Appel à contribution – Le silence

Séminaire de Questes
17 mars, 21 avril, 12 mai 2023

Le livre des sœurs du monastère de Diepenveen étudié par Manon Louviot laisse transparaître un soin particulier porté à l’évaluation de la voix des chanoinesses au sein des chœurs médiévaux1. Au début du XVe siècle, Trude van Beveren, dont la piètre qualité vocale la rend inadaptée au chant choral, n’est alors pas autorisée à chanter à voix haute pendant les messes. Réduite au silence, elle doit néanmoins s’acquitter de l’office divin, à l’aide d’une ardoise, où elle écrit les chants du jour, qu’elle est condamnée à fastidieusement effacer et réécrire quotidiennement. Réduite individuellement au silence, elle doit néanmoins participer à l’expression collective de la prière et du chant.

Les questionnements autour du silence ont connu un regain d’intérêt ces dernières années dans le cadre de l’essor de l’histoire des sensibilités, dans le sillage des travaux d’Alain Corbin2. Les médiévistes se sont emparés de ces thématiques, en particulier à l’occasion du congrès de la SHMESP consacré à la voix, qui s’est tenu à Francfort en 20193. Vincent Debiais, la même année, s’est intéressé à la place du silence dans l’art médiéval, et

notamment à ses implications théologiques4. Tout récemment, Thomas Rodot s’est penché sur l’intégration des sourds dans la société médiévale5.

Le silence au Moyen Âge ne se réduit pas à l’absence de la voix ou du son, mais constitue en lui-même une réalité intégrée à l’ambiance sonore. Le latin distingue deux formes de silence : tacere renvoie à un arrêt ou une absence de parole humaine, tandis que silere s’applique à l’ensemble des objets ou animaux, et décrit une forme de quiétude qui n’est troublée par aucun bruit6. Ce sont déjà deux appréhensions différentes que l’on appelle indistinctement silence en français. Alexandre Vincent rappelle en outre qu’on ne peut entièrement dissocier le fait sonore de sa perception : le silence médiéval doit alors être appréhendé à travers la façon dont il est représenté, autant qu’à travers la façon dont il est perçu.7

Le silence peut faire l’objet d’une prescription : il est en effet au cœur des préoccupations médiévales, spécifiquement dans la tradition monastique depuis la règle de saint Benoît. Le silence monacal est tout d’abord perçu comme une forme « d’ascèse de la parole »8, réponse aux nombreux péchés de langue qui détournent les moines de leur vocation : dans le Triomphe des vertus franciscaines de Giotto di Bondone (image ci-dessus), le silence est intimé au moine par l’Obéissance. Mais le silence de la voix humaine n’est pas seulement vécu comme contrainte, il est aussi un moyen d’approcher au mieux « l’affirmation positive et la plénitude du Verbe » biblique : la parole de Dieu ne s’exprime jamais mieux que quand les voix humaines se taisent – même si le silence peut être parfois fautif : pour un prélat, quand il s’agit de prêcher la parole de Dieu, par exemple9.

Toutefois, au cœur des valeurs monastiques, le silence s’intègre aussi dans un système de communication renforcé par la réforme clunisienne, qui conduit à la formation d’un « langage » silencieux, par signes (signa loquendi), diffusé dans tout le réseau clunisien pour répondre à la tension entre l’exigence du silence et la nécessité de la communication10. Les

vertus du silence, expérimentées dans les milieux monastiques, se diffusent ensuite dans l’ensemble de la société chrétienne : face au blasphème, aux discours hérétiques, aux paroles vaines ou malveillantes, le silence est perçu comme « vertu collatérale » généralement préférable à la parole11.

Le silence peut aussi constituer une contrainte, qui peut être d’ordre physique. L’étude du handicap au Moyen Âge passe par un « triptyque de savoirs qui connaît une grande fécondité discursive au XIIIe siècle »12 : la médecine, la théologie et le droit13. La littérature en fait mention de façon diverse selon les textes : la surdité peut ainsi caractériser un personnage sans être présentée comme problématique14. Mais c’est surtout comme métaphore que le handicap est investi par la littérature : l’amour, notamment, est décrit comme un dérèglement des sens. Aussi le mutisme de l’amant dit-il autrement que par des mots la violence du sentiment qui le lie à sa dame – le nouvel amant du Roman de la Rose est prévenu qu’il sera « com une ymage mue »15. La surdité est aussi convoquée si l’on pense au motif du chevalier pensif qui s’abstrait du monde par ses pensées amoureuses16.

