Le XIIIe siècle est celui de l’encyclopédisme médiéval, mais c’est le règne de Charles V qui voit le grand mouvement des traductions de latin en français, ordonnées par le roi pour enrichir sa Librairie. Parmi ces traductions, celle qu’a terminée Jean Corbechon en 1372 pour mettre en français la grande encyclopédie du XIIIe siècle, le De proprietatibus rerum de Barthélemy l’Anglais, fait partie des plus diffusées et des plus renommées. Le Livre des proprietés des choses donne lieu à la première édition intégrale par une équipe de philologues et chercheurs ; le livre XVI, consacré aux pierres précieuses et aux métaux, est le premier volume publié, accompagné d’une préface qui présente la tradition manuscrite et l’état actuel de nos connaissances sur le traducteur et son œuvre.
Françoise Fery-Hue est archiviste paléographe, ingénieur de recherche au CNRS (IRHT). Ses travaux concernent la transmission des textes (traduction vers le latin d’œuvres nées vernaculaires ; textes scientifiques médiévaux ; écrits humanistes), la lyrique française des XVe et XVIe siècles et l’histoire du livre (manuscrits médiévaux et premiers imprimés).
Joëlle Ducos est professeur de philologie et linguistique médiévale à Sorbonne Université et directrice d’Études à l’EPHE, PSL. Ses travaux portent sur la vulgarisation scientifique au Moyen Âge, notamment la réception du savoir en français médiéval et les traductions médiévales.
Jean Corbechon, Le XVIe Livre des Pierres, des Couleurs et des Métaulx. Traduction du livre XVI du Deproprietatibusrerum de Bartholomaeus Anglicus. Édité par F. Fery-Hue. Avec une préface de J. Ducos et F. Fery-Hue, Paris, Honoré Champion, 2021 (Classiques français du Moyen Âge, 195). 358 p., 17,5 x 11 cm, ISBN : 9782745355232. Prix : 48 euros.
Colloque international – International Conference Bruxelles/Brussels – 9-10/12/2021
Programme :
Jeudi/Thursday 9 décembre/December
Première séance – Projets nouveaux / First session – New Projects
Présidence / Chair : Marc Libert (Archives générales du Royaume, Bruxelles)
– 9h00’ : Accueil / Welcome
– 9h15’ : Marc Libert– Introduction
– 9h30’ : Alessio Sopracasa (Sorbonne Université), Martina Filosa (Universität zu Köln) ; A Peek to the East: SigiDoc 1.0 and Byzantine Seals
– 10h00’ : Irene Pereira Garcia (Instituto de Estudios Medievales, Universidad de León), José María de Francisco Olmos ( Universidad Complutense, Madrid); Sur la nécessité de créer une base de données de sceaux médiévaux espagnols
– 10h30 : Questions
– 10h45’ : Pause-café / Break
– 11h00’ : Luisa Gentile (Archivio di Stato di Torino) ; De part et d’autre des Alpes: la base Sigilli des Archives d’Etat de Turin. Histoire, limites, perspectives
– 11h30’ : Questions 12h00’ : Repas / Lunch
Deuxième séance – Projets en développement / Second Session –
Projects in development Présidence / Chair : Rosário Morujão (Universidade de Coimbra, CHSC-FLUC, UCP-CEHR)
– 13h00’ : Dr Elizabeth New (Aberystwyth University); The Imprint project: Some reflexions on the challenges and opportunities of combining historical and forensic evidence
– 13h30’ : Ella Paul (Treasure Trove Unit) and Dr Alice Blackwell (National Museums Scotland); Scottish Seal Matrices: A Treasure Trove Dataset
– 14h00’ : John Mc Ewan (Saint Louis University) ; Putting it together and taking it apart: Linked Open Data for medieval seals
– 14h30’ : Questions
– 14h45’ : Pause-café / Break
