Appel à contribution – IMAGOPAPAE

L’Université de Liège,
l’Unité de recherches Transitions. Moyen Âge et première Modernité,
le Service d’Histoire de l’Art et Archéologie du Moyen Âge

ont le plaisir de vous annoncer le lancement de l’appel à contribution pour le colloque international – IMAGOPAPAE, organisé par Claudia D’ALBERTO (Chercheuse post-doc Marie Curie COFUND Liège Université), en collaboration avec :

Bibliotheca Hertziana (Rome)
Institut de recherche et d’histoire des textes (Paris)
Musée de la Boverie (Liège)
Musée du Petit Palais d’Avignon
Società Internazionale per lo Studio del Medioevo Latino (Florence)
Università degli Studi di Ferrara

Cette manifestation se tiendra à Liège (Musée de la Boverie et Université de Liège) du 20 au 22 juin 2018.

La date limite de candidature est fixée au 4 décembre 2017.

Imagopapae2018_logo.jpg

 

Le congrès est consacré à la gure du pape entre passé et présent.

Le pape est l’évêque de Rome, le vicarius Christi, le successeur du prince des apôtres, le serviteur des serviteurs de Dieu, le souverain pontife de l’Eglise universelle, mais aussi le primat d’Italie et le souverain de la Cité du Vatican. Dans ces titres, énumérés par l’Annuaire ponti cal 2017, on trouve condensés les résultats d’années de ré exion (pas toujours paci ques) sur le rapport dialectique entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel.

Au travers des écrits, des images, des actes politiques et des gestes liturgiques, le pape, depuis le Moyen Age jusqu’à aujourd’hui, exprime le sens de sa mission terrestre qui, entre innovation et conservatisme, l’amène à être une personnalité politique et une autorité religieuse sans équivalent dans d’autres religions.

La situation actuelle est extraordinaire : deux papes coexistent, l’un émérite, qui abdiqua en 2013, et l’autre encore en charge. En 2013, la renonciation de Benoît XVI fut la première abdication papale de l’histoire contemporaine, plus de sept cents ans après la plus célèbre des abdications médiévales – celle de Célestin V en 1294. Nous avons aussi été témoins de la canonisation de deux papes (Jean XXIII et Jean Paul II, 2014) et de la promulgation de deux jubilés (le jubilé ordinaire de 2000, et un jubilé extraordinaire en 2015 sous le signe de la Miséricorde). Les sciences humaines sont appelées à essayer d’expliquer le sens de ces événements qui, sinon, pourraient être perçus comme des inventions contemporaines.

Privilégiant l’approche multidisciplinaire, le colloque comptera trois sessions, la première relevant de l’histoire de l’art (photographie comprise !) et de la critique cinématographique et théâtrale.

L’histoire de l’art est la discipline qui, à l’origine, inspira l’idée du colloque. C’est la raison pour laquelle elle jouera un rôle central dans le programme de la manifestation. Les communications relevant de l’histoire de l’art pourront cibler aussi bien le Moyen Age que les époques moderne et contemporaine. Ces communications auront pour objet l’iconographie du pape, qu’il s’agisse d’images idéales ou diffamatoires, historiques ou imaginaires.
On donnera la préférence à des propositions privilégiant la confrontation des images avec ce que l’on sait par ailleurs des papes médiévaux et en particulier des papes français d’Avignon (1308-1378), qui, pour la première et la seule fois de l’histoire, ont mis en question le rapport à Rome, en essayant de se libérer de sa suprématie.

Des représentations canoniques dans les absides des basiliques romaines aux portraits modernes, en passant par le buste de Boniface VIII (sculpté par Arnolfo di Cambio avant la mort du pape) et les Vaticinia Ponti cum, on s’interrogera sur le rapport à la Contemporanéité – à l’instar de ce qu’a fait Francis Bacon, par exemple, en questionnant, par les moyens de la peinture, l’œuvre de Diego Vélasquez représentant Innocent X (Rome, Galerie Doria- Pamphilj, 1650).

On s’intéressera aussi au vêtement ponti cal et à la paramentique, véhicules de la plenitudo potestatis à laquelle prétend le pape pendant le Moyen Age. Notons à ce sujet que la tiare à trois couronnes, portée par les papes au cours d’occasions solennelles jusqu’en 1963, est une invention de la papauté d’Avignon. Ce couvre-chef papal qui, à partir de Clément VI (1342-1352), remplace la tiare-diadème (symbole de la souveraineté sacerdotale) et le triregnum bonifacien, exprime le pouvoir temporel du pape de façon très théocratique. Pourquoi la tiare à trois couronnes a-t-elle été inventée après le ponti cat de Boniface VIII ? Pour quelles raisons est- elle utilisée pendant tout le Schisme d’Occident aussi bien par le pape que par l’anti-pape ? Et pour quelles raisons est-elle portée jusqu’à l’époque contemporaine ? Ces sont des questions qui doivent encore être élucidées.