Le silence peut en outre résulter d’une contrainte institutionnelle, comme une sanction, à travers les censures de l’expression d’idées hérétiques, ou à l’inverse dans l’interdiction d’entendre la messe dans le cadre de l’excommunication ; plus largement, l’interdit prononcé sur un territoire marque les populations par l’arrêt des cloches, qui vient perturber l’ambiance sonore des communautés. Le silence marque alors la rupture du rythme de la vie chrétienne qui vient ancrer la condamnation dans l’espace public17. Dans la littérature, le silence peut aussi matérialiser une faute, une malédiction, que l’on pense à Perceval, resté silencieux

lorsqu’il aurait dû parler18, ou à Énide à qui son époux impose le silence après qu’elle lui a rapporté la rumeur qui le concerne19 – « paroles empêchées » étudiées par Danièle James- Raoul20.

Le silence est en effet une contrainte sociale, conséquence de dominations diverses : la silenciation des subalternes résulte notamment du maintien d’une partie des populations dans un statut de minorité : la voix des femmes mariées demeure inaccessible dans les documents de la pratique et seul le veuvage leur permet une forme d’autonomie juridique traduite par l’émission de documents en leur nom propre. C’est pourquoi, inversement, le silence des femmes peut être protecteur, lié au secret, à la nécessité de déjouer la domination juridique des puissants et des hommes, comme dans Le Roman de Silence de Heldris de Cornouailles21.

Ces limites dans l’expression des dominés entraînent par ailleurs de profondes disparités dans la production documentaire, et l’historiographie médiévale a très tôt songé aux moyens de retrouver ou restituer la voix des subalternes à travers les silences du papier. Les registres de l’inquisition, qui enregistrent des confessions populaires, constituent des sources en apparence transparentes sur les parcours de vie des subalternes22 : produite par des pouvoirs dominants, elles restituent imparfaitement la voix des dominés, et ne complète que partiellement les silences de l’histoire23.

Enfin, dans la continuité des enjeux de transcription de l’oralité, la possibilité de transcrire sons et musique à l’écrit a occupé les réflexions médiévales, et les grammairiens ont affronté cette difficulté de transcrire le son, de l’onomatopée visant à figer sur le papier les sons « confus » de la nature à la codification musicale qui se développe à partir du IXe siècle : la fixation les sons sur un support muet devient une préoccupation des auteurs médiévaux, mais génère par ailleurs des questionnements contemporains sur l’analyse de ces sources24.

Trois axes de recherche seront abordés par ce séminaire

1. Le silence au cœur des sociétés médiévales

Exemples de thématiques possibles : les définitions du silence ; le silence monastique ; les représentations sur le silence : le silence comme vertu, le silence comme accès au sacré, le silence dans l’art ; etc.

2. Silence imposé, silence subi

Exemples de thématiques possibles : la question du handicap, de la surdité et/ou du mutisme, dans l’expérience réelle et comme schéma littéraire ; les condamnations au silence ; la silenciation, consciente et inconsciente (domination qui se traduit par une réduction au silence) ; etc.

3. Silence des sources et enjeux documentaires

Exemples de thématiques possibles : la restitution de la voix des dominés ; la question de la « sonorité » des sources écrites, en mêlant réflexions médiévales et enjeux modernes ; la question de l’absence des sources ; etc.

Conditions de soumission

Cet appel à communication s’adresse aux étudiant.es de master, de doctorat et aux jeunes chercheuses et chercheurs en études médiévales, quelle que soit leur discipline.

Les propositions de communication, limitée à 300 mots et à une courte bibliographie, seront accompagnées d’une mention du sujet de mémoire et/ou de thèse. Elles devront être envoyées aux organisateurs à questes.silence@gmail.com, pour le 19 février, en vue d’une présentation de vingt minutes durant l’une des trois séances du séminaire, qui se tiendront les vendredis 17 mars, 21 avril et 12 mai 2023, et d’une publication dans la revue de l’association (questes.revues.org). Questes organise ses séminaires à la Maison de la Recherche (28 rue Serpente, Paris VIe) mais les communications peuvent se faire en ligne, en distanciel.

Le comité d’organisation

Cassandre Crespin, Thibault Jouis et Léo Perret

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Publication – Sandrine Victor, « Le Pic et la Plume L’administration d’un chantier (Catalogne, XVe siècle) »

Le chantier est un monde vivant et dynamique. Parler d’administration et de gestion d’un chantier n’est pas un terrain d’enquête sec : c’est parler des hommes qui portent les processus, qui produisent la documentation, mais également des ouvriers et de leurs liens avec les agents administratifs.

