Publication – « Le discret langage du pouvoir. Les mentions de chancellerie du Moyen Âge au XVIIe siècle », éd. Olivier Canteaut

Pour faire face à une production d’écrits toujours croissante, les chancelleries et les services administratifs médiévaux et modernes ont pris l’habitude d’apposer sur leurs actes des notes destinées à faciliter et à contrôler le déroulement de leur travail. Qualifiées par les historiens de « mentions de chancellerie » ou de « mentions hors teneur », ces notes sont souvent discrètes, cantonnées aux marges des actes, voire cachées lors du scellage ; très brèves, parfois sibyllines, elles peuvent de surcroît être cryptées. Autant de caractéristiques qui ont freiné leur étude, alors même qu’elles incarnent une technique scripturaire essentielle pour les chancelleries. En menant une analyse comparée à l’échelle de l’Occident, le présent ouvrage entend restituer leur rôle dans toute sa complexité. Sont ici examinées les modalités de leur utilisation par divers bureaux d’écriture, en particulier leur mise en forme textuelle et visuelle. Cet examen met en lumière de fréquentes imitations d’une chancellerie à l’autre, qui assurent le succès de cette technique auprès de multiples administrations à travers l’Europe. Cette étude de la diffusion des mentions s’accompagne enfin d’une réflexion sur leur réception par les destinataires des actes qui les portent : conduits à s’interroger sur le sens et l’utilité de ces notes, leurs lecteurs sont bien souvent contraints d’adopter les cadres de pensée des administrations émettrices, ce qui contribue à leur intégration dans les États de la fin du Moyen Âge et de la première modernité. Simultanément, ces mentions étayent l’efficacité des actes où elles sont apposées, contribuant ainsi à légitimer ces écrits et les autorités qui les ont produits. Pour toutes ces raisons, elles sont au cœur d’enjeux juridiques et politiques majeurs.

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Table des matières :

Introduction

Olivier Canteaut : « Mentions de chancellerie, mentions hors teneur, ou la diplomatique dans les marges »

Les chancelleries souveraines

Philippe Depreux : « Les mentions hors teneur des diplômes de rois et empereurs aux temps carolingiens, entre notes à l’usage des notaires et instruments de communication politique »
Nicholas Vincent : « Marks and notations in English royal charters, 1154-1272 »
Olivier Canteaut : « Les mentions de chancellerie sur la scène de l’acte royal (France et Angleterre, XIIIe-XVe siècle) »

La chancellerie pontificale et ses avatars

Patrick Zutshi et Peter Linehan : « Found in a corner : the activity of proctors in the papal chancery in the first half of the thirteenth century »
Pierre Jugie : « Les mentions hors teneur dans les minutes de lettres secrètes et curiales du pape Innocent VI (1352-1362) : un chantier en cours »
Armand Jamme : « Contrôle, personnalisation et survalidation. Les mentions hors teneur dans la correspondance des vicaires généraux du pape en Italie »

Les juridictions locales : l’exemple français

Olivier Guyotjeannin : « Premiers dévoilements ? Les mentions hors teneur dans les lettres d’officialité (Paris, XIIIe siècle) »
Caroline Bourlet, Isabelle Bretthauer et Julie Claustre : « Les mentions de chancellerie dans l’organisation du travail des notaires du châtelet de Paris : formes et usages (XIIIe-XVe siècle) »

Les chancelleries princières, entre modèles royaux et expériences locales

Valeria Van Camp : « L’apparition des mentions hors teneur sur les chartes des comtes de Hainaut (vers 1320-1360) »
Julia Hörmann-Thurn und Taxis : « The role of chancery notes in chancery administrations. The case of the Bavarian and Tyrolean chanceries during the reign of Louis of Brandenburg (1342-1361) »
Anne Lemonde : « Norme et mentions de chancellerie. Les prescriptions législatives du dauphin Humbert II (1340, 1344) »
Claude Jeay : « Signer en chancelleries : influences, mimétisme et transmission (France, vers 1350-1422) »
Alexandra Beauchamp : « Les mentions de la chancellerie de l’infant Jean d’Aragon jusqu’à son accès au trône (1361-1386) : implication du prince dans la gestion de ses affaires et traçabilité du travail en chancellerie »
Isabella Lazzarini : « L’ordre interne des textes : les mentions de chancellerie dans les registres princiers italiens (XIVe-XVe siècles) »

Devenirs modernes

Francesco Senatore : « Les mentions hors teneur dans les actes du royaume aragonais de Naples (1458-1501) »
Jean-Marie Cauchies : « Les mentions hors teneur à la chancellerie princière des Pays-Bas bourguignons (milieu du XVe-milieu du XVIe siècle) : des contrôles en cascade »
Nicolas Simon : « La décision politique en action de Charles Quint à Philippe IV : les mentions de service hors teneur dans les actes princiers des Pays-Bas espagnols (ca 1535-ca 1633) »
Solène de La Forest d’Armaillé : « De l’art de faire croire aux actes royaux. L’historien face aux mentions hors teneur de la première modernité »
Roseline Claerr : « Les mentions de chancellerie à l’époque moderne, entre tradition et innovation. L’exemple des actes de Henri II (1547-1559) »

Conclusion – Jean-Philippe Genet

Informations pratiques :

Le discret langage du pouvoir. Les mentions de chancellerie du Moyen Âge au XVIIe siècle, éd. Olivier Canteaut, Paris, École nationale des chartes, 2019. 710 pages. ISBN : 978-2-35723-144-3. prix : 56 euros.

Source : École nationale des Chartes

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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