Appel à contribution – Les pierres au Moyen Âge : entre croyances et savoirs

Omniprésente dans la vie des hommes et des femmes du Moyen Âge, la pierre (naturelle ou précieuse) constitue un objet d’étude particulièrement intéressant. Elle édifie et structure les lieux de culte, incarne la permanence du sacré dans la pierre taillée des cathédrales et se glisse dans les reliquaires, les objets liturgiques, les parures aristocratiques. Bien au-delà de la matérialité, elle condense un savoir pluriel à la croisée de la théologie, de la médecine, de la magie ou de la philosophie naturelle. Deux grandes traditions textuelles l’attestent : d’une part, les lapidaires, des traités savants répertoriant les vertus médicinales et magiques des gemmes, dont le De Lapidibus de Marbode de Rennes constitue le modèle canonique, d’autre part, les encyclopédies naturelles, telles que le Liber subtilitatum d’Hildegarde de Bingen ou encore le De mineralibus d’Albert le Grand, qui abordent la minéralogie dans le cadre d’une philosophie de la nature héritière d’Aristote et de ses commentateurs, notamment Avicenne.

Les vertus attribuées aux pierres (thérapeutiques, apotropaïques, astrales) procèdent par similitude entre le visible et l’invisible, entre le terrestre et le céleste. La pierre précieuse nourrit également une exégèse biblique intense : les douze gemmes du pectoral d’Aaron (Exode) etcelles de la Jérusalem céleste (Apocalypse) sont glosées dans les lapidaires chrétiens comme autant de figures des apôtres, des vertus ou de la perfection divine (Gontero-Lauze, 2006).

Les recherches récentes en histoire de l’art, en archéologie et en archéométrie invitent toutefois à confronter ces discours à la matérialité des objets qu’il s’agisse de gemmes ou de pierres ordinaires. Des analyses minéralogiques menées sur plusieurs trésors d’orfèvrerie religieuse médiévale ont ainsi révélé que certaines œuvres prestigieuses associaient pierres précieuses et imitations, soulignant l’écart possible entre les propriétés idéales attribuées aux gemmes et leur usage concret. L’étude des objets met également en évidence l’importance du réemploi : de nombreuses intailles antiques ont été réintégrées dans des reliquaires, des croix ou des manuscrits précieux, conférant à ces pierres une valeur liée autant à leur ancienneté et à leur symbolique qu’à leur nature matérielle. Mais la pierre structure aussi les espaces du quotidien et son agencement participe aussi à la construction du sens, comme en témoignent certaines reliures carolingiennes dont la disposition évoque la croix ou la Jérusalem céleste. Enfin, des textes techniques, tels que le Trésorier de philosophie naturele des pierres précieuses de Jean d’Outremeuse, révèlent l’existence de savoir-faires consacrés à la fabrication de pierres artificielles, ouvrant ainsi la réflexion sur les dimensions artisanales, économiques et symboliques de la pierre, précieuse ou non, au Moyen Âge.

Ces objets textuels et matériels, essentiellement produits et transmis dans des milieux cléricaux et aristocratiques, soulèvent des questions méthodologiques importantes : que peut-on réellement inférer sur les pratiques effectives, au-delà des savoirs prescrits ? Dans quelle mesure les traités savants constituent-ils un savoir autonome, distinct de l’exégèse et de la magie ? Ces journées d’étude invitent à interroger la pierre dans toutes ses dimensions matérielles, symboliques, textuelles et rituelles, en privilégiant une approche interdisciplinaire qui croise littérature, histoire de l’art, philosophie naturelle, archéologie et anthropologie religieuse.

Axes thématiques

1. Espaces : De l’architecture des cathédrales aux pierres d’autel, des dalles funéraires aux objets liturgiques incrustés de gemmes, les contributions pourront interroger la manière dont la pierre qualifie et hiérarchise l’espace religieux et profane dans la spiritualité médiévale.

2. Savoirs : La pierre fait l’objet d’un double investissement textuel : d’une part par la tradition lapidaire et des encyclopédies qui constituent un corpus scientifique à part entière et dont les propositions pourront interroger la transmission, la classification et les tensions entre savoir médical, magie et exégèse biblique; d’autre part dans les textes narratifs et poétiques (romans, chansons de geste, hagiographies, etc.) où les mêmes pierres induisent des valeurs symboliques, spirituelles et sociales.

3. Pratiques : Entre croyances et savoirs codifiés, les pierres s’inscrivent dans des gestes, des rituels et des usages matériels. Études archéologiques des lieux et objets de dévotion, usages thérapeutiques documentés dans les traités médicaux, ornementation courtoise et joaillerie symbolique sont autant de pistes à explorer.

Modalités de soumission

Pour ces journées d’études, les JCM vous proposent d’explorer un ou plusieurs aspects des croyances et savoirs autour des pierres au Moyen Âge et de venir confronter vos recherches à d’autres, dans une perspective interdisciplinaire. Les présentations dureront une vingtaine de minutes et un support PowerPoint bilingue (langue de présentation + autre langue parmi le français et l’anglais) vous sera demandé.

Nous invitons tous·tes les jeunes chercheur·ses médiévistes à nous faire parvenir leur proposition de contribution de maximum une page, accompagnée de renseignements pratiques (titre du dernier diplôme obtenu, institution de rattachement, domaine de recherche) en format Word, d’ici au 6 novembre 2026 à l’adresse suivante : jcm.unine@gmail.com.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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