Table des matières : ici

Informations pratiques :

Sandrine Victor, Le Pic et la Plume L’administration d’un chantier (Catalogne, XVe siècle), Paris, Classiques Garnier, 2023 ; 1 vol., 277 p. (Bibliothèque d’histoire médiévale, 32). ISBN : 978-2-406-14238-6. Prix : € 29,00.

Source : Classiques Garnier

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Conférence – Pierre Vey, A Crystallizing Territory. Space Bounding and State Framing in Late-Thirteenth-Century Marseille 

17h00 (31.01.) – 18h00 (31.01.) EN LIGNE


Pierre Vey (École nationale des chartes), A Crystallizing Territory. Space Bounding and State Framing in Late-Thirteenth-Century Marseille 

Commentaire:  John Sabapathy (University College Londres)

Pour participer à la conférence, merci de vous inscrire ici: Zoom


Événement dans le cadre du cycle de séminaires »Euro-Mediterranean Entanglements in Medieval History«, organisé par les Instituts historiques allemands de Paris et de Rome.

Crédit photo: Atlas du XIVe siècle attribué à Abraham Cresques, env. 1375, Wikimedia Commons.

Source : Institut historique allemand

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Appel à contribution – Visiter et revisiter la parole. L’entretien, du recueil au réemploi

Chaque année, les doctorant·es du laboratoire Analyse comparée des pouvoirs (ACP) de l’université Gustave Eiffel organisent une journée d’étude pluridisciplinaire. Cette année, le thème porte sur la revisite de la parole recueillie dans le cadre de l’entretien, y compris pour des périodes anciennes. Si l’enregistrement de la parole au cours de l’entretien a fait l’objet de nombreuses recherches, un point a été moins étudié : celui de la réutilisation de l’entretien a posteriori, tant par celui ou celle qui l’a réalisé que par d’autres enquêteur·ices. L’objectif de cette journée est donc de réfléchir à la façon dont les chercheur·ses en sciences sociales, notamment en histoire, géographie, sociologie, anthropologie, sciences politiques ou encore en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS) conservent, retravaillent et exploitent la parole énoncée lors d’entretiens réalisés pour des enquêtes antérieures.

Annonce

Présentation

La parole, sous sa forme écrite ou sonore, est incontournable pour l’ensemble des sciences sociales, dont l’histoire des périodes anciennes. Les avancées techniques, épistémologiques et méthodologiques ont accompagné la construction de la légitimité de la source orale en histoire. Désormais, sa banalisation la rapproche des autres types de sources, notamment des paroles passées conservées uniquement sous leur forme écrite. Les réflexions sur la parole recueillie, questionnée dans ses aspects historiques et sociaux, de sa fabrique à sa collecte et son exploitation, croisent celles des disciplines reposant sur l’entretien telles que l’ethnographie, la géographie, ou la sociologie. Aujourd’hui, les conditions de production, de conservation et d’accessibilité de la parole dans la longue durée continuent de poser des enjeux de réflexivité.

Ces questions se posent de manière aiguë dans la revisite de l’entretien – a posteriori et dans le cadre d’une recherche en sciences sociales. Relus et réécoutés, les entretiens placent tout·e chercheur·se dans une position analogue à celle de l’historien·ne face à ses sources. Par un court-circuit – dont il s’agira aussi de penser les limites – on veut donc tenter d’envisager les formes anciennes de mise par écrit d’enquêtes au même titre que l’enregistrement des “entretiens” habituels aux sciences sociales, pour les considérer de manière similaire et avec les mêmes outils critiques. Le rapport à l’enquêté·e doit faire l’objet d’une réflexivité, même dans le cas d’une revisite ou de la relecture historienne d’un entretien ancien : triangulaire, il n’en engage pas moins le scientifique absent de la discussion initiale. L’entretien est quant à lui, malgré l’impression d’immédiateté de la parole, à considérer dans l’épaisseur de sa temporalité. D’une part, celle de l’entretien particulier est spécialement visible lors de sa revisite. D’autre part, la temporalité générique de sa généalogie judiciaire et mémorielle unit les sciences sociales en les ramenant à leur dimension de quête de vérité par le biais de l’enquêté·e, témoin privilégié d’une réalité à laquelle l’enquêteur·ice veut accéder et soupçonné de lui faire écran.

Axe 1 : De la parole au document d’archive : revisiter la parole conservée

            Le premier axe de cette journée d’études vise à explorer la transformation de la parole en document d’archives, condition et effet de sa revisite. Quels sont les effets de la production, de l’archivage et de la conservation de l’entretien, dans leurs dimensions techniques, matérielles et institutionnelles, sur les interprétations qui en sont possibles ?

