Appel à contribution – Visible et invisible. Journées d’études de Questes

Journées d’études de Questes

14 et 15 juin 2019

“Car aprés cel jour ne sera nus qui le roi Artu voie, se ce n’est en songe.”

La Mort le Roi Artu

L’étude du visible et de l’invisible au Moyen Âge n’est pas sans poser quelques difficultés. Le monde observable embrasse l’infiniment grand comme l’infiniment petit à tel point qu’il semble impossible de décrire voire d’analyser tout ce qui se présente à l’œil. À cette complexité de la perception sensorielle par l’oculus carnis s’ajoute, selon la perspective augustinienne, celle de la représentation figurée, issue de l’œil de l’âme, l’oculus rationis et celle de la vision sans image, pure intellection, de l’oculus contemplationis. Ces deux derniers types de vision permettent d’appréhender l’invisible.

La dialectique médiévale entre le visible et l’invisible constitue un sujet fécond. Les actes du colloque de Nanterre Visible, invisible rendent compte du processus allant de l’un à l’autre dans différents textes. L’ouvrage d’Olivier Boulnois Au-delà de l’image éclaire les aspects théologiques et historiques de la question. Le champ s’ouvre également à l’histoire sociale, à travers les recherches d’Edward P. Thompson sur la place des invisibles et celles de Geremek Bronislaw sur les marginaux dans la société médiévale. Les études de Patrick Boucheron et d’Elisabeth Crouzet-Pavan s’intéressent enfin plus particulièrement aux aspects de l’incarnation du pouvoir politique comme religieux dans l’espace public urbain.

Cette journée d’étude se propose de faire dialoguer historien.ne.s, littéraires et historien.ne.s de l’art afin de reconsidérer certains champs de recherche encore à approfondir, voire à découvrir.  Comment penser la valeur du visible : ne prend-il sens qu’en lien avec l’invisible ? Le visible est-il toujours signe d’autre chose ? Pourquoi ne pas s’intéresser à ce qui est rendu invisible dans le visible ?

Les études pourront s’organiser autour des trois axes qui rendent compte de la triplex visio chez Augustin :

  •  Oculus carnis. L’« œil de chair » permet de percevoir le sensible. Quels sont les discours (scientifiques, moraux, mais aussi cliniques) élaborés autour du sens primordial de la vue ? Comment décrire ce qui est vu et en dire la vérité ? Quelle importance textuelle et pragmatique accorde-t-on à la lumière ou encore à l’œil ? Qu’en est-il de la cécité ? Que signifie « ne pas voir » au Moyen Âge ? Les sens donnés à ce que l’on voit dépendent-ils des statuts sociaux ? Existe-t-il par exemple une vision laïque ou encore cléricale ? Comment comprendre et expliquer les marques de distinction sociale de certaines personnes ou communautés ?
  • Oculus rationis. La représentation permet de rendre visible l’invisible. En effet, la perception est la première étape d’une démarche interprétative qui fait intervenir les mentalités médiévales. Cette représentation, sa réalisation et son appréhension dépendent‑elles d’images préconçues ? Les représentations du roi donnent-elles à voir l’idée de royauté ou une personne de chair ? Comment alors représenter d’autres figures telles que les marginaux mais aussi les fous par exemple ? Si le personnage constitue un masque, reflète-t-il ou infléchit-il le réel ? Qu’en est-il de ces schémas de pensée en littérature ?
  • Oculus contemplationis. Se pose enfin la question d’une certaine remise en cause du schéma augustinien qui se définit par la volonté d’accéder à ce qui est au-delà de l’image : comment la notion de contemplation passe-t-elle d’un idéal d’absence d’image à une conception de la contemplation qui veut se donner un objet, quelque chose à voir ? Comment et dans quel but la fabrique des images dévoile-elle un concept, une théorie ou encore une idéologie ? Ce dévoilement recourt-il de manière préférentielle à l’allégorie ? La liturgie ou les visions extatiques usent-elles de procédés similaires ? Comment penser l’acte de référence ? Enfin, quel est l’intérêt de rendre visible une pensée ou encore un pouvoir ?

Ces quelques réflexions ne se présentent pas comme un cadre normatif fermé ; la remise en question évoquée du schéma augustinien à la fin du Moyen Âge invite notamment à prolonger la recherche hors de ce cadre. Nous serions heureux d’examiner des propositions qui justifieraient leur positionnement par rapport à nos réflexions, même en se situant a priori en marge des problématiques évoquées. De plus, nous examinerons avec attention toute proposition transversale qui aborderait plusieurs des questionnements mis en exergue ci‑dessus.

Les journées d’étude se dérouleront à la Sorbonne (6ème arrondissement), les 14 et 15 juin 2019. Les frais de transport et l’hébergement ne seront pas pris en charge, mais un hébergement chez des Questeurs pourra être proposé gratuitement. Les communications dureront 20 minutes.

Les propositions de communication seront limitées à 500 mots et devront être accompagnées d’un curriculum vitae. Elles peuvent être envoyées jusqu’au 1er mars 2019. Les langues de travail de ces journées d’études seront le français et l’anglais. La notification d’acceptation ou de refus de la proposition sera faite dans la deuxième quinzaine de mars. Les propositions de communication doivent être envoyées à j.etudes.questes2019@gmail.com

Comité d’organisation :

Camille BELLENGER, Sorbonne Université, ED “Concepts et Langages”, Aurore DENMAT-LEON, Sorbonne Université, Centre Roland Mousnier, ED “Mondes anciens et médiévaux”, Jérémy GILABERT, Sorbonne Université, Centre Roland Mousnier, ED “Mondes anciens et médiévaux”, Liam LEWIS, Université de Warwick, Royaume-Uni, Maïté SAUVÊTRE, Sorbonne Université, ED “Mondes anciens et médiévaux”.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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