Appel à contribution – L’exil au Moyen Âge, entre tourment et plénitude / Exile in the Middle Ages: from Torment to Plenitude

Université Catholique de l’Ouest (UCO), Angers, France
Colloque international les 7 et 8 novembre 2019

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La simple évocation du terme « exil » suscite une myriade d’images et d’émotions vives : les populations juives déportées à Babylone sur les ordres de l’empereur Nabuchodonosor (586 av. JC) ; l’image du poète Ovide, isolé sur les rivages de Tomis, qui pleure les souffrances de la solitude dans son œuvre élégiaque, Trista ; ou, dans une autre veine, l’image paisible de saint Antoine le Grand (251-356), dit l’anachorète, menant une vie contemplative loin du tumulte de la société séculaire, dans le désert égyptien, lieu propice à la révélation divine. Depuis la nuit des temps, l’expérience de l’exil a ponctué l’histoire humaine, qu’elle soit une expulsion forcée ou un isolement volontaire. Nombreux sont ceux qui ont pleuré, assis « sur les bords des fleuves de Babylone, en se souvenant de Sion » (Psaume 137:1). Si l’exil s’inscrit dans la dialectique de l’éloignement du pays natal, les chemins menant à la condition d’exilé sont pourtant divers et variés. L’étymologie se révèle, à cet égard, fort pertinente en apportant un éclairage sur l’acception originelle du terme exil, liée à une terminologie juridique.

Sur le plan diachronique, exil doit en effet son origine à l’étymon latin exul, exsul « une personne bannie ; proscrite de sa patrie »1, un nom composé du préfixe ex “hors de », soulignant l’exclusion d’un point de départ, et de la racine proto-indo-européenne *al « errer, aller sans but, avancer »2. Dans cette perspective, exul évoque à la fois la notion d’expulsion et celle d’errance. Il n’est guère étonnant que l’exil soit devenu le terme juridique approprié pour désigner le bannissement punitif en droit romain. L’exercice du pouvoir reposait ainsi sur l’exécution d’une sentence légitime, une peine jugée « bien méritée » pour avoir enfreint la loi. Toutefois, bien qu’une telle sentence épargnât la vie du coupable, la disgrâce de l’exil était vivement ressentie et souvent jugée pire que la peine capitale.

Certains penseurs, mis au ban de la société, ont su toutefois alléger la souffrance de l’exil en sublimant cette expérience tant redoutée en « une métonymie de la condition humaine »3, comme le souligne l’historienne Jennifer Speake. Dans Consolation à Helvia, le philosophe stoïcien Sénèque (4 av. J.-C.-65 ap. J.-C.), méditant sur l’universalité de l’exil et l’origine du vrai bonheur, déclare « [qu’] en ce monde on ne peut trouver aucune terre d’exil : puisque rien en ce monde n’est étranger aux hommes »4.

Si l’exil dans l’Antiquité revêtit maintes formes et fut souvent au cœur de la condition humaine, cela reste-t-il encore vrai à l’époque médiévale ? De quelle façon l’homme du Moyen Âge concevait-il la notion d’exil ? À une époque où se pose le “problème des universaux”, l’expérience humaine de l’exil pouvait-elle être considérée comme un sujet d’importance universelle ? La vision éthique de l’exil était-elle essentielle à l’équilibre de la société médiévale ? Dans le système juridique, le concept de l’exil avait-il évolué de manière significative depuis l’Antiquité ? Était-il encore considéré comme le pire châtiment qu’on puisse infliger à un être humain ? Dans la sphère religieuse, l’expérience de l’exil était-elle synonyme d’un simple déplacement contraint et forcé, ou d’un éloignement délibéré et intentionnel ? De quelle manière la littérature médiévale a-t-elle su explorer la condition de l’exil ? Comment reflète-t-elle les sentiments éprouvés par l’exclu, le anhaga en vieil anglais, « cet être solitaire, ce reclus »5 : le rejet, l’abandon, la dislocation, l’altérité, la solitude, l’aliénation, la nostalgie ou le désir ardent du retour au pays ? Pour celui qui vivait en dehors des limites de la communauté, l’exil était-il une métaphore d’un asservissement psychologique ? Ou, au contraire, représentait-il un havre de paix où l’écrivain exilé pouvait pleinement se réaliser ? Dans cette veine, est-il possible de penser l’exil comme étant la condition absolue de la liberté, ou tout du moins d’une liberté utopique, pour l’homme déraciné ?

Ce colloque a pour objectif de définir les divers aspects du concept de l’exil au Moyen Âge – exil réel ou exil métaphorique – à travers les prismes du droit, de l’histoire, de la littérature, et de la linguistique. Ce colloque constituera une première approche paradigmatique d’un sujet assez peu exploré, tout du moins dans la sphère des études médiévales. Divers axes de recherche pourront être envisagés. Les propositions dans les domaines suivants (et/ou dans une perspective interdisciplinaire) seront les bienvenues : littérature française et anglaise, littérature comparée, narratologie, linguistique, traduction, études culturelles, histoire, religion, philosophie. Les communications proposées pourront être de nature théorique, descriptive ou empirique (essais, synthèses, études de cas, études comparées).