– 15h00’ : Thomas Brunner (Université de Strasbourg), Olivier Richard (Université de Strasbourg) ; Base de données sigillaire et sciences participatives : retour d’expérience sur Sigi-Al (Sigillographie de l’Alsace et du Rhin supérieur)
Première séance – Regards croisés / First session – Intersections and transformations
Présidence / Chair : Laurent Hablot
– 9h00’ : Accueil / Welcome
– 9h15’ : Paul Dryburgh (National Archives, London) ; Searchable Seals: applying Handwritten Text Recognition to seals index cards at The National Archives (UK)
– 9h45’ : Dr. Peter Bakker (Historisch Centrum Limburg) ; The ‘Limburg Corpus of Medieval Charters’: a crossroad between the analogue and digital edition
– 10h15’ : Prof. Dr. Torsten Hiltmann (Humboldt-Universität zu Berlin), Philipp Schneider (Humboldt-Universität zu Berlin) ; Introducing the Digital Heraldry Ontology. A new approach to encode and share coats of arms on seals and other objects as Linked Open Data
– 10h45 : Questions
– 11h00’ : Pause-café / Break
– 11h15’ : Rosário Morujão , Sérgio Lira (Green Lines Institute, CLEPUL-FLUL) ; Databases in dialogue: Sigillvm Portvgaliae and Sigilla.
– 11h45’ : Questions 12h00’ : Repas Lunch
Deuxième séance – Combinaisons et interopérabilité / Second session – Combinations and interoperability
Présidence / Chair : John Mc Ewan
– 13h00’ : Georg Vogeler (Karl-Franzens-Universität Graz) ; Transforming the Vocabulaire de la Sigillographie into a Semantic Web resource
– 13h30’ : Catherine Kasteleiner (Université de Strasbourg) , Federico Calo (développeur Sigilla), Philippe Jacquet (EPHE) ; Du concept à l’action, changer l’horizon sigillographique
– 14h00’ : Marc Libert, Le projet Euroseal
– 14h30’ : Questions
– 14h45’ : Pause-café / Break
– 15h00’ : Rosário Morujao, John Mc Ewan, Laurent Hablot, Marc Libert ; Conclusions croisées / Concluding remarks
– 16h00’ : Pause-café / Break
Adresse / Location : Archives générales du Royaume, 10, Rue de Ruysbroeck, 1000 Bruxelles / Algemeen Rijksarchief, 10, Ruisbroekstraat, 1000 Brussel
Les traditionnelles Journées d’étude organisées par les JCM de l’Université de Genève se tiendront cette année à l’Université de Fribourg. À cette occasion, elles adopteront une formule bilingue.
Les journées se consacreront aux êtres spirituels (anges, démons et esprits) qui occupent une place prépondérante dans l’art et la culture de l’Europe médiévale. Ambassadeurs des hiérarchies célestes et infernales, les anges et les démons incarnent avant tout l’opposition entre bien et mal. En outre, les représentations des acolytes de la divinité et des compagnons du diable au sein de la philosophie, de la théologie, de la littérature, des arts, de l’histoire et de la musique nous éclairent aussi sur les échanges interculturels médiévaux. En effet, l’imaginaire chrétien associé aux anges et aux démons repose sur des modèles antiques, notamment platoniciens, mais se définit et se construit aussi par rapport aux cultures païennes, polythéistes et orientales.
Dans cette perspective, il s’agira de s’interroger sur la manière dont les textes, les images et la musique présentent ces créatures : lieux de séjour (Cieux, Purgatoire, Enfer), relations au sein de ces espaces (hiérarchie interne, rapport à Dieu et au Diable, rivalités, etc.) et compétences (capacités surnaturelles, métamorphoses, polymorphisme, etc.). On pourra également envisager les modalités de figuration des anges et des démons (caractéristiques physiques, bestiaires, mises en scène, rôles symboliques, etc.) et leur potentiel métaphorique.