Au même niveau que l’histoire de l’art, la critique cinématographique sera une discipline-clef du colloque en considération du fait que, depuis quelques années, certains réalisateurs italiens mènent une intéressante ré exion sur la nature humaine du pape. On pense notamment à Habemus Papam de Nanni Moretti (2011), qui a presque prédit l’abdication de Benoît XVI, en racontant la fragilité d’un pape français qui choisit d’échapper à la charge de sa mission. On pense aussi à la série télévisée The Young Pope, écrite et réalisée par Paolo Sorrentino (2016), qui raconte la dif culté du Pape Pie XIII à apparaître en public et à faire reproduire son image, « parce que son image n’existe pas !».
La deuxième session consistera en des communications dans les domaines de la littérature, de la philosophie et de la théologie.

Le pape peut être l’auteur, le destinataire ou tout simplement le protagoniste des écrits qui, du Moyen Âge à l’époque contemporaine, décrivent son rôle à l’intérieur et à l’extérieur de la curie. Des contributions centrées sur l’analyse des écrits qui ont concouru à soutenir la politique d’autoreprésentation du pape d’hier et d’aujourd’hui sont attendues avec impatience.

De la même façon, des propositions visant à mieux comprendre la production littéraire diffamatoire sont souhaitées. Nous serions heureux que soient traitées des questions jusqu’à aujourd’hui peu étudiées, comme celle de la relation entre certains écrits diffamatoires d’écrivains et de poètes du XIVe siècle, et certains livres de journalistes vaticanistes contemporains. Nous pensons par exemple aux Epistolae metricae de Pétrarque (1331-1361) qui accusaient d’hérésie le pape d’Avignon, coupable d’avoir abandonné le siège naturel de la papauté, et à Sua Santità. Le carte segrete di Benedetto XVI, publié par Gianluigi Nuzzi en 2012, lequel est, avec d’autres auteurs, à l’origine des ‘scandales Vatileaks’.

La théologie sera aussi un domaine de ré exion expérimental. L’étude des Cause de canonisation dans une perspective comparative pourrait donner lieu à des résultats critiques intéressants. La comparaison entre le processus de canonisation contemporain pro gratia et les processus de canonisation stratégiques du Moyen Age mériterait d’être faite. Pour rappel, le processus de canonisation pro gratia est une invention contemporaine utilisée par les papes Jean Paul II (pour le martyr chinois Augustin Zhao Rong et ses cent dix-neuf compagnons) et François (pour Jean XXIII). Quant aux processus de canonisation stratégiques du Moyen Age, on peut penser, entre autres, à celui dont pro ta Thomas d’Aquin, promu par Jean XXII (1323) parce que, selon le théologien dominicain, les deux pouvoirs fondamentaux sont réunis dans la personne du pape.
La dernière session sera réservée aux communications dans les domaines de l’histoire, du droit et de la politique. Le pape devra ici être considéré comme une gure politique à analyser par rapport aux pouvoirs exercés, toujours dans une perspective comparative.

De cette façon, nous devrions être en mesure de comprendre que, par exemple, quand le pape François écrit l’encyclique Laudato si’ (2015), quali ée à juste titre d’écologiste par les médias et par les organisations internationales de l’environnement les plus importantes (Greenpeace et WWF…), il s’inscrit, comme l’a remarqué Agostino Paravicini Bagliani dans son dernier livre Il bestiario del papa (2016), dans une tradition antique ininterrompue qui combine les animaux et les pontifes dans une relation symbolique et métaphorique exprimant une grande variété de messages.

Les animaux racontent l’af rmation symbolique de la papauté dans son développement historique et institutionnel où ils sont des outils de critique et de délégitimation du pape et de l’Église. Au cours des XIVe et XVe siècles, le pape-dragon, par exemple, est utilisé dans un esprit polémiste et réformateur de l’Église ; par contre, à partir du XVIe siècle et jusqu’au début du XVIIe, le pape-dragon assume, en se rattachant à une tradition du haut Moyen Âge, une fonction de protection pas seulement de la ville de Rome mais aussi de l’Eglise universelle.

Ainsi le colloque se propose-t-il d’explorer les différents visages du pape, en encourageant l’adoption de perspectives innovantes et le développement d’études interculturelles.

Parallèlement au colloque, une exposition sur l’image de Rome dans les arts est organisée par le musée La Boverie en collaboration avec le Louvre.

Source : Transitions – Université de Liège

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
Cet article a été publié dans Appel à contributions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.