Le passage par l’écrit est généralement rendu nécessaire par les règles de la critique historique (Descamps 2001) car il s’agit d’analyser, de comparer et de croiser les entretiens entre eux et avec d’autres sources, notamment écrites. Au-delà de l’histoire, l’écrit est omniprésent dans les pratiques scientifiques (Latour et Woolgar 1988). Certaines méthodes l’imposent (textométrie) et la restitution des résultats, académique ou de vulgarisation, est encore majoritairement écrite en dépit de l’usage croissant d’autres media : audio, vidéo, bande dessinée… (Gavras 2018). Dans la mesure où l’enregistrement de la parole correspond à des choix de format (sonore, écrit, vidéo), de logiciels et de transcription, les techniques employées ont des conséquences sur la pratique de revisite d’un entretien antérieur, qu’il soit produit directement par l’enquêteur·ice ou non. A chaque medium correspond une “perte d’information” déterminée par les conditions techniques et matérielles du support et de sa conservation.

La possibilité même de la revisite est conditionnée à sa conservation dans des institutions dont l’existence, les finalités et l’organisation institutionnelle varient en fonction de la source : il n’existe pas de politique d’incitation au dépôt des sources orales, ni de politique systématique de conservation. Les enquêtes écrites conservées le sont d’abord parce qu’elles ont été produites et conservées par des pouvoirs (seigneuriaux, étatiques, coloniaux, parfois par le prisme judiciaire) qu’elles ont – en retour – contribué à constituer. Leur relecture dans un but scientifique doit donc tendre à objectiver et mettre à distance ces aspects (Anheim 2019). La conservation croissante des entretiens plus récents doit elle aussi être interrogée dans ses moteurs et ses effets, y compris en mettant à profit les outils de la critique et l’archéologie documentaires en histoire.

En outre, l’entretien constituant une « œuvre de l’esprit » selon la loi de 1970 relative à la protection des droits de la personnalité et de la vie privée et le Code de la propriété intellectuelle, l’enquêté·e et sa protection juridique jouent un rôle déterminant dans la possibilité même de la revisite de l’enquête, autorisant ou non la diffusion sous certains supports de ses propos, imposant l’anonymat dans la restitution, voire la destruction des entretiens et des notes de terrain (Laurens 2022). La judiciarisation croissante des entretiens en science sociale reboucle avec leur généalogie judiciaire et les enquêtes anciennes, mettant en jeu les implications d’une volonté de savoir que l’on assouvit en questionnant un tiers.

Axe 2 : La revisite comme relation triangulaire : enquêté·es, enquêteur·ices, revisiteur·ices

Le deuxième axe de la journée d’études portera sur la revisite comme une relation triangulaire. Il s’agit de considérer la revisite de l’entretien comme un révélateur de la dynamique relationnelle entre enquêté·e, enquêteur·ice et revisiteur·ice sur le temps long. Par le décalage temporel qu’elle induit, la revisite permet d’appréhender l’évolution de la position de chaque protagoniste au fil du temps. Bien que l’analyse secondaire entraîne un doublement des biais lié à l’intervention des deux enquêteur·ices (Girault 2020 : 118), elle constitue également un atout, dans la mesure où elle permet précisément d’identifier et de critiquer ces biais.

Il s’agit de comprendre en quoi revisiter un entretien réalisé par soi ou un autre pour une enquête antérieure ou dans le cadre d’une étude longitudinale met en jeu l’historicité à la fois de l’enquêté·e et de l’enquêteur·rice : la revisite fait contraster deux moments distincts entre lesquels la position sociale et le point de vue des protagonistes ont pu changer, ainsi que leur relation interpersonnelle. En outre, l’enquêté·e est rarement unique : en quoi l’analyse que l’on peut faire d’un entretien et de son enquêté·e varie-t-elle par leur mise en série ? Cette dernière peut résider d’abord dans la mise en perspective par un·e même chercheur·se de ses terrains successifs (Clair 2022). Ensuite, la requalification par le.a même chercheur.se ou un.e autre de l’entretien comme source pour la connaissance d’un nouvel objet d’étude contribue à redéfinir le corpus d’entretiens et de documents. Enfin, les transformations propres au groupe d’enquêté·es questionnent la manière dont la connaissance de leurs trajectoires postérieures à l’entretien réoriente l’interprétation, dans une variante du problème classique de “l’illusion biographique” (Bourdieu 1986) ou du risque historien de la téléologie.