Questionner ces représentations invite finalement à se pencher sur le rapport de ces êtres au monde des hommes. Anges et démons endossent en effet différentes fonctions, allant de l’adjuvant à l’opposant : protecteur, intercesseur, messager, guide, tentateur, trompeur, etc. Par ailleurs, les réflexions pourront être enrichies par une analyse de leurs conditions d’apparition et de communication (visions, songes, manifestations physiques, possession, etc.).
Ces pistes d’investigation, envisageables selon différentes perspectives méthodologiques, visent à nourrir l’interdisciplinarité de ces Journées d’étude. Nous invitons toutes les jeunes chercheuses et tous les jeunes chercheurs médiévistes à nous faire parvenir leurs propositions de contribution en français ou en allemand, d’une demi-page environ, accompagnées de renseignements pratiques (statut, institution de rattachement, domaine de recherche), en format PDF, d’ici au mercredi 1 décembre 2021 à l’adresse jde.med22@gmail.com.
The Reception of Ancient Greece in pre-modern French Literature and Illustrations of Manuscripts and Printed Books (1320-1550): How invented memories shaped the identity of European communities
Direction : Catherine Gaullier-Bougassas
The AGRELITA project ERC n° 101018777 has been launched on October 1st 2021. It is a 5-year project (2021-2026) financed on an ERC Advanced Grant 2020 through the European Union’s Research and Innovation Programme Horizon 2020.
Journées d’étude
Nouvelles traductions et réceptions indirectes de la Grèce ancienne (textes et images, 1300-1560)
Jeudi 15 septembre et vendredi 16 septembre 2022
Jeudi 19 janvier et vendredi 20 janvier 2023
Le projet AGRELITA étudie la réception de la Grèce ancienne dans un corpus d’œuvres écrites en français de 1320 aux années 1550 et dans les illustrations de leurs manuscrits et de leurs imprimés. C’est seulement à partir des années 1550 que commence l’essor des traductions directes du grec au français. Du début du XIVe siècle jusqu’au milieu du XVIe siècle, les auteurs en langue française et les artistes qui illustrent les manuscrits et les imprimés de leurs œuvres, sauf exception, n’ont aucune connaissance directe d’œuvres grecques. Les savoirs sur la Grèce ancienne qu’ils transmettent et réinventent dans leurs textes et dans leurs images sont des savoirs médiatisés par des filtres divers. Leur réception est indirecte, elle prend appui sur des œuvres antérieures, textuelles et iconographiques, dont les représentations de la Grèce ancienne sont déjà le fruit d’une ou de plusieurs réceptions.
Les journées d’étude de septembre 2022 et de janvier 2023 seront consacrées à l’analyse, à l’intérieur de ce corpus, des nouvelles traductions et adaptations en langue française d’œuvres latines qui véhiculent des savoirs sur la Grèce ancienne, sous des formes diverses. Ces œuvres latines qu’adaptent les auteurs français des années 1300-1550 sont pour une part des œuvres antiques et médiévales qui ne sont pas des traductions, et pour une part des traductions ou adaptations d’œuvres grecques, avec parfois plusieurs transferts linguistiques à partir du grec. Elles sont très diverses : des textes antiques (Ovide, Virgile, Boèce, Augustin, Darès…) jusqu’aux traductions humanistes latines d’œuvres grecques réalisées en Italie et aux Pays-Bas aux XVe et XVIe siècles, en passant par des œuvres latines médiévales originales (i. e. non des traductions, Vincent de Beauvais, Troisième Mythographe du Vatican, Pétrarque, Boccace, l’auteur du Rudimentum novitiorum…), des traductions latines du français (Guido delle Colonne) et des traductions arabo-latines et arabo-hispano-latines (Aristote, Dits moraux des philosophes…).
