Marc Bloch fut avant tout un historien, un professeur et un chercheur, qui fit du Moyen Âge le principal terrain de ses enquêtes. Ses œuvres, livres et articles, témoignent à la fois de son immense curiosité et de puissantes convictions : l’histoire ne peut être que totale, entremêlant le social, le politique, le religieux, l’économique, la technique, le culturel… Elle ne peut être que sociale, se donnant pour objet de comprendre le fonctionnement des sociétés du passé dans leur globalité à partir des questions et des savoirs de notre temps, et éclairant en retour ce dernier. Elle est recherche de la vérité à travers la critique des témoignages, qui guide l’historien et éduque le citoyen. Elle invite à la lucidité et à l’émancipation.
Les membres du LaMOP ont réalisé dix capsules vidéos de 4 à 5 minutes traitant chacune d’un aspect de l’œuvre scientifique foisonnante de Marc Bloch.
Laurent Feller : De l’esclavage au servage. L’esclavage et le servage, conçus comme des statuts distincts mais en évolution, constituent un thème central dans la pensée de Marc Bloch qui en traite dans plusieurs de ses livres et de nombreux articles. Il y montre la complexité et les renouvellements des situations de contrainte par lesquelles du travail gratuit ou des redevances pouvaient être extorqués aux paysans.
Thomas Lienhard : Marc Bloch haut médiéviste. Parmi ses multiples centres d’intérêt, Marc Bloch s’est penché sur les premiers siècles du Moyen Âge, en particulier sur le phénomène des grandes migrations qui avaient accompagné la fin de l’empire romain d’Occident. En ce domaine, il a mis à profit sa connaissance de l’historiographie allemande, tout en tenant compte des résonances mémorielles de ce processus au XXe siècle, alors que les questions d’identité ethnique ou de violence militaire influençaient parfois les points de vue des historiens.
Marie Dejoux : Rois et serfs. Un chapitre d’histoire capétienne nous conduit au tout début de la carrière de Marc Bloch puisque l’ouvrage, publié en 1921, est son mémoire de doctorat. Au centre de ce livre figure déjà l’étude de la société rurale médiévale, ainsi qu’une thèse forte : les rois capétiens n’ont pas affranchi leurs serfs par charité chrétienne, mais par intérêt financier.
Olivier Matteoni : Les rois thaumaturges. Les rois thaumaturges, qui paraît en 1924, étudie le toucher royal que les souverains de France et d’Angleterre exerçaient et auquel était attaché le pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles. L’ouvrage, qui montre combien ce rite participait à la sacralisation du pouvoir royal, vaut par sa méthode qui donne à Marc Bloch le statut de « père de l’anthropologie historique ».
Bastien Paulin Verdier : La Vie d’outre-tombe du roi Salomon. Dans La Vie d’outre-tombe du roi Salomon, un article profondément original paru en 1925, Marc Bloch entreprend de décoder deux légendes médiévales entourant le roi Salomon. Réputé sage, ce roi d’Israël aurait pourtant été damné par Dieu. Prenant ces légendes au sérieux, l’historien mobilise la littérature, les sources théologiques et l’histoire de l’art pour comprendre le sens et les nuances des perceptions médiévales de ce roi de l’Ancien Testament.
Didier Panfili : Les caractères originaux de l’histoire rurale française. Dans Les caractères originaux de l’histoire rurale française, publiés en 1931, Marc Bloch analyse les paysages des campagnes et innove fortement en utilisant la méthode régressive, une documentation non limitée aux seuls textes (plans anciens, archéologie, toponymie, etc.) et le comparatisme.
Florian Mazel : La société féodale. La Société féodale, dernier livre paru du vivant de Marc Bloch, en deux volumes, en 1939-1940, apparaît comme l’œuvre de toute une vie. Ouvrage de synthèse sur l’Europe latine aux siècles centraux du Moyen Âge, il expérimente le dialogue entre histoire et sociologie que Bloch appelait de ses vœux, en analysant une structure sociale dans toute sa complexité, sans négliger ses dynamiques chronologiques ni ses tensions internes.
Joseph Morsel et Nicolas Perreaux : L’étrange défaite, un regard de médiévistes. L’étrange défaite, écrit en 1940, en partie mis en forme en 1942 et publié après l’assassinat de Marc Bloch, analyse les raisons de la défaite française face aux armées allemandes. Bien qu’il se penche sur un événement contemporain, ce texte conduit au cœur de la méthode historique que Marc Bloch a développée en tant que médiéviste, combinant l’étude des structures matérielles et intellectuelles, l’observation empirique et l’analyse structurelle, l’histoire et les sciences sociales.
Fanny Madeline : Marc Bloch et l’histoire de l’Angleterre. Marc Bloch s’est très tôt intéressé à l’histoire médiévale anglaise et dans des domaines aussi divers que l’hagiographie, la royauté ou l’histoire économique. Il effectue plusieurs séjours à Cambridge, Oxford et à la London School of Economic et tisse des liens avec les collègues anglais, en particulier Eileen Power et Michael Postan. Alors que Marc Bloch a toujours été étroitement associé à l’Allemagne, c’est pourtant vers l’histoire anglaise que son intérêt et ses travaux d’histoire comparée l’ont le plus souvent mené.
Eliana Magnani : Marc Bloch et le comparatisme au-delà de l’Europe. Marc Bloch a intégré l’étude des sociétés extra-européennes à sa réflexion sur le Moyen Âge, révélant des parallèles entre les cultures et les époques. Ses échanges avec Marcel Mauss et l’écho de l’Essai sur le don dans son analyse d’un récit médiéval de « compétition de gaspillage » montrent comment le comparatisme a stimulé la circulation des idées entre disciplines.
Source : LAMOP







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