La revisite invite aussi à questionner la relation entre deux enquêteur·ices. Qu’implique la revisite scientifique d’“entretiens” menés par des enquêteur·ices non-scientifiques dans une perspective de collecte mémorielle, documentaire, artistique, judiciaire, etc., en termes de transformation concrète, de différences de perspectives mais aussi d’enjeux éthiques du rapport au travail d’autrui ? Le point de vue scientifique est-il, même malgré lui, solidaire de l’enquêteur·ice initiale dans son rapport à l’enquêté·e, comme l’est l’historien de l’inquisiteur (Ginzburg 2010) ? Inversement, dans quelle mesure le fait de récupérer son travail oblige-t-il le·la revisiteur·ice vis-à-vis de l’enquêteur·ice initial·e, par exemple à partager son projet, respecter ses choix et ses orientations ?

Enfin, que signifie revisiter l’entretien d’un·e autre chercheur·se , y compris d’une autre discipline ? La revisite s’envisage aussi comme une réitération d’une expérience scientifique permettant de vérifier des travaux antérieurs et de garantir leur scientificité, avec toutes les limites de la proposition (Laferté, Pasquali et Renahy 2018 ; Morsel 2022). A quoi correspond exactement ce geste intellectuel ? Quelle stratégie dans son champ scientifique peut-il traduire, en particulier par rapport à l’enquêteur·ice initial·e ? La perspective peut consister à se placer dans les traces d’un·e prédécesseur·se, de revendiquer son héritage et le·la canoniser, mais aussi de le·la critiquer. Se positionner dans un champ scientifique implique de faire preuve d’une originalité suffisante dans ses travaux ; pourtant, selon la position que l’on occupe dans ce champ, la critique peut être plus ou moins risquée. Les revisites d’entretiens empruntés à d’autres disciplines portent également des enjeux spécifiques. La rentabilité incertaine du travail et le capital symbolique nécessaires à une revisite peuvent être un frein en fonction de la position dans le champ. Inversement, ces positions peuvent se traduire dans la revisite elle-même, par exemple dans l’écart aux choix initiaux de l’enquête revisitée (délimitation du corpus d’entretiens, techniques et concepts d’analyse, combinaison documentaire) ainsi que dans les choix de communication scientifique.

Références bibliographiques :

Anheim 2019 : Etienne Anheim, « Science des archives, science de l’histoire », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2019/3-4 (74e année), p. 505-520, également disponible en ligne : https://cairn.info/revue-annales-2019-3-page-505.htm (dernier accès le 16 janvier 2023).

Bourdieu 1986 : Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, 1986 (vol. 62-63), p. 69-72.

Clair 2022 : Isabelle Clair, « Les temporalités de la comparaison ethnographique », Genèses, 2022/4 (n° 129), p. 153-171, en ligne : https://cairn.info/revue-geneses-2022-4-page-153.htm (dernier accès le 16 janvier 2023).

Descamps 2001 : Florence Descamps, L’historien, l’archiviste et le magnétophone. De la constitution de la source orale à son exploitation, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2001.

Descamps 2019 : Florence Descamps, Archiver la mémoire. De l’histoire orale au patrimoine immatériel, Paris, Editions de l’EHESS, 2019.

Gavras 2018 : Julie Gavras, Les bonnes conditions, Arte, K.G. Production, Zadig Production, 86 min, 2018.

Ginzburg 2010 : Carlo Ginzburg, « L’inquisiteur comme anthropologue », dans Le fil et les traces, Lagrasse, Verdier, 2010 [1989], p. 407-424.

Girault 2020 : Bénédicte Girault, « L’historien, le témoignage et la tradition orale », dans Initiations aux études historiques, Paris,Nouveau Monde Editions, 2020, p. 109-120, également disponible en ligne : https://lib.isiaccess.com/process/reader/book.php?ean=9782380941210&page=115 (dernier accès le 16 janvier 2023).

Laferté, Pasquali et Renahy 2018 : Gilles Laferté, Paul Pasquali et Nicolas Renahy, Le laboratoire des sciences sociales. Histoires d’enquêtes et revisites, Paris, Raisons d’agir, 2018.

Latour et Woolgar 1988 : Bruno Latour et Steve Woolgar, La Vie de laboratoire. La production des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 1988 [1979].

Laurens 2022 : Sylvain Laurens, « L’ethnographie en procès. Enjeux contemporains autour de l’éthique de l’enquête de terrain », Genèses, 2022/4 (n° 129), p. 7-13, également disponible en ligne : https://cairn.info/revue-geneses-2022-4-page-7.htm (dernier accès le 16 janvier 2023).