Les communications (en français ou en anglais) d’une durée de 30 minutes seront suivies d’un échange de questions-réponses. Les propositions de communications, de 500 mots maximum, accompagnées d’un titre et d’une courte biobibliographie de l’auteur, sont à envoyer avant le 20 juillet 2019, aux deux adresses suivantes: MoyenAgeExil2019UCO@gmail.com et carole.bauguion@uco.fr

Exile in the Middle Ages: from Torment to Plenitude

The mere mention of the term “exile” conjures up a myriad of vivid images and emotions : the Jewish tribes deported to Babylon by order of Emperor Nebuchadnezzar (586 BC); the image of the poet Ovid, isolated on the shores of Tomis, complaining about the distress of solitude in the elegiac couplets of his Tristia; or, in a different vein, the peaceful image of St Anthony the Great (251-356), alias the Anchorite, leading a contemplative life far from the bustle of secular society, in the Egyptian desert, a most propitious place for divine revelation. Human history has been punctuated by the experience of exile since the dawn of time, be it forced expulsion or voluntary isolation. Many are those who “by the rivers of Babylon […] sat down and wept when [they] remembered Zion” (Psalm 137:1). If exile lies in the dialectics of estrangement from one’s native land, the paths to exile are nevertheless manifold and multifaceted. In this respect, the etymology is rather telling as it sheds light on the original meaning of the term exile pertaining to the law lexicon.

Diachronically, exile stems from the Latin exul, exsul “a banished person; one driven from his native land”1, a compound noun formed from the prefix ex- “out”, denoting a removal from a starting point, and a stem probably deriving from the Proto-Indo-European root *al “to wander, to go”2. In this perspective, exul conveys the dual notions of expelling and wandering. It is little wonder that exile became the appropriate legal term for punitive banishment in Roman law. Thus, the exercise of power rested on the enforcement of a legitimate sentence, considered as a well- deserved penalty for breaking the law. Although such a sentence spared the culprit’s life, the disgrace of exile was acutely felt and often deemed worse than capital punishment.

However, some philosophers banished from society managed to lessen the suffering of exile by sublimating so dreaded an experience into “a metonymy for the human condition”3, as the historian Jennifer Speake points out. In his Consolation to Helvia, the Stoic philosopher Seneca (4 BC-65 CE), meditating on the sources of true happiness and the universality of exile, declared: “inside the world there can be found no place of exile: for nothing that is inside the world is foreign to mankind”4.

If exile in ancient times took many different forms and was often at the heart of the human condition, how far did that remain true in medieval times? How did people in the Middle Ages conceive of the notion of exile? At a time when the “problem of universals” arose, could the human experience of exile be viewed as a subject of universal significance? Was the ethical vision of exile central to the stability of medieval society? Had the concept of exile changed significantly in the legal system since ancient times? Was it still perceived as the worst punishment that could be inflicted on a human being? In the religious sphere, was the experience of exile equated with a mere displacement under duress, or a deliberate, intentional estrangement? How did medieval literature
explore the exilic condition? How did the literature of exile mirror the feelings of the outcast, like the Old English anhaga, this “solitary being, recluse”5: rejection, abandonment, dislocation, otherness, loneliness, alienation, nostalgia or the yearning for homecoming? For an individual who lived outside the bounds of the community was exile a metaphor for psychological bondage? Or, in contrast, was it perceived as a haven of peace in which the exiled writer could completely fulfil his potential? In that vein, is it possible to think of exile as an absolute condition of freedom, or at least utopian freedom, for the uprooted man?

The colloquium aims to delineate the multifaceted aspects of the concept of exile in the Middle Ages – real or metaphorical exile – through the prisms of law, history, literature, and linguistics. This colloquium will offer a preliminary paradigmatic approach to a relatively unexplored territory, at least in the sphere of medieval studies. Various lines of research are therefore possible. Proposals in the following areas (and/or in interdisciplinary perspectives) are welcome: English and French literature, comparative literature, narratology, linguistics, translation, cultural studies, history, religion, and philosophy. The proposed papers may be of a theoretical, descriptive or empirical nature (essays, syntheses, case studies, comparative studies).

The format of the colloquium will consist of thirty-minute papers followed by discussion. Proposals should include an abstract (no more than 500 words) specifying the title of the paper, and a short biography of the author. Proposals must be sent by 20 July 2019 to both of the following addresses: MoyenAgeExil2019UCO@gmail.com and carole.bauguion@uco.fr

(1) Félix Gaffiot, Dictionnaire Latin Français (1934), Paris : Hachette, 1995, p. 639.
(2) Joseph T. Shipley, The Origins of English Words. A Discursive Dictionary of Indo-European Roots, London: London University Press, 2nd edition, 1984, p. 6.
(3) Jennifer Speake, Literature of Travel and Exploration: A to F, London, New York: Fitzroy Dearborn, 2003, p. 416.
(4) Lucius Anneaeus Seneca, Moral Essays: Vol.2, translated by John W. Basore, Cambridge (Mass.): Harvard University Press, 1990, Book XII – On Consolation to Helvia, p. 441.
(5) J.R. Clark Hall, A Concise Anglo-Saxon Dictionary (1894), Toronto, Buffalo, London: University of Toronto Press, 1991, p. 22.

Comité scientifique / Scientific Committee:
– Leo Carruthers, professeur émérite d’études médiévales anglaises, Sorbonne Université – Stephen Morrison, professeur émérite des universités, Université de Poitiers
– Elisabeth Pinto-Mathieu, professeur de langue et littératures médiévales, Université d’Angers, et Directrice du CIRPaLL (Centre Interdisciplinaire de Recherche sur les Patrimoines en Lettres et Langues)
– Claire Vial, maître de conférences, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3
– Martine Yvernault, professeur émérite des universités, Université de Limoges
– Carole Bauguion, maître de conférences, UCO, Angers

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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