini-Ronzani (Université de Namur, Archives de l’État) et Timothy Salemme (Université du Luxembourg), pour le réseau Diplo 21 : https://diplo21.hypotheses.org/.

À propos du colloque

Le colloque aura lieu les 10 et 11 octobre 2024, à l’Université de Namur. Langues acceptées pour les communications : allemand, anglais, français et italien. Prise en charge probable des frais de transport et d’hébergement des participants.

[1] La bibliographie étant considérable sur ce sujet, nous nous contenterons de renvoyer à Martin Gravel, « Déplacements et immobilités des souverains carolingiens. De l’Empire au royaume de Francie occidentale », dans Le gouvernement et le déplacement. Pouvoir et mobilité de l’Antiquité à nos jours, dir. Sylvain Destephen, Josiane Barbier et François Chausson, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019, p. 213-234, ainsi qu’à L’itinérance de la cour en France et en Europe : Moyen Âge-XIXe siècle, dir. Boris Bove, Alain Salamagne, Caroline Zum Kolk, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2021.

[2] Chantal Senséby, « La “date de lieu” et ses variations du xe au xiie siècle en Anjou et en Touraine », dans La formule au Moyen Âge [III], éd. Olivier Simonin et Caroline de Barrau, Turnhout, Brepols, 2021, p. 149-170.

[3] Jean Dufour, « État et comparaison des actes faux ou falsifiés intitulés au nom des Carolingiens français (840-987) », Fälschungen im Mittelalter, IVe partie : Diplomatische Fälschungen (II), Hanovre, Hahnsche Buchhandlung, 1988, p. 167-210, à la p. 169.

[4] Thomas Lacomme, « Actum Pruvini. Les chartes provinoises d’Henri le Libéral : présence du comte à Provins et origine des bénéficiaires », Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Provins, no 174, 2020, p. 5-23.

[5] Isabelle Bretthauer, « Le marché de l’acte au Moyen Âge : tarifs, prix, concurrence », Genèses, no 105, 2016/4, p. 8-35.

[6] Mireille Mousnier, « Mesurer les terres au Moyen Âge. Le cas de la France méridionale », Histoire & Sociétés rurales, t. 22, 2004/2, p. 29-63.

[7] Hadrien Penet, « Le sens des limites. Construction et perception de l’espace dans les actes de la pratique : l’exemple sicilien (xiie-xve siècles) », dans Construction de l’espace au Moyen Âge : pratiques et représentations, dir. Thomas Lienhard, Paris, Publications de la Sorbonne, 2007, p. 405-411.

[8] Élisabeth Carpentier, « Le traitement informatisé des plus anciens catasti : le problème des confronts », dans Les cadastres anciens des villes et leur traitement par l’informatique, Actes de la table ronde organisée par le Centre d’histoire urbaine de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, éd. Jean-Louis Biget, Jean-Claude Hervé, Yvon Thébert, Rome, École française de Rome, 1989, p. 255-268.

[9] Armand Frémont, La Région, espace vécu, Paris, PUF, 1976.

[10] Chantal Senséby, « Espace rêvé, espace convoité. Le témoignage des cartulaires monastiques », dans Territoires rêvés [2]. Du territoire rêvé au rêve de territoire : stratégies et processus d’appropriation ou de domination, Orléans, PU, 2006, p. 37-45.

[11] Paul Bertrand, Xavier Hélary, « Constructions de l’espace dans les cartulaires », dans Construction de l’espace au Moyen Âge…, p. 193-207.

[12] Les notions de « territoire » et « territorialisation » sont très utilisées en histoire médiévale depuis plusieurs années ; nous renverrons ici uniquement à Florian Mazel, L’évêque et le territoire. L’invention médiévale de l’espace (vexiiie siècle), Paris, Seuil, 2016.

[13] Nicolas Perreaux, « Des structures inconciliables ? Cartographie comparée des chartes et des édifices « romans » (xe -xiiie siècles) », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre, hors-série no 9, 2016, en ligne.

[14] Pierre Chastang, Lire, écrire, transcrire : le travail des rédacteurs de cartulaires en Bas-Languedoc, xie-xiiie siècles, Paris, Éditions du CTHS, 2001 ; Id., « Du locus au territorium. Quelques remarques sur l’évolution des catégories en usage dans le classement des cartulaires méridionaux au xiie siècle », Annales du Midi, t. 119, 2007, p. 457-474.

[15] Peter Rück, Graphische Symbole in mittelalterlichen Urkunden. Beiträge zur diplomatischen Semiotik, Sigmaringen, J. Thorbecke, 1996.

