Université de Saragosse, 1e-3 juin 2026
Carnet hypothèse du programme : https://ecomed.hypotheses.org
Résumé à mi-parcours : https://anr.fr/Projet-ANR-23-CE27-0026
Le WP3 (« Productions et marchés : intensifications et diversifications des ressources ») occupe une place nodale dans le programme Ecomed. Nourri en amont par les acquis du WP1 sur la typologie documentaire et par les premiers résultats du WP2 sur les contraintes socio-environnementales et démographiques, il s’agit désormais d’aller au cœur du projet : étudier la dynamique économique de la Méditerranée tardomédiévale à travers les transformations de la production, des échanges et de la consommation. Comment les hommes et les femmes des sociétés méditerranéennes (ré)agissent-ils économiquement face aux chocs de la fin du Moyen Âge ? Tandis que le WP2 a permis d’identifier les perturbations – instabilité climatique, peste, fluctuations du peuplement, recompositions de l’habitat –, le WP3 vise à montrer combien ces perturbations débouchent non sur une simple contraction, mais sur des arbitrages, des réorientations et des innovations touchant à la fois les systèmes agraires, les productions artisanales, les circuits marchands, les savoirs techniques et les pratiques de consommation. Il s’agit donc de replacer au centre de l’analyse les pratiques économiques concrètes des hommes et des femmes de la Méditerranée tardo-médiévale.
Cette centralité explique aussi le poids historiographique particulier attendu du WP3. Après des années fructueuses d’études sur l’agriculture, l’artisanat, le commerce ou la consommation, l’objectif est de proposer une lecture commune de la reconstruction économique méditerranéenne entre 1350 et 1500. La première thèse forte qui semble se dégager de l’ensemble des chapitres est que la période ne peut plus être pensée selon le seul paradigme du déclin, de la dépression post-peste ou de l’adaptation malthusienne. La deuxième thèse commune est celle d’une reconfiguration plutôt que d’un retour à l’équilibre antérieur. Les crises sont réelles, parfois profondes, mais elles n’interdisent ni des rebonds ni des intensifications. Après le reflux souvent violent de la seconde moitié du XIVe siècle, on ne reconstruit ni sur les mêmes bases ni partout de la même manière. Dans l’Occident latin comme dans d’autres régions méditerranéennes, des terres changent d’usage, les herbages gagnent sur les emblavures céréalières, l’élevage – transhumant ou en stabulation – progresse, tandis que l’organisation du peuplement, la gestion des communs et l’articulation entre agriculture et élevage se reconfigurent durablement. L’entretien, l’abandon ou la réorientation d’infrastructures essentielles – systèmes d’irrigation, moulins, bâtiments d’exploitation, équipements de transformation – participent eux aussi de cette recomposition matérielle des économies rurales. Dans le même temps, l’accès aux matières premières, leur transformation, l’organisation du travail, depuis l’essor du salariat jusqu’aux nouvelles formes de dépendance contractuelle ou de concentration entrepreneuriale, ainsi que la montée en gamme de certains artisanats modifient les filières productives. Les cultures se spécialisent, les productions se diversifient, les objets circulent davantage. Les besoins des grandes concentrations humaines en céréales intensifient les flux et en multiplient les orientations ; le commerce méditerranéen du grain en fournit l’exemple le plus net, mais des cultures de niche – plantes tinctoriales, huile, vin, sucre – et des biens artisanaux de plus en plus variés prennent eux aussi une place croissante dans les échanges. Cette intensification repose également sur de nouveaux instruments de calcul, d’information et de sécurisation des affaires – comptabilités, correspondances, crédit –, qui donnent aux circulations marchandes une densité inédite. Après la peste, les survivants connaissent parfois une amélioration sensible de leur condition matérielle, mais selon des degrés très inégaux : les consommations se diversifient à mesure qu’elles passent davantage par le marché, depuis l’accès quotidien aux subsistances jusqu’à la diffusion plus large de biens d’habillement, d’équipement ou d’ornement. Tarifs, manuels de marchands, registres notariés, inventaires après décès ou fouilles archéologiques donnent à voir cette densification des circulations, depuis les produits de première nécessité jusqu’aux objets de consommation plus raffinés. Les échanges internes au monde méditerranéen reposent en outre sur des réexportations de denrées venues de plus loin encore, tandis que l’évolution des routes et des circuits dépend tout autant des contraintes environnementales que des facteurs politiques et géopolitiques. En somme, la Méditerranée tardomédiévale ne connaît pas une reprise uniforme, mais des trajectoires contrastées de croissance, de stagnation ou de dépression, portées par des degrés d’intégration inégaux aux marchés.
Dans cette perspective, le workshop de Saragosse a une fonction décisive. Il doit permettre d’accorder les violons entre des chapitres dont la richesse est incontestable, mais dont les zones de contact sont nombreuses. Les risques de chevauchement sont bien identifiés : entre production artisanale, commercialisation et économie de la connaissance autour des questions d’innovation, d’entrepreneurs et de rationalisation ; entre commercialisation, réseaux et techniques marchandes autour des compagnies, des flux et des instruments de circulation ; entre production rurale, intégration des marchés et consommation autour des céréales, des produits de base, des famines et des disponibilités alimentaires. Ces questions transversales devront être explicitées et discutées collectivement. L’ambition du projet est de sortir de la juxtaposition de monographies régionales ou sectorielles pour produire une vision méditerranéenne synthétique et cohérente, sans renoncer aux nuances, aux asynchronies et aux singularités documentaires qui font la force scientifique du projet.
Programme :
Lundi 1er juin
10h30-11h :
Carlos LALIENA et Cédric QUERTIER
Mots d’accueil et bilan d’étape du programme ECOMED
11h-13h :
Laurent FELLER, Élise VOGUET
Les productions agricoles en Méditerranée
13h-15h : Repas
15h – 17h :
Didier BOISSEUIL, Mohamed OUERFELLI
Les productions artisanales et industrielles
17h – 17h15 : Pause
16h15-18h15 :
Sergio TOGNETTI, Giuseppe SECCHE
Les réseaux commerciaux
Mardi 2 juin
11h-13h :
Carlos LALIENA, Maria VIU FANDOS
L’économie de la connaissance dans le système mercantile
13h-15h : Repas
15h – 17h :
Juan VICENTE GARCIA MARCILLA et Judicaël PETROWISTE
Les dynamiques de la consommation : pratiques et produits
17h-17h15 : Pause
17h15-18h : Session de travail
Mercredi 3 juin
9h-11h30 :
Dominique VALERIAN, Lola LOPEZ RODRIGUEZ
L’intégration du marché méditerranéen (Méditerranée occidentale, Afrique du Nord, Orient, Byzance)
11h45-13h : Session de travail et perspectives
13h-15h : Repas







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