Les auteurs en langue française héritent ainsi de réceptions antérieures diverses, qu’ils s’approprient et transforment, poursuivant le processus d’invention de représentations de la Grèce ancienne. Comme les manuscrits et les imprimés de leurs nouvelles traductions sont souvent très illustrés, les artistes offrent dans le même temps des traductions visuelles qui elles aussi s’appuient sur des sources diverses et des réceptions antérieures et donnent à voir de nouvelles images de la Grèce ancienne. La question de la réception de l’Antiquité grecque sera donc explorée par une entrée différente de celle qui a été adoptée jusqu’à présent et qui a consisté en l’étude de la transmission directe des œuvres grecques.
Dans le corpus de nouvelles traductions/adaptations en français des années 1300-1550 qui ont trait à la Grèce ancienne, à son histoire, ses héros, ses auteurs et leurs œuvres sans être des traductions directes d’œuvres grecques, il s’agira ainsi d’étudier les origines multiples et le syncrétisme des connaissances dont disposent les auteurs et les artistes, ainsi que les modalités de leurs appropriations et de leurs transformations. On analysera comment cette transmission de savoirs déjà porteurs d’interprétations diverses est avant tout une circulation et une création de représentations, et comment l’élaboration d’images de la Grèce ancienne contribue à l’invention d’une mémoire culturelle offerte à de larges publics laïcs par la double voie du texte et des images.
Le corpus d’études (textes et images dans les manuscrits et les imprimés) sera ainsi constitué :
-les traductions/adaptations en français d’œuvres latines antiques et les images de la Grèce ancienne qu’elles véhiculent, notamment les traductions des œuvres d’Ovide, de la Consolation de Philosophie de Boèce, de la Cité de Dieu d’Augustin, du De excidio Troiae historia de Darès le Phrygien…
-les retraductions en français d’œuvres médiévales latines qui sont des traductions du français, comme celles de l’Historia destructionis Troiae de Guido delle Colonne.
-les traductions/adaptations en français d’œuvre médiévales latines qui ne sont pas des traductions, et parmi les plus diffusées celles de Vincent de Beauvais (héritier d’Hélinand de Froidmont), de Boccace, de Pétrarque, mais aussi bien d’autres textes ; les images de la Grèce ancienne que les œuvres médio-latines offrent et celles que leurs adaptations en langue française transmettent, fidèles ou infidèles.
-les premières traductions indirectes d’œuvres grecques, par l’intermédiaire de traductions latines, arabo-latines ou arabo-hispano-latines (les traductions françaises des œuvres éthiques et politiques d’Aristote, les Dits moraux des philosophes…)
-à partir du XVe siècle, les traductions françaises d’œuvres grecques par l’intermédiaire des traductions latines des humanistes d’Italie et des Pays-Bas. Particulièrement les traductions indirectes de Xénophon, Plutarque, Thucydide, Diodore de Sicile, Lucien, Homère, Euripide à partir des traductions de Poggio Bracciolini, Leonardo Bruni, Lorenzo Valla, Guarino Veronese, Pier Candido Decembrio et d’Erasme.
Comment les traducteurs humanistes en latin des œuvres grecques, puis les traducteurs en français de ces traductions latines présentent-ils leur entreprise de traduction ? Quelles images donnent-ils (eux et les illustrateurs des manuscrits et imprimés de leurs œuvres) des auteurs et des œuvres grecques, et de la Grèce ancienne dans les œuvres qui traitent de son histoire et de ses personnages ? Quelles évolutions voient le jour dans la réception de la Grèce ancienne ?
-les traductions dans d’autres langues vernaculaires européennes, aux XVe et XVIe siècles, des traductions humanistes latines d’œuvres grecques. Des analyses sur les nouvelles traductions indirectes, à partir du latin, notamment de Xénophon, de Plutarque, de Thucydide, de Diodore de Sicile, de Lucien, qui sont écrites dans les autres langues romanes et dans les langues anglaise et germanique, permettraient de comprendre les points communs et les différences de traduction et de réinterprétation dans plusieurs domaines culturels européens, les divers infléchissements donnés aux œuvres grecques et aux images de la Grèce ancienne, les différents usages de ces traductions, les différents types de manuscrits et d’imprimés, dans leur matérialité et leurs illustrations.