[16] Jean-Baptiste Renault (éd.), Originaux et cartulaires dans la Lorraine médiévale (xiie-xvie siècles), Turnhout, Brepols, 2017.

[17] La chorématique est la science des chorèmes, « structure[s] élémentaire[s] de l’espace géographique » et elle correspond donc à une sorte de grammaire de l’espace (Roger Brunet, « La composition des modèles dans l’analyse spatiale », L’Espace géographique, t. 9, n° 4, 1980, p. 253-265). La chronochorématique est une version de la chorématique qui prend en compte la dimension temporelle des phénomènes modélisés spatialement (Hervé Théry, « Chronochorèmes et paléochorèmes : la dimension temporelle dans la modélisation graphique » dans Modèles graphiques et représentations spatiales, dir. Yves André, Antoine Bailly, Maryse Clary, Robert Ferras et Jean-Paul Guérin, Paris, Anthropos/Reclus, 1990, p. 41-61). À propos des apports de la chorématique pour la médiévistique, voir Mireille Mousnier, « Quand la carte interroge le territoire », dans Les Territoires du médiéviste, dir. Benoît Cursente et Mireille Mousnier, Rennes, PUR, 2005, p. 417-438 ;Bruno Varennes, « Cartographier la territorialisation ecclésiale au Moyen Âge », Siècles, n° 52, 2022, en ligne. URL : http://journals.openedition.org/siecles/9435 ; DOI : https://doi.org/10.4000/siecles.9435.

Appel au format PDF : ici

Source : Diplo 21

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Séminaire – Archaeology of the Medieval World: Sources and Cities

Thursdays, 18:00-20:00 25. April 2024 – 18. Juli 2024
Universität Frankfurt
IG Farben, room EG 311

The archaeology of the medieval world, and of historical periods in general, o en has an ambivalent relationship with pasts derived from other available sources. On the one hand, interpreting the archaeological record requires external evidence, thus texts and oral traditions may become important anchors. On the other hand, archaeologists frequently struggle to integrate their findings with those of history and anthropology, and the la er usually dominate in discourses on the past.

This seminar’s primary aim is to discuss various approaches to this challenge in different archaeological sub-disciplines. With a particular focus on ‘ci es’, the seminar will introduce case studies in which a gap can be found between archaeology and other sources. The second aim of the seminar is to broaden students’ contexts and allow them to get acquainted with other regions and with additional research traditions. Therefore, the meetings will present different studies from Asia, Africa and Europe which are conducted by scholars from African, Islamic, Byzantine, Indian, and medieval European archaeologies. This wide geographical spread will allow for the comparison and contrast of key issues in the 9th-14th century.

Medieval Seminar final online.cdr

25/4 Anders Andrén (Stockholm University)
Jewish minorities in medieval European cities: archaeological triangulations

2/5 Nick Gestrich (Goethe-University Frankfurt)
Perspectives on the medieval world: an introduction to source conflicts

16/5 Nicolas Nikis (Université libre de Bruxelles & Royal Museum for Central Africa) Pottery manufacturing techniques as a source to reconstruct the past: the case of the north-eastern Congo Basin, 8th-15th centuries

23/5 Joanita Vroom (Leiden University)
No schnitzel for the sultan: searching for wining and dining in Ottoman Istanbul

6/6 Tim Williams (University College London) The early Islamic city in Central Asia

13/6 Wolfgang David (Archäologisches Museum Frankfurt) Die Anfänge der Stadt Frankfurt: Archäologie und Geschichte

20/6 Coline Lefrancq (CNRS – UMR 7041 ARSCAN)
The debate on the urbanization during the early medieval period in South Asia explained (with a focus on the northeastern part of Indian Peninsula)

27/6 Hagit Nol (Goethe-University Frankfurt)
Different perspectives on urbanization in Palestine, 9th to 10th century

4/7 Nick Gestrich (Goethe-University Frankfurt)
Trade and trading centres in West Africa

11/7 Sébastien de Valeriola (Université libre de Bruxelles) and Nicolas Ruffini-Ronzani
(Université de Namur)

Network Analysis and archeological artefacts: a medieval monetary corpus from the former Low Countries

18/7 Nick Gestrich, Carlos Magnavita and Hagit Nol (Goethe-University Frankfurt)
Summary and discussion

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Appel à contribution – « Exemplaire », « didactique »… et pourquoi pas « littéraire » ? Vers une ouverture de la définition du « littéraire » du Moyen âge au XVIIIe siècle

Avant le XIXe siècle, la littérature ne distinguait pas l’écriture littéraire à préoccupation essentiellement esthétique de l’écriture fonctionnelle, utilitaire et notamment scientifique. C’est à partir du XIXe siècle que s’amorce un mouvement de détachement, de scission de l’un et de l’autre. La littérature se définit alors comme un ensemble de textes, un corpus s’appuyant sur une liste de productions restreinte. Il en résulte une exclusion pour les textes à vocation édifiante.

