Appel à contribution – Le personnage de la chanson de geste. Colloque de 2020 de la branche française de la société Rencesvals pour l’étude des épopées romanes

Université de Lorraine, campus Lettres et Sciences humaines, 23 boulevard Albert Ier Nancy, 12-14 mars 2020

Le colloque de 2020 de la branche française se penchera sur le personnage de la chanson de geste et tâchera d’y réfléchir comme à un objet critique à part entière : y a-t-il des personnages propres à la chanson de geste, sont-ils dessinés et fonctionnent-ils d’une manière suffisamment spécifique pour être distingués de la sorte, et dans quels termes peut-on décrire et commenter cette spécificité ?

Le colloque sera l’occasion de reprendre une partie des questions touchant au personnage épique, dans une perspective volontiers générale et théorique. Le traitement d’exemples particulièrement stimulants sera le bienvenu ; on n’aura garde cependant de procéder, au fil des communications, à une succession de portraits. Les présentations seront de préférence d’ordre comparatif ou synthétique, et destinées à éprouver ou renouveler le discours critique tenu habituellement sur la typologie du personnage de chanson de geste.

Les propositions de communication consisteront en un titre et un résumé d’environ 400 mots à faire parvenir pour le 30 juin 2019 à l’adresse suivante :
damien.de-carne@univ-lorraine.fr

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Les chercheurs intéressés par une intervention pourront s’inspirer des pistes suivantes, qui ne sont ni contraignantes ni exclusives.

• Le personnage de chanson de geste est un type, c’est un constat largement partagé. Cependant « typique » n’équivaut pas à « monolithique », comme le font croire parfois une réception simplifiée ou une dichotomie hâtivement opérée entre chanson de geste et roman. Derrière le caractère typique des actants épiques se manifestent des phénomènes de caractérisation, qui n’ont rien de tardif : dès l’origine, Roland est preux et Olivier est sage. On trouve aussi bien dans les chansons de geste (Renier/Girart, Vivien/Guillaume, Guillaume/Rainouart) que dans l’épopée extra-médiévale (Gilgamesh/Enkidu, Achille/Ulysse) des formes d’héroïsme largement différenciées. Cette caractérisation surmonte-t-elle la typicité fonctionnelle attribuée aux héros, alliés, adversaires sarrasins – « faute de quoi, on ne verrait s’agiter que des squelettes » (D. Boutet) ?

• Dans le temps de la diégèse, héros et ennemis n’ont pas toujours la fixité que suppose leur caractère typique ou que leur donneraient des schémas actantiels rigides. On pourra réfléchir à la façon dont leur construction et leur trajectoire en font des entités dynamiques, qui ne s’assimilent pas à un type immuable et donné une fois pour toutes.

• Sur un autre plan, le colloque sera le lieu de réfléchir à la diversité des visages déployée par l’intertextualité épique, qui forme, à l’échelle de la mémoire d’un lecteur- auditeur, des figures complexes et éventuellement contradictoires : ainsi de Charlemagne à la fois majestueux, accessible à la pitié, et à la fois mesquin, oublieux, ombrageux et jaloux ; d’un Roland au caractère variable d’une chanson à l’autre. Cette intertextualité traverse les genres (ou ce que nous reconnaissons aujourd’hui comme tels). On s’est demandé par le passé si tel guerrier maure n’était pas un prototype du chevalier courtois, si telle figure antique pouvait être un héros de chanson de geste ; les personnages prennent parfois une apparence toute différente dans la chanson et dans les textes historiographiques. De telles confrontations entre « matières » appliquées au personnel épique paraissent fécondes ; elles ne le sont pas moins dans l’autre sens – les romans, les fabliaux, l’historiographie, etc., empruntant aussi des traits de la chanson de geste pour brosser l’un ou l’autre de leur protagoniste.

• Car c’est aussi et fondamentalement de l’identité épique qu’il s’agit : quelle est l’implication poétique et générique de la manière de traiter les personnages ? Les héros, comparses et adversaires mis en scène dans les chansons de geste ressortissent-ils spécialement à ce genre? Qu’ont-ils d’« épique », et soutiennent-ils une identité générique propre aux chansons de geste ? Si cette identité est remise en question de loin en loin, on ne peut cependant y réfléchir sans évoquer les fonctions et la représentation des personnages campés par les récits épiques : les personnages n’assument-ils pas aussi des fonctions idéologiques, qui constituent probablement un critère d’identification du « genre » de la chanson de geste ?

• Il est difficile de séparer l’ensemble de ces questions de l’évolution historique de la chanson de geste elle-même sur le temps long du Moyen Âge. En se gardant de toute schématisation au sujet d’un genre « impur en son début même » (Fr. Suard) et plus plastique qu’on ne se le figure souvent, peut-on attribuer au devenir du genre des modifications clairement identifiables quant à la manière de camper ses personnages ? On a pu assigner au devenir plus ou moins tardif de la chanson de geste diverses modifications de la représentation des acteurs (combinaisons tonales, expression croissante de l’intérêt individuel, éloignement du rapport avec le sacré…). Quant au passage à la prose, qui annihile le « chant » de la « chanson » et paraît fondre le genre dans celui du roman, a-t-il mécaniquement abouti à un traitement différent du personnage, qui caractérise d’une autre ou d’une nouvelle façon les rôles, les fonctions, les simulacres d’individualité ?

• On n’oublie pas dans cette perspective la question de l’essaimage géographique : le passage du personnel épique à d’autres aires culturelles (réécritures franco-italiennes, ibériques…) et sa réappropriation par des communautés animées de valeurs différentes et d’usages d’écritures spécifiques paraissent imposer au caractère héroïque leur propre modalisation, qui reste en grande partie à étudier.

Pour le comité d’organisation (Sylvie Bazin, Damien de Carné, Florent Coste), Damien de Carné – Université de Lorraine, EA 1132 HisCAnt-MA

Source : Conjointures

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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