Appel à contribution – Le Moyen Âge dans les (nouveaux) médias. Quelle place pour les médiévistes ?

Université de Liège, 7 octobre 2016
Journée d’étude organisée par Ménestrel et Réseau des Médiévistes belges de Langue française

Depuis l’avènement des médias de masse – presses papier, radiophonique, télévisuelle et numérique – le Moyen Âge a toujours trouvé en eux des caisses de résonances plus ou moins déformantes. Ce furent les romans à épisodes du XIXe siècle et les bandes dessinées du milieu du XXe pour la presse écrite, les aventures de Robin des Bois ou de sa déclinaison française Thierry la Fronde pour le cinéma et la télévision, avant qu’Internet ne charrie avec lui ses milliers, pour ne pas dire millions de pages où les annonces de fêtes médiévales le disputent aux vidéos abordant tel ou tel point d’Histoire, signe d’un intérêt du grand public pour notre période. Toutefois, si la situation actuelle n’est pas une rupture mais bien la poursuite d’un processus plus ancien, elle coïncide aussi désormais avec la remise en cause et du savoir académique, voire de tout type d’autorité intellectuelle et savante, et de la légitimité de l’Histoire comme matière d’enseignement.

Face à cette double perspective, deux attitudes s’offrent à nous. La première, la plus simple, consiste à se maintenir éloigné de ces questions, tout en espérant que les sciences humaines retrouveront un jour, leur entière légitimité aux yeux du public. Mais peut-on tabler sur l’essoufflement des critiques dirigées contre nos disciplines alors qu’elles se font entendre au sein même des assemblées parlementaires de toute l’Europe, pour ne pas dire de plus loin encore ? La deuxième nécessite la prise de risque, dans la mesure où elle requiert de sacrifier une part certaine du temps consacré à ce qui fait l’essentiel du travail de l’historien, à savoir la recherche, pour répondre sur le terrain médiatique. Alors même que c’est par l’analyse que l’enseignant et le chercheur affinent patiemment, la connaissance du passé, il leur faudrait en plus gagner une place d’homme de média, et donc de référence, aux yeux du grand public. La vulgarisation, ou « valorisation » si l’on adopte le lexique des instances d’évaluation, doit-elle pour autant s’ériger en nouveau Graal du chercheur ? Ne s’agit-il que d’être vu, « suivi », « aimé » ou « cliqué », en dépit du risque d’être coupé au montage, faisant dire à l’interviewé l’inverse de ce qu’il expliquait ou ressasser d’éternels lieux communs ? Et que dire de la promotion des « bons clients », adoubés comme tels en coulisse par certains journalistes, que l’on sollicite sur leur seul rendu médiatique, sans vraiment tenir compte de leurs qualifications réelles pour traiter d’un sujet particulier ?

C’est toutefois dans cet espace, dont il lui faut mesurer les limites et les risques d’aliénation, que l’historien pourra relever deux défis capitaux qui sont autant de combats, pour reprendre les mots désormais bien connus de Joseph Morsel. D’une part, il a, dans la société comme dans ses travaux, la mission d’enseigner, d’instruire, de diffuser ses connaissances, de battre en brèche ou de redresser des idées périmées et erronées, dont certaines retrouvent aujourd’hui un souffle nouveau par la numérisation et la propagation à grande échelle d’ouvrages appartenant au domaine public. L’historien, le médiéviste est donc encouragé à valoriser les résultats de ses enquêtes en veillant à leur diffusion plus efficace ou plus rapide, y compris par les nouveaux médias. Il peut (doit?) également faire entendre sa voix dans le débat public comme détenteur d’un savoir scientifique particulier et s’efforcer d’apporter l’éclairage indispensable à la bonne compréhension de l’actualité. L’enjeu nécessite d’apprivoiser et, surtout, de tirer profit des dispositifs du discours audiovisuel, rediffusé et amplifié sur les réseaux sociaux et tous les moyens de « replay », même s’ils vont régulièrement à l’encontre de la nuance et du temps propres à la recherche historique. En retour, de façon moins visible et avec des résultats moins rapidement sensibles, on peut espérer que l’action médiatique rappellera combien l’existence de l’historien est légitime et sa réflexion, nécessaire à toute société.

C’est dans ce contexte, pour évoquer ces questions, réfléchir aux opportunités, parler des inquiétudes et tenter d’apporter des réponses que le Réseau des Médiévistes belges de Langue française (Groupe de contact du Fonds de la Recherche scientifique-FNRS) accueille le réseau de médiévistes Ménestrel pour une journée d’étude consacrée à la place des médiévistes dans les médias. Quelle peut ou doit être cette place ? Comment l’assurer et la défendre ? Qu’en faire, surtout ? La presse écrite, généraliste ou spécialisée, la littérature, la bande dessinée, les guides touristiques, la radio ou la télévision, et l’amplification de tous les médias via Internet, mais surtout aujourd’hui les innombrables réseaux sociaux, blogs, plate-formes, interfaces, publications et interventions en ligne sont autant de lices ouvertes aux médiévistes. Et autant de thématiques, qui ne doivent pas en obérer d’autres, que l’on se réjouit de voir abordées lors de cette future rencontre.

Les propositions de communication (une page A4, 25 minutes de temps de parole), accompagnées d’un curriculum vitae, devront être envoyées avant le 15 juin à isabelle.draelants@irht.cnrs.fr et christophe.masson@ulg.ac.be.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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