Cette exclusion tient au fait que les définitions actuelles du littéraire reposent principalement sur trois critères. Le premier est d’ordre esthétique ; le second fait reposer sur le plaisir la « valeur littéraire » qu’on accorde à une œuvre ; enfin, le troisième critère valorise le « surplus » du texte, ce qu’une première lecture n’épuise pas en terme herméneutique. En effet, selon Roland Barthes, est littéraire le texte qui dit autre chose que ce qui est dit explicitement (Degré zéro de l’écriture). Ces trois distinctions permettent d’exclure de la littérature un grand nombre de textes. Pourtant, ces critères peuvent être sujets à caution, à nuance. Si la littérature n’est pas encore apparue comme une réalité au Moyen Âge, le littéraire en est-il pour autant absent ? Car pour atteindre leur but – instruire et édifier – leurs auteur.e.s mettent en place des stratégies reposant sur deux piliers de la rhétorique antique : plaire et instruire, docere et placere. En outre, la seule dimension esthétique peut en effet sembler réductrice ; la question du plaisir est subjective ; et celle de la sursignification ne convient pas forcément aux époques que nous souhaitons interroger, dont les textes n’ont pas toujours été étudiés sous cet angle. C’est notamment ce dernier critère qui exclut de la littérature bon nombre de textes médiévaux, pourtant a priori plaisants, comme les exempla. Or cette définition pourrait être questionnée à l’aune des textes didactiques et exemplaires du Moyen âge au XVIIIe siècle, qui font implicitement reposer le littéraire sur d’autres fondements, notamment l’utile mêlé à l’agréable, ou encore la morale, qui justifient le fait d’écrire. Il nous semble donc légitime d’élargir ces grilles d’analyse pour fournir non pas de nouveaux critères une fois de plus excluants mais réfléchir au contraire à des lignes communes, non contraignantes, qui peuvent se dégager du Moyen Âge au XVIIIe siècle.

Quand on évoque la « littérature » didactique ou exemplaire, le terme « littérature » renvoie donc seulement à un ensemble de textes plutôt qu’à la dimension « littéraire » de ce type de textes. Ce type de littérature mérite-t-il pour autant d’être exclu de ce qui est considéré comme littéraire ? Se pose ici la question de la définition que nous donnons, depuis le XIXe siècle, de la littérature.

Le présent colloque envisage de réévaluer cette définition pour admettre que d’autres textes, d’époques passées, pourraient être littéraires, faire partie de la littérature. Nous aimerions ainsi interroger les facteurs de la canonisation littéraire qui s’est imposée à nous. Du Moyen Âge, par exemple, seuls quelques textes ont été consacrés par la critique du XIXe siècle comme « littéraires », comme dignes d’intérêts, tels que l’épopée ou la matière arthurienne. Les œuvres didactiques, sapientiales, morales ou exemplaires ont pourtant eu un large succès en leur temps. Par un examen littéraire, nous pourrions ainsi fournir de nouveaux éléments d’analyse, communs aux textes du Moyen Âge, des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, pour accueillir ces corpus dans l’histoire littéraire. Quelles différences fait-on en effet entre certains textes exemplaires, et les Fables de la Fontaine, par exemple, dont la canonisation est unanime ? Pourquoi ce qu’on accorde, à juste titre, à ce texte est refusé à d’autres qui reposent sur les mêmes mécanismes ?

Des travaux sur la littérature sapientiale ou hagiographique du Moyen Âge ont déjà montré combien des œuvres jusque lors considérées comme essentiellement didactiques ou morales s’avèrent riches lorsqu’on les étudie comme des textes littéraires. En appliquant cette analyse à ce type de textes nous aimerions déterminer en quoi les textes exemplaires et didactiques sont ou ne sont pas littéraires, pour offrir de nouvelles pistes qui sortent du cadre restreint du regard que nous portons actuellement sur ces textes et qui est conditionné par l’histoire littéraire.

En d’autres termes, nous voudrions réévaluer les critères de littérarité actuels (post XIXe siècle) et à la fois rendre compte de la littérarité propre aux textes composés avant le XIXe siècle.

Le colloque tentera d’apporter une réponse à ces quelques questions indicatives :

En quoi la contrainte de l’utile, de l’édification morale peut-elle avoir une vertu littéraire ?
En quoi la littérature peut-elle avoir une vocation édificatrice ?
Comment expliquer la marginalisation de ces textes ?
Quelles nouvelles approches peut-on proposer pour définir la littérarité spécifique à ces textes ?
Comment les auteur.e.s de la période étudiée réfléchissent à la possible dimension littéraire de leur texte ?
Comment peut-on penser une conception large de la littérature, qui s’applique aux époques médiévales et modernes ?