Les articles issus des contributions seront publiés chez Brepols dans la collection « Recherches sur les Réceptions de l’Antiquité » :
Les frais de déplacement et d’hébergement seront pris en charge selon les modalités de l’Université de Lille. Contact : Catherine Gaullier-Bougassas
Les propositions sont à adresser (titre et quelques lignes de présentation) à Catherine Gaullier-Bougassas avant le 15 décembre 2021 à l’adresse suivante : catherine.bougassas@univ-lille.fr
Mittelalterliche Nekrologien erweisen sich als facettenreiche Quellengattung und sind anschlussfähig für viele Fragestellungen und Themenbereiche. Im Workshop, der am 26. und 27. November 2021 an der Johannes Gutenberg Universität Mainz stattfindet, soll der spezielle Blick auf ihre innere Typologie, ihre vielfältigen Funktionen und vor allem auch ihre Überlieferung in quantitativer wie qualitativer Hinsicht gerichtet werden. Trotz zahlreicher vorliegender Einzelfallstudien finden Nekrologien besonders im Vergleich mit anderen Quellengattungen nur wenig Beachtung und entbehren oft einer systematischen Herangehensweise. Der gemeinsame Zugriff im Rahmen des Workshops soll zu einem besseren Verständnis der Quellengattung beitragen.
Programme :
Freitag, 26. November 2021
Moderation: Dr. Heidrun Ochs | Mainz
12:30 Begrüßung Prof. Dr. Nina Gallion | Mainz
13.00 Uhr Beobachtungen und Überlegungen zur Nutzung der Nekrologien im Stadtarchiv Mainz Prof. Dr. Wolfgang Dobras | Mainz
13.45 Uhr Nekrologe aus der Pfalz und wo sie zu finden sind Dr. Martin Armgart | Speyer
14.30 Uhr Kaffeepause
15.00 Uhr Memorienbücher im Landeshauptarchiv Koblenz und wie man sie findet Dr. Martina Knichel | Bonn
15.45 Uhr „… vur yre maige ind frunde seelen “. Kölner Nekrologe des Spätmittelalters Dr. Joachim Oepen | Köln
16.30 Uhr Kaffeepause
17.00 Uhr Die Vielfalt der Typen und die Vielfalt im Objekt. Überlegungen zur Herangehensweise an Nekrolog überlieferungen in Kapiteloffiziumsbüchern Tobias P. Jansen, M.A. | Bonn
17.45 Uhr Abendessen
20.00 Uhr | Öffentlicher Abendvortrag
Moderation: Prof. Dr. Nina Gallion | Mainz
Klösterliche Totenbücher aus dem 14. und 15. Jahrhundert. Einheit in der Vielfalt? Prof. Dr. Gabriela Signori | Konstanz
Samstag, 27. November 2021
Moderation: Tobias P. Jansen, M.A. | Bonn
9.00 Uhr Nicht identifizierbare Laien, unbekannte Stiftungen. Das Nekrolog des Benediktinerinnenklosters Marienberg bei Boppard Dr. des. Jasmin Hoven Hacker | Göttingen
9.45 Uhr Das Nekrolog eines Beginenhauses. Das Seelbuch des Gürtler Gotteshauses in Straßburg Prof. Dr. Sigrid Hirbodian | Tübingen
10.30 Uhr Kaffeepause
11.00 Uhr Frauen und Memoria. Necrologüberlieferung und Totengedenken in rheinisch westfälischen Frauengemeinschaften Thorsten Fischer, M.A. | Duisburg-Essen
11.45 Uhr Das Xantener Necrolog im Cod. Monast . 101. Edition, Erschließung und Auswertung Dr. Jens Lieven | Bochum
12.30 Uhr Mittagsimbiss
13.00 Uhr Typen der Memorialüberlieferung in Mainz und Umland Dr. Christoph Winterer | Mainz
13.45 Uhr Abschlussdiskussion
14.30 Uhr Ende der Tagung
Informations pratiques :
Informationen