Morsel et Noûs 2022 : Joseph Morsel et Camille Noûs, « Sortir l’histoire de son berceau judiciaire. Référentialité, vérifiabilité, réplicabilité de l’enquête historienne ? », Genèses, 2022/4 (n° 129), p. 116-137, également disponible en ligne : https://cairn.info/revue-geneses-2022-4-page-116.htm (dernier accès le 16 janvier 2023).

Calendrier

Retour des propositions au plus tard : vendredi 10 mars 2023

Date de la journée d’études : vendredi 12 mai 2023

Lieu de la journée d’étude :

Université Gustave Eiffel

Cité Descartes sur le campus de Marne-la-Vallée

Bois de l’Étang, aile C

5 Rue Galilée

77454 Champs-sur-Marne

Modalités de contribution

Cette journée d’études se veut pluridisciplinaire et ouverte à différents champs de recherche issus des sciences humaines et sociales. Les communications se feront en français ou en anglais.

Les intervenant·e·s seront invité·e·s à s’exprimer et à présenter des réflexions sur leur(s) cas d’étude pendant vingt minutes suivies d’une dizaine de minutes de questions et d’échanges.

Un résumé d’une page au maximum de la communication proposée sur les axes d’études proposés ainsi que le CV de l’auteur est à envoyer avant le 10 mars 2023, à alienor.wagner@svu.fr.

Comité d’organisation

Emily Egan – Doctorante en géographie

Marie Fontaine-Gastan – Doctorante en histoire

Matthieu Gosse – Doctorant en histoire

Idil Kafescioğlu – Doctorante en histoire et en sociologie

Clémence Malavergne – Doctorante en géographie

Lara Martinais – Doctorante en histoire

Pauline Rocca – Doctorante en histoire

Aliénor Wagner-Coubes – Doctorante en histoire

Comité scientifique

Les membres du Laboratoire Analyse Comparée des Pouvoirs (ACP).

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Publication – Jacques Krynen, « Philippe Le Bel. La puissance et la grandeur »

Attentat d’Anagni, persécution des templiers, expulsion des Juifs du royaume, manipulations de la monnaie…, ou, au contraire, première réunion des états généraux. Dans notre mémoire nationale, la figure de Philippe le Bel reste attachée à une dérive autoritaire de la monarchie capétienne. Ce roi a pourtant fait la France à plus d’un titre, et c’est cette œuvre de fondation que ce livre s’attache à restituer.

Il donne à comprendre comment, sous l’autorité d’un monarque encore médiéval, a été opéré un véritable modelage idéologique et politique de la France. Le petit-fils de Saint Louis n’a pas seulement « fait la France » par une régénération des moyens et des méthodes d’action de l’État en formation. Son gouvernement antiféodal, ses guerres, sa diplomatie, ses rapports à l’Église, tous participent de la même ambition : instaurer sur le monde chrétien une domination de la France, une domination perpétuelle. Ce dessein n’a pas eu pour seul foyer le Conseil du roi. Il a été secondé sur le terrain doctrinal par de grands universitaires, propagé par d’ardents prédicateurs, mis en œuvre à travers le pays par les officiers royaux et avalisé par les représentants des trois ordres.



Autour des années 1300, c’est une remarquable poussée d’orgueil « nationale » qui prend forme, savamment enracinée dans la religion, l’histoire, le sentiment dynastique et le droit. La marque insigne de ce naissant complexe de supériorité du royaume est qu’il ne s’éteindra guère : jusqu’au XXe siècle, la France ne pourra plus se passer de l’idée élective de se voir, et de se vouloir, différente.

Informations pratiques :

Jacques Krynen, Philippe Le Bel. La puissance et la grandeur, Paris, Gallimard, 2022 ; 1 vol., 160 p. (L’esprit de la cité. Des hommes qui ont fait la France). ISBN : 978-2-07269-657-2. Prix : € 17,00.

Source : Gallimard

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Publication – « Vers Compostelle, regard contemporain sur les chemins de Saint-Jacques », éd. Quitterie Cazes et Sébastien Rayssac

Cet ouvrage propose un regard pluridisciplinaire sur le phénomène contemporain de la réactivation des chemins de Saint-Jacques. Ce livre témoigne de la revitalisation de l’itinérance sur des sentiers aménagés, de son appropriation par les sociétés du XXIe siècle et des multiples initiatives observées dans les territoires traversés.

Il réunit les communications d’historiens, historiens de l’art, hommes politiques, géographes, économistes, artistes, témoins, marcheurs et pèlerins qui se sont retrouvés à Toulouse et Cahors lors d’un colloque en octobre 2018. Voilà un bel ouvrage qui n’a pas d’équivalent et s’adresse à tous les publics curieux !