Modalités de contribution

Le colloque se tiendra le 7 novembre 2024 à l’Université de Genève.

Les propositions de communication (max 200 mots) sont à envoyer à prunelle.deleville@unige.ch
avant le 29 février 2024


Organisation :
Prunelle Deleville, Université de Genève


Comité scientifique :
Camille Carnaille, Université de Genève
Prunelle Deleville, Université de Genève
Philippe Frieden, Université de Genève

Source : Calenda

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Séminaire – Séminaire Terrae 2023-2024

Université Toulouse – Jean Jaurès

Contact : terrae@univ-tlse2.fr

29 septembre2023 (BEM)
Autour de saint Jacques à Toulouse
Michelle Fournié, Émilie Nadal, Fernand Peloux

5 avril 2024 (MDR, D 31 et ODG, amphi 4)
Histoires de scripteurs et de notaires
Simone Balossino, Hélène Débax, Didier Panfili

3 mai 2024 (MDR, D 31)
Du milieu à la forme : regards croisés autour des phénomènes urbains médiévaux
organisé par Eric Chabane et Angélique Van de Luitgaarden.

17 mai 2024 (MDR, F 422-423)
Actualité régionale en archéologie moderne et contemporaine
organisé par Bastien Lefebvre et Amandine Dubois Landrin

31 mai 2024 (MDR, D 31)
Les communautés d’habitants et leurs sources
Vincent Challet et Pierre Chastang sur Montpellier, Lionel Germain sur Villeneuve-d’Aveyron et Najac, Nicolas Minvielle et Jérôme Belmon sur le Minier

7 juin 2024 (BEM)
Des Wisigoths aux musulmans. Histoire et archéologie de la Narbonnaise
Laurent Schneider, Céline Martin, Florian Gallon, Sébastien Gasc

14 juin 2024 (MDR, D 30)
Recherches récentes sur la construction en bois en Occitanie, entre Moyen Âge et Époque moderne
organisé par Bastien Lefebvre et Léa Gérardin (projet BOSCA)

29 juin 2024 (Saint-Gaudens)
Le flottage entre France et Espagne, entre plaine alluviale et milieu torrentiel
organisé par Anh Linh François et Clément Venco (projet BOSCA)

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Colloque – Archeologia Mediaevalis 2024

Inscription : ici

En Belgique, l’archéologie médiévale et celle des Temps Modernes ne prit son envol qu’au début des années 1970.

Les fondateurs d’AM firent partie des précurseurs de l’archéologie médiévale en Belgique.

Ils eurent conscience qu’il était indispensable d’informer les chercheurs le plus vite et le plus simplement possible des travaux en cours pour les mettre en contact et leur permettre de nourrir leurs réflexions. C’est ce but que poursuit encore aujourd’hui Archaeologia Mediaevalis.

La participation au colloque s’élève à :
– 60 € pour les deux journées
– 35 € pour une journée
– 30 € pour les étudiants (pour les 2 journées)

Les informations relatives au paiement vous seront communiqués par email une fois votre inscription enregistrée. Il n’y aura pas de paiement sur place.

Lundi / Maandag / Montag 11/03/2024

Journée thématique / emadag : L’archéologie, science auxiliaire de l’Histoire ? / emadag : Archeologie, een hulpwetenschap van de Geschiedenis? / ementag : Archäologie, Hilfswissenschaft der Geschichte ?

09.00 Accueil / Onthaal / Empfang

09.30 Mot de bienvenue de Sophie Denoël, inspectrice générale f.f. de l’Agence wallonne du Patrimoine

09.40 Laetitia Puccio & Frederic Chantinne, Vous avez dit auxiliaire ? Retour sur le colloque « Sources ! de l’archéologie au fond d’archives », Moulins de Beez 14-15 décembre 2023

10.10 Marie-Christine Laleman, Over het samengaan, of niet, van materiële en geschreven bronnen in Gent (O. Vl.)

10.40 Dirk Callebaut, Clio et l’archéologue : a neverending story. Comment la rencontre de l’archéologie et de l’histoire est mise en pratique dans la recherche de sites médiévaux quand on est à la fois historien et archéologue

11.00 Café / Koffe / Kaffee

11.30 Anton Ervynck, Jan Moens & Wilfried Vernaeve, Terug naar de bron(nen). Het samengaan van historisch en archeologisch onderzoek van vroegere voedingspatronen