Tagungsleitung Prof. Dr. Nina Gallion (JGU Mainz) Tobias P. Jansen (Univ. Bonn) Dr. Heidrun Ochs (JGU Mainz)
Datum 26.–27. November 2021
Tagungsort Landesmuseum Mainz Große Bleiche 49–51 55166 Mainz
Anmeldung
Bitte melden Sie sich bis zum 15.11.2021 an bei:
Frederik Adams, M.A. (Sekretariat)
Johannes Gutenberg-Universität Mainz FB 07 | Geschichts- und Kulturwissenschaften Historisches Seminar Spätmittelalterliche Geschichte und Vergleichende Landesgeschichte
Les langues et les cultures héritières de la diversité des religions méditerranéennes et du syncrétisme de la fin de l’Antiquité ont donné lieu à des textes transmettant un contenu considéré comme révélé, par un rêve, une vision, un entretien avec Dieu, un ange ou d’autres êtres surnaturels, la découverte d’un écrit, l’apparition de signes divins ; dans d’autres textes, le message prend les formes de l’enseignement d’un maître à son disciple ou d’un père à son fils. Même si ce n’était pas là leur premier objectif, la transmission de ces textes a souvent fourni à la culture de réception les bases partagées d’une connaissance du monde et du temps : cosmologie, astronomie/astrologie, dimensions de l’espace céleste et terrestre, science des éléments/propriétés, météorologie ou rudiments de médecine.
Conservés en grec, syriaque, hébreu, arménien, copte, éthiopien, arabe, latin, slavon, ces « révélations » ont une dimension initiatique et pédagogique et peuvent s’exprimer dans un discours sur la Création. Ils sont transmis par le porteur d’une parole créatrice (« performative ») revêtu du nom d’un dieu (Hermès, Thot…), d’un ange (Gabriel, Raziel…), d’un prêtre (Manéthon), d’un mage (Zoroastre ou les Chaldéens), de patriarches bibliques (Adam, Enoch, Nemrod, Daniel…) d’apôtres ou de pères de l’Eglise (Dionysios, Clément, Rufin…), ou encore d’un philosophe illustre (Atlas, Pythagore, Aristote, Démocrite, …).
Au croisement entre « révélation » (comme forme littéraire ou comme procédé de dévoilement), et cosmologie (comme objet du dévoilement ou comme contenu subsidiaire), entre sagesse et science, ces textes difficiles à définir témoignent d’une expérience de l’au-delà mais constituent aussi une forme de connaissance théorique marquée selon les cas et les cultures par des courants philosophique, contemplatif, ascétique, monastique, théophanique, apocalyptique. Tous ont imprégné les cultures qu’ils traversent d’une « science commune » qui peut diverger des arts et techniques – par exemple divinatoires ou magiques – intentionnellement exposés dans le texte.
Le but de la journée thématique du mercredi 24 novembre 2021 est de montrer diverses déclinaisons de ce phénomène de transmission d’un savoir commun par des textes de « révélation », dans les langues et cultures anciennes étudiées par les chercheurs de l’IRHT. Un questionnaire (une « problématique ») sera proposé aux contributeurs afin de dégager des perspectives communes à travers la diversité culturelle et mettre en évidence le type de savoir cosmologique transmis.
Il est possible d’assister aux échanges soit sur place, soit à distance. Pour obtenir le lien Zoom, contacter les organisateurs.
