In memoriam Céline Van Hoorebeeck (1974-2020)

C’est dans les derniers jours de 2020 que Céline Van Hoorebeeck est partie sur la pointe des pieds, suscitant incrédulité et stupeur. Historienne du livre brillante, elle était devenue une figure incontournable de la production manuscrite dans les anciens Pays-Bas à la fin du Moyen Âge. Plusieurs contributions significatives, ainsi que la direction partagée d’actes de colloques et d’ouvrages de synthèse lui ont rapidement fourni l’occasion d’être reconnue comme spécialiste en la matière. C’est surtout sa thèse, défendue en 2007 et publiée en 2014 sous le titre Livres et lectures des fonctionnaires des ducs de Bourgogne (ca 1420-1520), qui témoigne des hautes qualités méthodologiques et analytiques déployées par Céline Van Hoorebeeck ; l’ouvrage, à n’en pas douter, est désormais une référence pour toute recherche sur ce « réseau du livre » dans l’espace bourguignon.

Attachée au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique à partir de 1997, elle devait contribuer à y œuvrer, avec professionnalisme et passion, aux divers développements que la « Librairie des ducs de Bourgogne » a connus ces dernières années, que ce soit en collaborant avec l’équipe en place pour la mise sur pied de prestigieuses expositions – citons seulement Miniatures flamandes, 1404-1482 et son magnifique catalogue, réalisés en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France (2011-2012) –, en codirigeant, avec Bernard Bousmanne et Tania Van Hemelryck, le précieux inventaire descriptif de chacun de ses manuscrits via la collection La Librairie des ducs de Bourgogne (5 vol. parus à ce jour) et, in fine, en prêtant son expertise comme membre du Comité scientifique qui a présidé à la création du KBR Museum, dont les portes venaient de s’ouvrir en septembre dernier.

Depuis 2010, Céline Van Hoorebeeck avait rejoint l’Université de Namur en tant que conservatrice de la Réserve précieuse de la Bibliothèque universitaire Moretus Plantin, puis comme responsable de la Cellule « Patrimoine culturel de l’UNamur ». Elle contribua notamment à la mise en place d’une seconde réserve précieuse, destinée à recevoir les fonds de l’ancien Centre de Documentation et de Recherche Religieuses (CDRR), et facilita l’accueil de collections prestigieuses consacrées au Prince de Ligne.

Si, entre 2014 et 2019, elle avait assuré la présidence du groupe de contact FNRS « Documents rares et précieux », Céline Van Hoorebeeck avait auparavant (2004-2010) intégré le Comité organisateur du RMBLF. Il faut rappeler que, jeune chercheuse alors, elle avait déjà pris part à certaines journées d’études du Réseau des médiévistes qui avait vu le jour à l’automne 1998, que ce soit au titre de simple auditrice ou d’oratrice occasionnelle.

Celles et ceux qui ont connu Céline et partagé avec elle de stimulants échanges autour du livre à l’époque bourguignonne se souviennent de son esprit vif, de sa faculté à s’interroger, à douter des « acquits », à mettre le doigt sur des détails interpellants. Mais, au-delà de ses indéniables compétences scientifiques, Céline pouvait surtout faire montre de belles qualités du cœur où une réelle empathie et une écoute chaleureuse pour l’autre le disputaient à une amitié droite et fidèle. Dans un cas comme dans l’autre, Céline Van Hoorebeeck aurait encore eu beaucoup à nous apporter.

Gilles Docquier

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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