Table des matières : ici

Informations pratiques :

Vers Compostelle, regard contemporain sur les chemins de Saint-Jacques, éd. Quitterie Cazes et Sébastien Rayssac, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2022 ; 1 vol., 356 p. ISBN : 978-2-8107-0791-1. Prix :

Source : Presses universitaires du Midi

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Publication – « Procès politiques au temps de Louis XI. Le cardinal Balue Lèse-majesté en débat », éd. Joël Blanchard, Pierre-Anne Forcadet

Le cinquième volume des procès politiques au temps de Louis XI est consacré au cardinal Balue, dont la carrière fulgurante et la chute ont fait l’objet d’une forte médiatisation. Son procès a opposé pendant plus de douze années deux instances judiciaires, le roi et le pape, et dans cet affrontement Louis XI a dû céder. Par un basculement spectaculaire, le roi, familier des poursuites pénales, s’est trouvé accusé de lèse-majesté. Le présent travail, fruit de la collaboration de spécialistes issus de disciplines différentes (littérature et droit), ajoutera à la richesse de cette longue histoire de la justice extraordinaire à l’aube des temps modernes.

Informations pratiques :

Procès politiques au temps de Louis XI. Le cardinal Balue Lèse-majesté en débat, éd. Joël Blanchard, Pierre-Anne Forcadet, Genève, Droz, 2022 ; 1 vol., 264 p. (Travaux d’Humanisme et Renaissance). ISBN : 978-2-600-06423-1. Prix : 46,45.

Source : Droz

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Séminaire – Medieval History Seminar (University of Cambridge)

The Medieval History seminar brings together scholars of all career stages to hear papers on every area of medieval history from late antiquity to the fifteenth century.

Seminars are usually held in the Boardroom in the Faculty of History, starting at 4pm; all are welcome.

Programme :

Faculty of History, Boardroom 4.00pm, Thursdays

19th January – VIRTUAL SESSION
Prof Robin Fleming (Boston College, US)
When an Anglo-Saxon Pot Isn’t an Anglo-Saxon Pot, and Why Historians Should Care.

2nd February
Prof Sara Lipton (SUNY, NY)
Iconography Against the Grain: How Medieval People Looked At and Learned from Art.

16th February
Prof Tom Licence (UEA)
Sex at the Court of William Rufus

2nd March
Dr Phil Slavin (Stirling)
Uncrossing Wires: Tracing Spatio-Temporal Contours of Late-Medieval Plague Waves, c.1356-1465

27th April
Dr Johannes Preiser-Kapeller (Vienna)
Five emperors, the sun, a volcano and a ghost. Celestial phenomena and dynastic crisis across Afro-Eurasia around the year 800 CE.

11th May
Janna Coomans (Utrecht)
Risk, Health and Urban Environment in the late Medieval Low Countries.

25th May
Stephen Church (UEA)
Decolonising the Angevin “empire”

Convenors:

Professor John Arnold
Professor Tessa Webber
Dr Julie Barrau
Dr Andrew Spencer

and the whole medievalist collective

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Appel à contribution – Interroger la matière des sources : une approche partagée ?

Depuis les années 1980, plusieurs disciplines – archéologie, histoire et histoire de l’art, entre autres – participent de façon plus ou moins évidente à la considération matérielle et technique des sources. La réception de cette approche, de ce « tournant matériel » (materiality turn), invite les chercheurs à considérer ces dernières comme des objets d’études en tant que tels. Aussi, les notions de « culture matérielle » et de « chaîne opératoire » sont des récurrences en archéologie, et la matérialité physique des documents dans les sciences historiques s’est pleinement affirmée. Nous nous questionnons sur la place réelle de cette considération matérielle dans le discours scientifique.

L’artisanat ou la part technique des sources est une clef indispensable de leur caractérisation et de leur classification. La nature et la matière de ces supports matériels, qu’ils soient graphiques, photographiques, lithiques, numismatiques ou encore céramiques, sont appréhendées par des approches nombreuses et souvent complémentaires : archéologie expérimentale, restauration, bibliographie matérielle, analyse par des procédés physico-chimiques etc… Des exemples précis seront sollicités pour préciser ces usages. La considération des « techniciens, petites mains et autres travailleurs invisibles », producteurs de nos sources, est une piste novatrice.