Programme de la journée
9h-9h30 – Accueil des participants par François BOUGARD (directeur de l’IRHT)
9h30-9h45 – Introduction par les organisateurs
9h45 – Arnaud SERANDOUR, (Maître de conférences à l’EPHE – Ecole pratique des hautes études, LEM – Laboratoire d’études sur les monothéismes), Traditions juives et chrétiennes sur la semaine de la Création
Deux cruces interpretum affectent le récit de la cosmogonie biblique de Gn 1-2,4a. D’une part, la nature de la lumière du premier jour de l’heptaméron (Gn 1,3) ; d’autre part, la question de savoir qui parle en « nous » lors de la «fabrication» de l’homme («Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance», Gn 1,26, selon la traduction de la TOB), puis à propos de la consommation par l’homme de l’arbre de vie («Voici que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance de ce qui est bon ou mauvais», Gn 3,22), enfin, lors de la construction de la tour de Babel («Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres», Gn 11,7). Partout ailleurs, Elohim et Yhwh gouvernent des verbes à la 3e personne du singulier.
À l’aune des manuscrits de la mer Morte, des versions anciennes, des commentaires rabbiniques et patristiques, on essaiera de se faire une idée des configurations ici en cause et d’indiquer de quoi il peut être question.
10h15 – Lionel MARTI (Chargé de recherche au CNRS, PROCLAC – Proche-Orient – Caucase : langues, archéologie, cultures), La destruction comme étiologie de l’ordre du monde en Mésopotamie : le cas du poème d’Erra
Le poème d’Erra est l’une des rares œuvres mésopotamiennes dont l’auteur est nommé. Ce dernier précise que le texte lui a été révélé par la divinité éponyme. Il narre l’histoire du dieu de la guerre et des désastres, Erra, qui, afin d’apporter la désolation sur terre, doit faire abandonner son trône au roi des dieux Marduk. Ce récit, qui se développe sur cinq tablettes, illustre en négatif l’ordre du monde tel qu’il était conçu par les Mésopotamiens. Il est d’ailleurs probable qu’il transpose sur le plan divin des évènements historiques et qu’il cherche à en justifier la cause. Cette étude sera aussi l’occasion de s’interroger sur les connaissances scientifiques de l’auteur et la façon dont il les expose car, selon les Mésopotamiens, les sciences ont été révélées par les dieux à des initiés, qui doivent être attentifs à ne les transmettre qu’à d’autres initiés.
10h45 – Flavia RUANI (Chargée de recherche au CNRS, IRHT), Le manichéisme et la cosmologie révélée
Fondée par Mani au milieu du IIIe siècle PCN dans l’Empire perse, la religion manichéenne se revendique comme la révélation ultime, complétant et surpassant toutes les révélations précédentes. Une vie hagiographique de Mani (contenue dans le Codex manichéen de Cologne, grec, Ve s.) raconte comment il reçut à deux reprises la visite de son «jumeau céleste», qui lui révéla les mystères du passé, du présent et du futur. C’est en se présentant comme un visionnaire et le «sceau des prophètes», que Mani établit une Église dont les doctrines et les pratiques reprennent de façon originale et organique celles des religions qu’il put côtoyer dans le contexte multiculturel de la Mésopotamie sassanide et lors de ses voyages dans l’Empire romain et en Inde. La révélation manichéenne, mise par écrit par le fondateur lui-même, se diffusa rapidement dans tout le bassin méditerranéen et, en suivant la Route de la Soie, arriva jusqu’en Chine, où elle disparut au XVIIe siècle. Dans son expansion, le manichéisme réussit à s’adapter aux religions dominantes, tout en restant essentiellement le même au cours du temps. La création et la constitution du monde font partie intégrante du mythe du salut manichéen dévoilé par le fondateur et attesté par des sources coptes, syriaques et moyen-perses, allant du IVe au Xe siècle. La cosmogonie et la cosmologie, tout comme l’anthropologie par exemple, trouvent ainsi leur origine à l’intérieur de la révélation reçue par Mani. Les polémistes antimanichéens, qu’ils aient été païens, chrétiens, zoroastriens ou musulmans, ont tous contesté la cosmologie manichéenne, laquelle, présentée en termes mythologiques, ne pouvait que se heurter à leurs connaissances scientifiques. Cependant, grâce à leur mythe, les manichéens se targuaient de pouvoir fournir une explication «rationnelle» à tous les phénomènes naturels et contestaient à leur tour le recours à la foi de la part d’autres religions pour parler du monde et de son fonctionnement.