12.00 Alexander Lehouck, Materiële en geschreven bronnen in het boerderijonderzoek: problemen en uitdagingen met voorbeelden uit Koksijde

12.40 Lunch

13.45 Paulo Charruadas & Philippe Sosnowska, Sources écrites et études archéologiques sur le bâti ancien bruxellois

14.15 Lennert Lapeere, Stadstopogra sche reconstructie van de Ieperse buitenwijken tussen 1250 en 1400. Hoe archeologie, geschiedenis en cartogra e elkaar aanvullen

14.45 Karen Minsaer & Katelijne Geerts, Archiefbronnen en archeologisch onderzoek werpen licht op de 16de-eeuwse stadsversterking, het megabouwproject van Karel V. (Antw.)

15.15 Café / Koffe / Kaffee

15.45 Heidi Deneweth, Huizenonderzoek Brugge (W.-Vl.) – Archeologen en historici in overleg
16.15 Jelle Demulder & Tim Soens, Interactie tussen historisch en archeologisch onderzoek in Deinze

(O-Vl.)
16.45 Philippe Mignot, De l’archéologie nationale à l’archéologie médiévale 17.15 Stephane Demeter, Échange et synthèse / Discussie en samenvatting

Mardi / Dinsdag / Dienstag 12/03/2024

09.00 Accueil / Onthaal / Empfang

09.30 Antoine Baudry, Sylvie Byl, Paulo Charruadas, Ann Degraeve, Stephane Demeter, Valérie Ghesquiere, Sylvianne Modrie, Philippe Sosnowska, Julie Timmermans, Benjamin Van Nieuwenhove & Armelle Weitz, Urbanisation et première enceinte à Bruxelles au quartier Sainte-Catherine au travers de quelques fouilles récentes (Br.)

09.45 Jan Coenaert & Pedro Pype, Aanvullende inzichten in de afbakening van de castrale ringwal te Veurne (West-Vlaanderen)

10.00 Alain Henton, Maubeuge (Nord, France) « La Clouterie », fouille 2022/2023. En fond de vallée de Sambre, d’importants aménagements de berges du xv e siècle et un béguinage médiéval et moderne (xiii e-xvii e siècles)

10.15 Tomas Bradt, Grootschalig archeologisch stadskernonderzoek Gent Academie (Oost-Vlaanderen) 10.30 Yannick Devos & Koen De Groote, Het verhaal in de vloer: de micromorfologische studie van laatmiddeleeuwse vloerlaagjes op de site Ieper De Meersen (W.-Vl.)

10.45 Café / Koffe / Kaffee

11.15 Catherine Bauwens, Étude archéologique de plusieurs édi ces verviétois
11.30 Bea De Cupere & Koen Lock, De watertoestand van de Zenne in laatmiddeleeuws Brussel (Br.) 11.45 Tim Bellens, Lies Dierckx, Veerle Hendriks & Anne Schryvers, Archeologisch bodemonderzoek in Antwerpen in 2023: enkele hoogtepunten
12.00 Jean-Yves Dufour, Le grenier est dans nos murs. Quelques repères pour l’identifier en élévation

12.15 Lunch

13.45 Louise Hardenne & Patrice Gautier, Le grand enclos de l’abbaye de Forest, cloture et quartier agricole. Nouvelles données archéologiques (Bxl-Capitale)

14.00 Katrien Van De Vijver, Marie Vanhuysse, Valerie Ghesquière & Julie Timmermans, Studie van de menselijke resten die werden opgegraven in het oude Minderbroedersklooster onder de Beurs van Brussel (BHG)

14.15 Marie Verbeek, Pierre-Hugues Tilmant, Sarah Cremer, Justine Lohay &
Nicolas Ruffini-Ronzani
, L’abbaye Notre-Dame du Vivier à Marche-les-Dames. Un monastère cistercien réformé du xv e siècle : sources archéologiques, dendrochronologiques et archivistiques

14.30 Patrice Gautier, Armelle Weitz, Mathieu Boudin, Sarah Cremer, Louise Hardenne & Sylvianne Modrie, Plafond, charpente en berceau apparente ou lambrissée – le couvrement en bois de la nef au tournant des xiv e et xv e siècle ; les exemples de la chapelle de Marie-la-Misérable et la chapelle de Stalle (Woluwe-Saint-Lambert et Uccle – Br.)

14.45 Café / Koffe / Kaffee

15.15 Emanuel Bodart & Jean Plumier, « Le Saint-Gilles à Namur : Parle-m’en ! » Le Grand Hôpital de Namur revisité par l’intégration des enquêtes archéologique et archivistique

15.30 Florence Close, Sophie De Bernardy De Sigoyer, Emmanuel Delye, Denis Henrard & Line Van Wersch & Guillaume Wymmersch, Reprise des recherches sur le site de la colline de Chèvremont (Chaudfontaine, Lg.)