Dans les faits, le contact direct avec les documents peut varier considérablement selon ses caractéristiques techniques. Il peut être plus ou moins accessible et manipulable, numérisé ou exposé, dans une collection privée ou publique, et l’ensemble de ces spécificités pratiques influent très concrètement sur la production savante. En d’autres termes, nos données sont indissociables et tributaires de la nature tangible de nos sources. De quelles manières ces caractéristiques techniques influencent-elles la production des données ? Et quels sont les apports possibles de cette considération matérielle ? Peut-elle s’étendre à d’autres sources, à l’instar de la stratigraphie ou de l’architecture ?

Aujourd’hui, les outils informatiques permettent la production d’objets numériques ou de sources dématérialisées. Les modélisations 3D, ou les photographies très spécifiques d’œuvres d’art par exemple, permettent de s’éloigner physiquement de l’objet et révèlent aussi des caractéristiques techniques inattendues. Quelles sont les conséquences de ces approches sur l’appréhension matérielle de nos objets d’études ?

Surtout, quelles sont les convergences possibles entre pratiques savantes d’archéologues, d’historiens et d’historiens de l’art ? L’appel est adressé spécialement aux doctorants. Des propositions très diverses sont également attendues, y compris hors du cadre universitaire, avec la présence souhaitée d’acteurs des musées, des archives, des bibliothèques par exemples. Cette journée d’étude libre et non circonscrite à un seul domaine, est l’occasion de confronter notre regard sur la matérialité de nos sources, et d’évoquer, de façon peut-être moins formelle, la pratique quotidienne de la recherche.

Organisateurs :

Dokima est un groupe de doctorants de l’université de Bourgogne – Franche-Comté dont l’une des activités est d’organiser des journées d’étude, séminaires et d’autres activités scientifiques. Les organisateurs de la journée sont tous membres de Dokima et doctorants au laboratoire ARTEHIS :

Adrien Frénéat : doctorant à l’université de Bourgogne avec un sujet de thèse portant sur Ernest Chantre (1843-1924) et la Protohistoire européenne.

Gaëtan Koenig : doctorant à l’université de Bourgogne avec un sujet de thèse portant sur l’étude des systèmes d’entrée des châteaux, maisons-fortes et de villes en Bourgogne.

Mégane Mignot : doctorante à l’université de Bourgogne avec un sujet de thèse portant sur l’étude géoarchéologique du territoire de Vix de la Protohistoire à nos jours.

Modalités de l’appel :

Date limite de remise des titres et propositions d’intervention le 13 février par courriel à Adrien.Freneat@u-bourgogne.fr.

Les propositions de communication comprendront un texte de 1500 signes maximum, incluant un titre et un résumé. Nous vous prions d’indiquer également vos noms, coordonnées, université ou institution de rattachement. Chaque intervention devra durer une vingtaine de minutes. Les réponses du comité d’organisation et du comité scientifique seront données le 28 février au plus tard.

Les organisateurs assureront le déjeuner pour les communicants (buffet froid), tandis que les frais de transport et d’hébergement seront à la charge des participants. La retransmission de la journée en visioconférence n’est pas prévue.

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Publication – Alexis Fontbonne, « Introduction à la sociologie médiévale »

La sociologie a fait un usage privilégié du Moyen Âge pour se constituer en discipline autonome. Auguste Comte, Émile Durkheim, Max Weber, et plus tard Pierre Bourdieu ont ainsi pensé les transformations des sociétés contemporaines depuis la distance offerte par cette période et forgé des concepts à valeur générale comme le charisme, la rationalisation ou l’habitus. Les médiévistes ont pu à leur tour s’en emparer et les mobiliser. Mais le dialogue, déjà fécond, entre histoire et sociologie n’est pas sans poser de difficultés, notamment parce que certaines notions se fondent sur un Moyen Âge qui n’existe plus, tant les représentations et connaissances sur cette période ont évolué au cours du dernier siècle.

Alexis Fontbonne propose ici de faire revenir la sociologie à l’étude du Moyen Âge, afin de poser les bases d’une véritable sociologie médiévale. S’appuyant sur les derniers travaux de la médiévistique, il présente une démarche, qui, à partir d’outils et de déconstructions critiques, devrait permettre une meilleure compréhension des pratiques sociales et de l’univers mental du Moyen Âge et proposer un renouvellement de certains concepts sociologiques.

Médiéviste, Alexis Fontbonne est membre associé du Centre d’études en sciences sociales du religieux (EHESS-CNRS)

Informations pratiques :

Alexis Fontbonne, Introduction à la sociologie médiévale, Paris, CNRS Éditions, 2023 ; 1 vol., 360 p. ISBN : 978-2-27113-481-3. Prix : € 25,00.

Source : CNRS Éditions

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