Journée d’étude – Déployer le texte biblique. Les trames arborescentes et l’exégèse de la Bible de l’Antiquité au Moyen Âge

De l’arbre de la connaissance du bien et du mal en Genèse 2-3 à l’arbre de vie en Apocalypse 2, du chêne de Mambré en Genèse 12 au figuier maudit par Jésus en Marc 11, l’arbre est omniprésent dans les récits bibliques. C’est également comme image littéraire que l’arbre occupe une place majeure dans la Bible, que ce soit dans des récits de rêve comme le songe de Nabuchodonosor en Daniel 4, dans des paraboles comme celle du grain de moutarde en Matthieu 13 ou dans des poèmes comme le Psaume 1.

Or, dès ses débuts, l’exégèse biblique a fréquemment recours à l’image métaphorique, potentiellement structurante, de l’arbre et/ou de l’arborescence. En effet, l’arbre apparaît dans des commentaires de passages bibliques, comme Genèse 15, 2 pour lequel Philon d’Alexandrie fait intervenir la métaphore des graines, des racines et du tronc (Quis rerum divinarum heres sit, 34) ou I Corinthiens 15, dont Origène développe l’image végétale pour défendre la réalité de la résurrection (Contre Celse V, 18). Par-delà cet usage métaphorique, l’exégèse a également recours à l’arbre en tant que mode d’ordonnancement du texte, dont les étapes s’organisent selon une structure arborescente.

Cette double réalité imprègne également la production visuelle d’images. De fait, la primauté que la culture du XIIe siècle accorde à la vue a pour cause et conséquence d’exploiter activement tous les ressorts de l’imagination, notamment ceux qui rendent possible la production mentale de nouvelles images, de nouvelles associations d’idées et, par là, de nouveaux sens. Ainsi naît la pratique de plus en plus répandue de l’exégèse visuelle, qui consiste en la quête d’une signification supérieure via le rapprochement signifiant d’une image et d’un texte. Héritière directe de l’intérêt que le XIe siècle accorde aux arts libéraux, que la pensée augustinienne considère comme une propédeutique de l’exégèse chrétienne, l’exégèse visuelle progresse aux côtés de l’exégèse textuelle. Les structures arborescentes y opèrent comme des schémas heuristiques : en distinguant des idées et des concepts ou en permettant des rapprochements, au moins spatiaux, entre les éléments qu’elles contiennent, ces structures garantissent à celui qui les regarde/lit de comprendre la trame qui sous-tend le texte biblique.

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Programme :

09h00 : Accueil des participants
09h10 : Présentation de la journée – Antoine Paris, Sergi Sancho Fibla et Naïs Virenque

Première partie : interventions
Présidence : Naïs Virenque et Antoine Paris

09h45 : Jonas à l’ombre de la coloquinte : l’interprétation de
Jérôme – Tiphaine Lorieux, École Pratique des Hautes Études, Section des Sciences religieuses
10h15 : Le réseau des paraboles végétales comme exégèse de la narration dans l’Évangile selon Marc – Antoine Paris, Université Paris-Sorbonne/Université de Montréal, Faculté de Littérature grecque et Département d’Études bibliques
10h45 : Pause

11h00 : Commodien : genèse et promesse du Bois de vie pour les lettres latines – Éric Pohlé, Université de Fribourg, Faculté de théologie
11h30 : L’arbre comme cause de chute et source de salut dans l’exégèse patristique et médiévale – Cyriane Rohner-Ouvry, Université de Strasbourg, Faculté de théologie protestante
12h00 : Déjeuner

Images végétales dans l’exégèse carolingienne : les lettres de Paulin d’Aquilée et le Liber Manualis de Dhuoda – Luce Carteron, Université Sorbonne Nouvelle, Centre d’Études et de Recherches Antiques et Médiévales
14h00 : Les Arbores significantes beatitudinum ordines de Lambert de Saint-Omer : configuration et mnémotechnique d’un outil exégétique tabulaire et arborescent – Naïs Virenque, Université de Tours, Centre d’Études Supérieures de la Renaissance
14h30 : Exégèse, iconographie et arborescence : autour des ciboires du XIIe siècle – Eliana Magnani, CNRS, Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris
15h00 : Le végétal arborescent comme stratégie discursive d’un dispositif visuel extérieur : le cas du portiro de la basilique San Zeno à Vérone – Mathieu Beaud, Institut National d’Histoire de l’Art
15h30 : Voir, révéler et interpréter. L’arbre de Constance de Rabastens et les Écritures – Sergi Sancho Fibla, Université d’Aix-Marseille/CNRS, Labexmed, TELEMME
16h00 Pause

Seconde partie : table ronde
Présidence : Eliana Magnani

16h15 Discussion
17h30 Conclusion et clôture de la journée

Informations pratiques :

Organisation : Naïs Virenque – Antoine Paris – Sergi Sancho Fibla

Date : 20 février 2018

Lieu : Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (aile gauche)

Source : Trames arborescentes

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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