15.45 Julien Adam, Résultats préliminaires des opérations archéologiques menées au château de Moha (Wanze, Lg.)

16.00 Ann Defgnée, L’enclos Al’Tour à Buresse. Archéologie d’un hameau condruzien (VIIe-XXe s.) 16.15 Verre de l’amitié / drink / Empfang

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Publication – « L’habitat fortifié de Colletière à Charavines et le pays du lac de Paladru au XIᵉ siècle », éd. Michel Colardelle, Jean-Pierre Moyne, Éric Verdel

L’habitat subaquatique fouillé dans le lac de Paladru occupait entre 1006 et 1040 un tertre légèrement émergé du fait des conditions météo-climatiques contemporaines. Séparé de la rive par une dépression marécageuse franchie par une passerelle, il se composait de trois bâtiments de bois défendus par une forte palissade. Le bâtiment central était, à en juger par sa morphologie et la qualité de sa construction, le mobilier et les restes alimentaires préservés par l’eau qu’il a livrés, la demeure de la cellule sociale dominante, une famille de milites dont la plupart des aspects de la vie quotidienne peuvent être restitués. Les sources historiques et les données résultant de l’étude des sites archéologiques voisins antérieurs, contemporains et postérieurs, font retenir l’hypothèse d’un groupe de colons armés envoyés par l’ancêtre des seigneurs de La Tour dans le cadre de l’occupation à visée politique et économique d’un fisc royal qu’ils contrôlaient aux limites de leur seigneurie émergente.

Informations pratiques :

L’habitat fortifié de Colletière à Charavines et le pays du lac de Paladru au XIᵉ siècle, éd. Michel Colardelle, Jean-Pierre Moyne, Éric Verdel, Caen, Presses universitaires de Caen, 2024 ; 2 vol., 1100 p. (Publications du Centre de Recherches Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales). ISBN : 978-2-38185-214-0 . Prix : € 100,00.

Source : Presses universitaires de Caen

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Publication – Étienne de La Vaissière, « Asie centrale 300-850. Des routes et des royaumes »

L’Asie centrale forme le coeur des échanges eurasiatiques médiévaux, ce que l’on appelle, pas totalement à tort, la « route de la soie ». Caravanes et conquérants, moines et artistes, tous passent par Samarcande, Dunhuang ou Bactres, pour aller de la Chine à Byzance ou de l’Iran et l’Inde à la steppe. C’est l’époque de la première globalisation, mille ans avant l’expansion européenne. Mais cette histoire est en lambeaux, et, à l’apogée de ces contacts, de la chevauchée des Huns au quatrième siècle de n.è. à la fin de l’empire tibétain et à l’islamisation au neuvième siècle, jamais aucun ouvrage, dans quelque langue que ce soit, n’avait tenté d’en suivre tous les fils et de patiemment en retisser les motifs.

Migrations nomades et art bouddhique, grand commerce et organisation de l’État, colonisation chinoise et conquête arabe, histoire du climat, irrigation et démographie, naissance du persan et globalisation archaïque, et bien d’autres thèmes encore : cette synthèse offre de multiples axes de lecture qu’elle croise et noue en un tissu complexe mais clair. Jouant de très nombreuses cartes et illustrations, elle reconstitue une immense pièce manquante au centre du puzzle de l’histoire médiévale de l’Ancien Monde. Elle est le produit de vingt ans de recherche, et utilise les travaux les plus récents, études érudites sur les textes arabes, chinois, iraniens ou turcs, nouvelles découvertes de manuscrits ou encore résultats des multiples fouilles archéologiques qui se sont développées depuis la fin de l’URSS et l’ouverture économique de la Chine. Toutes les disciplines et les instruments de l’historien sont convoqués pour rendre intelligible et lisible ce monde, tandis qu’à la fin, dans les coulisses, un autre niveau d’analyse est proposé pour ceux qui voudraient, à l’instar des grands marchands et des moines pèlerins, aller plus loin.

