Colloque – Moyen Âge en émoi

Neuvièmes journées internationales d’études médiévales des Jeunes Chercheurs Médiévistes de l’Université de Genève & de la Conférence universitaire de Suisse occidentale
4-5 mars 2019

Loin d’être un sujet d’enquête des seuls médiévistes contemporains, la composante émotionnelle était déjà au cœur des préoccupations de l’homme médiéval. Que l’on considère le domaine de la théologie, celui de la littérature religieuse ou profane, les sources relatant la vie politique ou encore la production artistique, l’implication des émotions n’est étrangère à aucun de ces secteurs de la médiévistique.

Depuis une vingtaine d’années, l’intérêt porté à ce champ d’études a également suscité une littérature conséquente pour la période médiévale. Rappelons la parution de plusieurs ouvrages d’importance en 2015, du fait notamment de Barbara Rosenwein ou encore de Damien Boquet et de Piroska Nagy.

Les angles d’approche des émotions sont aussi variés que les études fournies à leur propos. La lexicographie permet d’aborder l’émotion médiévale de manière tout à fait pertinente: la variété terminologique convoquée par les auctoritates antiques et chrétiennes est représentative de la difficulté toute actuelle à définir ce concept. Toujours dans une perspective définitoire, la question de l’orientation morale de l’émotion constitue un passage obligé pour l’appréhender, aussi bien à sa naissance – la notion d’intention la présidant s’avère en ce sens essentielle – que dans ses manifestations – qu’elles soient corporelles ou verbales. Sous l’influence des philosophes de l’Antiquité ou des Pères de l’Église s’élabore en effet un véritable code de savoir-vivre émotionnel dicté par un important souci de gestion de soi, indispensable à la valorisation de l’affect. À cette réflexion se superpose d’emblée celle qu’induit la perception des mouvements de l’âme, directement associée à leurs signes visibles, seule voie d’accès possible à l’intériorité.

En outre, l’étude des manifestations conduit à considérer les multiples enjeux de la maîtrise des émotions, la frontière entre contrôle de soi et performance en soi s’avérant parfois bien mince. Le Moyen Âge fut en ce sens riche en rituels et mises en scène émotionnels, particulièrement dans des contextes politiques ou religieux. La prédication constitue à elle seule un champ d’analyse propice à la dynamique performative. Dans les textes, cette volonté s’exprime à travers différentes stratégies discursives mobilisées, qui visent à exacerber ou au contraire à atténuer la sensibilité du public. L’image religieuse revêt également une importance particulière puisqu’elle se doit de toucher le fidèle, suscitant notamment en lui de la componction. La dimension affective de la piété médiévale amène donc à considérer l’image de dévotion en tant que déclencheur d’émotion. Enfin, les procédures judiciaires constituent une piste de réflexion intéressante pour saisir les stratégies permettant de moduler la vérité. Dans la continuité, l’émotion orientée offre également une ouverture contemporaine vers son recours dans le discours scientifique actuel, en ce qu’elle peut servir de levier au débat.

Le caractère immatériel de l’émotion constitue un défi pour les médiévistes : cette rencontre propose aux jeunes chercheurs venus de différents horizons disciplinaires de le relever, en explorant les outils et les ressources de ce champ de la recherche en pleine efflorescence.

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Programme :

Lundi 4 mars 2019

09h Accueil des participants

SESSION I : INTRODUCTION

09h30 Présentation des Journées par les organisatrices
09h45 Conférence inaugurale : Damien Boquet (Aix-Marseille Université) Piroska Nagy (Université du Québec à Montréal) – L’émotion, du discours à l’histoire sociale
11h30 Pause

SESSION II : ÉMOTIONS RÉDEMPTRICES
Modération par Floriane Goy

12h Claire Donnat-Aracil (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3) – Pour une lecture théologique des émotions. La joie et la regio dissimilitudinis dans les contes religieux du XIIIe siècle
12h40 Sarah Gouin-Béduneau (Université de Poitiers) – L’émotion romane créatrice d’images : le développement des cycles de l’Enfance du Christ dans la sculpture monumentale en France aux XIe-XIIe siècles
13h20 Repas de midi

SESSION III : CRISTALLISATIONS DES ÉMOTIONS
Modération par Alessandra Costa

15h Cyriane Rohner-Ouvry (Université de Strasbourg) : L’émotion et la dévotion dans le Lignum Vitae de Bonaventure et dans l’Albero della Vitae de Pacino di Bonaguida
15h40 Cécile Maruéjouls (Université de Poitiers) : Imaginer l’émotion : les enjeux de la componction du cœur à travers la vie de sainte Marie l’Égyptienne et ses images (XIIe – XVe siècle)
16h20 Léo-Paul Blaise (ENS de Lyon) : L’imagerie pieuse dans La Belle Hélène de Constantinople : nouveaux aspects de l’émotion épique

Mardi 5 mars 2019

09h Accueil des participants

SESSION IV : ÉMOTIONS IDENTITAIRES
Modération par Olivier Silberstein

09h30 Anne-Gaëlle Weber (Université du Québec à Montréal) – « Le bon, la brute et le barbare » : les émotions au service de la disquali cation du païen, dans l’hagiographie missionnaire carolingienne
10h10 Giuseppe Perta (Università per Stranieri Dante Alighieri di Reggio Calabria) – Le choc, la colère et le mépris. Al-Hakim aux yeux des chrétiens du onzième siècle
10h50 Pause

SESSION V : ÉMOTIONS PERFORMÉES
Modération par Pauline Quarroz

11h20 Alessandra Costa (Université de Genève) – Traduire l’expérience émotionnelle de la prédication en peinture ? Quelques ré exions autour du Portement de croix de Saint-Antoine de Ranvers (Turin)
12h Lucie Kaempfer (University of Oxford) – Traduire l’émotion dans les Lais Bretons
12h40 Marie-Emmanuelle Torres (Aix-Marseille Université) – Exulter avec modération. Des émotions liturgiques au monastère byzantin ?
13h20 Repas de midi

SESSION VI : MÉCANIQUES DES ÉMOTIONS
Modération par Aude Sartenar

15h Gavino Scala (Università degli studi di Siena – Universität Zürich) – Princes et émotions : quelques remarques philologiques, linguistiques
et interprétatives sur les movemenz de courage dans la première traduction française du De regimine principum
15h40 Camille Carnaille et Vincent Deluz (Université de Genève) – L’orloge amoureus de Jean Froissart : quand la mécanique se met au service de l’art d’aimer
16h20 Conclusion et verrée de clôture

Informations pratiques :

Lundi 4 et mardi 5 mars 2019
UNIGE – Battelle A

COMITÉ SCIENTIFIQUE :
Pauline QUARROZ (UNIFR)
Olivier SILBERSTEIN (UNINE)
Prof. Alexandrine SCHNIEWIND (UNIL)
ORGANISATION :
Camille CARNAILLE (UNIGE) Alessandra COSTA (UNIGE) Floriane GOY (UNIGE)
Aude SARTENAR (UNIGE)

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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