Appel – Création d’un groupe de travail « Atelier du prosopographe » (Antiquité – haut Moyen Âge)

N’hésitez pas à contacter les responsables de ce groupe de travail informel si vous êtes intéressés par ses activités :

Karine Karila-Cohen, (karine.karila-cohen@univ-rennes2.fr)
Robinson Baudry, (robinson.baudry@sfr.fr)
Sylvain Destephen, (sdesteph@u-paris10.fr)

Mommsen

Compte rendu de la première réunion :

Ce premier atelier inaugural avait pour objectif de rassembler divers chercheurs impliqués dans le travail prosopographique dans les périodes qui ne travaillent pas sur archives1. Il s’agissait de faire le point sur les différentes traditions des études prosopographiques pour l’Antiquité grecque et romaine classiques, l’Antiquité tardive, et le haut Moyen Âge, étant entendu que nous cherchons précisément à décloisonner ces différentes spécialités. Par tradition, nous entendions à la fois un bilan historiographique, un questionnement épistémologique, une analyse des discours de la méthode, mais aussi un panorama des outils actuels, y compris des outils numériques.

Les différentes présentations de la journée2 ont permis d’esquisser ce premier panorama. Sans que toutes les aires géographiques n’aient été représentées, les communications ont permis de donner un aperçu assez complet des traditions des études de prosopographie romaine, grecque, tardo-antique et médiévale, étant entendu que les délimitations géographiques (Orient/Occident) et les questions de périodisation doivent être constamment discutées. Ont été abordées à la fois des questions historiographiques et des questions de méthode d’établissement des notices. Il nous semble que quelques grandes questions sont revenues dans les présentations et les discussions qui ont suivi :

1) Définition et usages de la prosopographie : réflexions historiographiques et épistémologiques autour des pratiques qualifiées de prosopographie (Fastes/catalogues ; approche ou méthode prosopographique…) ; catalogue des grandes figures des études prosopographiques.

2) Définition des contours de l’enquête (sélection de la population d’étude, i.e. du « corpus » qui ne s’entend pas ici comme un stock défini uniquement par la documentation) et des critères d’élaboration des notices ; question qui renvoie au risque de l’illusion prosopographique, à la fixation du groupe étudié en catégorie sociale qui n’a pas de réalité autre que celle de l’enquête.

3) Cette question a recoupé un débat sur le recours aux bases de données : alternative entre une approche exhaustive du catalogue prosopographique, difficilement atteignable, pour que la base de données puisse être ré-utilisable pour d’autres enquêtes, ou d’une sélection de l’information biographique, au risque que le catalogue ne puisse servir qu’à l’étude dans le cadre de laquelle il a pris corps. Le choix de la publication en ligne engage au plus profond la réflexion autour des définitions de la prosopographie, et recoupe donc par conséquent les débats épistémologiques et les différences (réelles et constatées lors de l’atelier) de pratiques entre les chercheurs. Il a été relevé que le travail de création d’une base de données pouvait être sous-évalué par nos instances, alors même qu’il demande de l’énergie, une coopération accrue entre les chercheurs et entre les disciplines : il est parfois assimilé à un seul travail technique, alors qu’il entre en plein dans le projet des humanités numériques3, i.e. qu’il requiert un ensemble de compétences propres à notre discipline et engage une analyse d’abord qualitative de nos sources et de nos traditions historiographiques. La dimension technique, qui existe bel et bien, nécessite la collaboration avec des informaticiens, mais l’on aura tout à gagner à travailler de façon réellement pluridisciplinaire avec un ingénieur informatique intéressé par la dimension qualitative du projet. A été posée également la question de la faisabilité de ces projets de bases de données : lourdeur de la tâche, définition du projet lui-même, pérennité et mises à jour…

4) Prise en compte de la nature du corpus documentaire dans l’élaboration du travail prosopographique : pour certaines périodes, le recours à la prosopographie a été pensé comme un palliatif à l’absence de sources littéraires (cf. Mommsen pour la PIR, tradition de la prosopographie grecque), alors que pour d’autres il accompagne la traduction de ces sources littéraires (Antiquité tardive). Quoi qu’il en soit de la validité de cette adéquation à un type documentaire, il nous a semblé qu’il existait un lien fort entre édition de sources (littéraires, épigraphiques…) et travail prosopographique. Il nous est apparu que diverses questions pouvaient être posées sur le lien entre le support graphique (type de source, également type d’objet porteur du texte…) et prosopographie.

Au-delà des spécificités de chaque tradition (à très gros traits: plus grande réflexion épistémologique en prosopographie romaine, publication plus systématique des notices pour le monde grec, protocole plus unifié pour l’Antiquité tardive…), il nous a semblé que les convergences n’étaient pas artificielles. Par conséquent, nous avons décidé de créer un groupe de travail, pour le moment informel mais pour lequel nous pourrions envisager un cadre plus institutionnel. Nous souhaitons nous réunir une fois par an autour d’une thématique précise et transpériodique, qui permettra de dépasser le niveau de généralités auquel un premier état des lieux a forcément conduit. Il nous semble qu’il faudra entrer dans une démonstration plus approfondie de nos études tout en les rendant accessibles aux non spécialistes. La focalisation thématique y aidera.

Pour l’atelier de 2018, qui devrait se tenir à Nanterre, nous nous sommes fixé deux objectifs :

1) une rencontre scientifique autour de la question des sources, du lien entre l’établissement ou la traduction de sources et le travail prosopographique, entre la nature du corpus et le type de prosopographie auquel on a recours.

2) la mise en place d’un carnet de recherches hypothèses: son nom, sa configuration et ses porteurs/contributeurs. Le carnet doit permettre à la fois de rassembler de la bibliographie, de signaler les actualités des membres / du groupe de travail, de partager des questions scientifiques organisées selon différents item que nos rencontres bâtiront peu à peu (historiographie et «prosopographie des prosopographes » / Sources et construction de la population d’étude/ Publications et bases de données).

En attendant, nous pouvons créer une liste de diffusion sur Google, afin de partager les documents de l’atelier et d’organiser au mieux nos rencontres.

1 Ce qui nous distingue, sans nous opposer, du projet conduit dans le cadre du séminaire « La Prosopographie, objets et méthodes », organisé par le LARHRA, le LAMOP et les Archives nationales, http://prosopographie.hypotheses.org/ site consulté en mai 2017.
2 Robinson Baudry, Karine Karila-Cohen, Ivana Savalli-Lestrade, Gabrielle Frija, Dominic Moreau, Nathalie Verpeaux.
3 Manifeste des Humanités numériques, Pierre Mounier, « Manifeste des Digital Humanities », Journal des anthropologues [En ligne], 122-123 | 2010, mis en ligne le 01 décembre 2012, consulté le 22 mai 2017. URL : http://jda.revues.org/3652 : « Les digital humanities concernent l’ensemble des sciences humaines et sociales, des arts et des lettres. Elles ne font pas table rase du passé. Elles s’appuient, au contraire, sur l’ensemble des paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à ces disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du numérique ».

 

Source : Academia.edu

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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