Historien, Étienne de la Vaissière enseigne à l’EHESS sur la chaire « sociétés centre-asiatiques médiévales : migrations et acculturations ». Il développe une approche d’histoire économique et sociale sur la longue durée médiévale de l’ensemble de l’Asie centrale, de part et d’autre des Pamirs et des Tianshan. Après avoir travaillé sur les réseaux caravaniers (Histoire des marchands sogdiens 2002, 3e éd. 2016, trad. en anglais, chinois, japonais), il s’est intéressé aux relations de pouvoir et d’identité des nomades, notamment lors des grandes migrations, ainsi qu’aux processus d’intégration au monde musulman (Samarcande et Samarra. Élites d’Asie centrale dans l’empire abbasside, 2007, et comme éditeur Islamisation de l’Asie centrale, 2008, Shifting Frontiers 2017). Il a participé à de nombreuses fouilles et prospections archéologiques notamment en Ouzbékistan (1996-2008), en Afghanistan (2010-2013), et maintenant en Mongolie.

Informations pratiques :

Étienne de La Vaissière, Asie centrale 300-850. Des routes et des royaumes, Paris, Les Belles Lettres, 2024 ; 1 vol., 648 p. ISBN : 978-2-25145-521-1. Prix : € 33,00.

Source : Les Belles Lettres

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Appel à contribution – Divertir, éduquer et corriger : pratiques du jeu en Europe, du Moyen Âge à la première Modernité (XIIe-XVIe s.)

Per tre cagioni fu trovato questo giuoco. La prima fu per correzione del re, la seconda per ischifare ozio, la terza fu per trovare i· molte guise sottili ragioni1.

Le jeu, aux dires de Jacques de Cessoles dans son Libellus de moribus hominum, ne se place pas uniquement sous le signe de la distraction : certains divertissements, tels que le jeu d’échecs, offrent la possibilité de se soustraire aux tentations de la paresse tout en incitant à la vertu et à l’exercice de la raison. Les sottili ragioni qu’évoque en toscan le traducteur anonyme du Libellus rappellent ainsi que la fonction récréative du « jeu des rois », pour importante qu’elle soit, se complète aussi de certaines qualités qui s’inscrivent dans le champ de l’intellect et de la morale. Divertissement subtil dont l’invention est attribuée au Moyen Âge à de prestigieuses figures du savoir – le philosophe Xerxès pour Jacques de Cessoles, le mathématicien Attalus pour Jean de Meun2 –, les échecs comptent parmi ces jeux de stratégie dont la pratique apparaît comme un vecteur d’enseignement et d’apprentissage, propice à l’expression et à la transmission de compétences physiques ou cognitives et à l’enseignement de normes de comportements.

Ces trois fonctions, divertissante, didactique et morale qu’exercent les loisirs au Moyen Âge s’avèrent un crible efficace pour interroger le rapport des jeux au savoir et les rôles qu’ils tiennent dans la codification ou la contestation des « valeurs de références qui disciplinent la société médiévale3 ». Tous les jeux, en effet, ne sont pas jugés à même de remplir un office didactique et de promouvoir des conduites légitimes. La partition traditionnelle entre le jeu d’échecs, qui se situe du côté de la sagesse, et le jeu de dés, tenu pour diabolique et infamant4, illustre la manière dont le paysage ludique se trouve polarisé au Moyen Âge entre loisirs licites ou illicites, entre divertissements « civilisateurs » et jeux néfastes.

L’un des objectifs de ce colloque est précisément d’analyser cette opposition afin de cerner, d’une part, l’inscription problématique des jeux dans l’espace social, et d’autre part la manière dont les divertissements sont représentés dans le champ littéraire. Dans quelle mesure ces trois fonctions dictent-elles le jugement que portent les clercs et les législateurs sur les divertissements ? Comment se coordonnent-elles aux représentations symboliques que les loisirs véhiculent dans les lettres médiévales ?

La réflexion, sans se limiter à ces questionnements, pourra notamment porter sur les domaines suivants :

  • –  Jeu et législation (jeux et interdictions judiciaires ; rapport entre jeu et argent : quelles sont les sommes autorisées ? Quelle doit être l’origine de cet argent ?)
  • –  Jeu et didactique (place des jeux dans l’apprentissage et pédagogie ludique. Cela peut inclure des jeux de société, des énigmes, des jeux mathématiques, voire des jeux de rôle ou de simulation qui peuvent être employés pour faciliter l’acquisition de compétences liées à des professions spécifiques ; il s’agit aussi de s’interroger sur la notion de ludification, qui suppose d’appliquer des mécanismes de jeux à des domaines qui ne relèvent pas nécessairement de la sphère ludique) – Jeu et littérature allégorique (analyse des jeux comme outils d’analyse et de transmission de valeurs, dans le domaine érotique, esthétique social et spirituel) – Jeux et pratiques d’écriture (analyse des textes qui définissent les pratiques individuelles et les règles collectives, entre improvisation et codification ; le lexique du jeu ; l’étude des règles l’un ou de l’autre des jeux médiévaux, par exemple le jeu de paume, l’emploi de la métaphore échiquéenne)

Ce colloque international et interdisciplinaire se tiendra le 9 octobre à la Sorbonne et le 11 octobre à l’Université catholique de Louvain. Il invite les médiévistes de toutes disciplines – histoire, littérature, linguistique, musicologie, droit, histoire de l’art, etc. – à contribuer à ces réflexions.

Les propositions de communication (25 minutes) rédigées en français, anglais ou italien et n’excédant pas 500 mots, devront être envoyées avant le 27 mars 2024 alessandra.stazzone@sorbonne-universite.fr et maxime.kamin@uclouvain.be, accompagnées d’une courte présentation bio-bibliographique.

Coordination scientifique :

Alessandra Stazzone, Sorbonne Université et Maxime Kamin, Université catholique de Louvain

Comité scientifique :

Estelle Doudet, Université de Lausanne
Frédérique Dubard de Gaillarbois, Sorbonne Université Joëlle Ducos, Sorbonne Université
Amandine Mussou, Université Paris-Cité
Johannes Bartuschat, Université de Zurich
Mattia Cavagna, Université catholique de Louvain Manuele Gragnolati, Sorbonne Université
Antonio Scolari, Gênes

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Publication – Zrinka Stahuljak, « Fixers. Agency, Translation, and the Early Global History of Literature »

A new history of early global literature that treats translators as active agents mediating cultures.
 

In this book, Zrinka Stahuljak challenges scholars in both medieval and translation studies to rethink how ideas and texts circulated in the medieval world. Whereas many view translators as mere conduits of authorial intention, Stahuljak proposes a new perspective rooted in a term from journalism: the fixer. With this language, Stahuljak captures the diverse, active roles medieval translators and interpreters played as mediators of entire cultures—insider informants, local guides, knowledge brokers, art distributors, and political players. Fixers offers nothing less than a new history of literature, art, translation, and social exchange from the perspective not of the author or state but of the fixer.

List of Figures
On Translations and Terminology
Introduction Fixers: Toward an Alternative History of Translation and Literature

Part I. Historical Realities: Strategy, Loyalty, and Gift
One The Politics of Translation: Foreign Language Acquisition, Conversion, and Colonization (Thirteenth- and Fourteenth-Century Crusade Treatises)
Two The Economy of Translation: Missionaries to the Mongol Empire, Pilgrims to the Holy Land, and the Gift of Languages (Thirteenth to Fifteenth Centuries)

Part II. Disciplinary Realities: Authorship, Genre, and Literary History
Three The Ethics of Translation: Loyalty, Commensuration, and Literary Forms in the Fourteenth Century (Machaut, Froissart, Mézières)
Four Fixer Literature: (Pseudo)Translation and Manuscript Illumination (the Fifteenth-Century Court of Burgundy)
Five The Hermeneutics of Translation: Authorship and Genre (the Fifteenth-Century Court of Burgundy)
Conclusion Fixers: Early World Literature in the Age of the Global
Acknowledgments
Appendixes
Notes
Bibliography
Index

Informations pratiques :

Zrinka Stahuljak, Fixers. Agency, Translation, and the Early Global History of Literature, Chicago, Chicago University Press, 2024 ; 1 vol., 358 p. ISBN : 978-0-22683-040-7. Prix : € USD 35,00.

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Appel à contribution – Journées de l’archéologie en Lorraine 2024

Les prochaines journées de l’archéologie en Lorraine se dérouleront les 5 et 6 avril 2024 à Plombières-les-Bains.

Ces journées sont organisées conjointement par le Service Régional de l’Archéologie (SRA) de la DRAC Grand Est, la Fédération Lorraine d’Archéologie (FLA) et la commune de Plombières-les-Bains.

Elles seront l’occasion d’exposer les résultats et avancées des recherches menées au cours des années 2022 et 2023, que ce soit dans le cadre de l’archéologie préventive ou programmée.

Afin de rendre compte du dynamisme de l’activité archéologique sur le territoire lorrain, nous vous proposons de communiquer sur vos opérations et vos travaux de recherches.

Appel à communications

Les propositions devront comprendre un résumé de la communication en quelques lignes (format word ou équivalent, Arial 11, interligne 1,10) ; une ou deux illustrations.

Le temps de communication est d’environ 15 minutes. Les communications feront l’objet d’une publication commune à l’ensemble des journées archéologiques de la région Grand Est.
Date limite de transmission des propositions

Les propositions sont à envoyer à l’adresse jal.drac-grandest@culture.gouv.fr avant le vendredi 16 février 2024.

Pour tout renseignement : jal.drac-grandest@culture.gouv.fr

Source : Ministère de la Culture

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