Dans cette communication, nous présenterons les textes manichéens traitant de cosmologie (la planète avec la création des montagnes, de la flore, de la faune, des cieux), d’astronomie (les phases lunaires) et de météorologie (les nuages, le tonnerre, la pluie), afin d’exposer la vision d’une des religions universalistes de l’Antiquité tardive qui représenta un défi pour les religions majoritaires en présence. Nous analyserons également les réfutations chrétiennes qui leur ont été adressées, pour montrer la concurrence entre diverses propositions de révélation et de science dans le bassin méditerranéen tardo-antique et médiéval.
Pause 11h15-11h30
11h30 – Emilie VILLEY (Chargée de recherche au CNRS, EQUIHSAM), Les chapitres cosmologiques (XI-XII) du traité syriaque « Composition de la terre » adressé au disciple Théon, attribué à Bérose (version courte) ou à Rufin (version longue)
«Regarde, mon fils Théon, ce que je te dis au sujet de la composition de la terre». Dès l’incipit du Traité sur la composition de la terre, attribué à Bérose, Rufin ou à Stomathalassa selon les versions, le récipiendaire du présent enseignement est invité à se représenter visuellement «comment la terre se trouve suspendue et à quel point elle s’enfonce dans les eaux où elle se trouve ; à quelle profondeur descendent les eaux et quelles sont leurs limites ; ce qu’il y a à connaitre sous elles, etc.». Le traité, conservé en syriaque et en arabe, se constitue de 12 chapitres traitant de cosmologie, de météorologie et de philosophie. Il a été édité et traduit par G. Levi Della Vida en 1910 d’après la version arabe attribuée à Stomathalassa. La présente contribution vise à révéler l’ancienneté de la version syriaque (vraisemblablement du VIe s.) préservée dans deux manuscrits (Paris, BnF, syr. 217 et BnF, syr. 555) et son originalité ; elle entend également donner un aperçu de la diffusion des théories cosmologiques et astronomiques qu’elle contient.
12h – Isabelle DRAELANTS (Directrice de recherche au CNRS, IRHT), Les contenus cosmologiques du Liber Nemroth De astronomia latin et leurs parallèles syriaques
Le Liber Nemroth, conservé semble-t-il uniquement en version latine, conserve en latin un dialogue didactique entre Nemroth et son disciple Ioanton sur la mesure du temps et de l’espace depuis le début du monde créé « par ordre du Créateur ». L’œuvre, qui se conclut avec la mort du maître Nemroth à la suite de sa révélation savante, compte 82 chapitres et une cinquantaine de diagrammes. La date et le milieu de composition de l’œuvre en latin restent à déterminer, mais, comme on le montrera, il semble qu’on puisse avancer une chronologie contemporaine ou antérieure à la rédaction des Libri computi carolingiens au début du IXe siècle.
Le Liber Nemroth présente de nombreux points communs avec des cosmologies révélées conservées en syriaque ou se référant à d’anciennes doctrines mésopotamiennes, comme le Liber Enoch, la Caverne au trésor, le traité de la «composition de la terre» attribué à Bérose ou à Rufin (ou à Stomathalassa en arabe), le traité cosmologie attribué au Pseudo-Denys, la Causa causarum, le Livre des médecines. Entre autres exemples, on mettra en lumière les parallèles entre ces écrits quant au dragon cosmique, aux vents cosmiques, aux portes et fenêtres du ciel, aux monstres des abysses, et au calcul du cours des planètes ou au comput de la lune.
12h30-14h : buffet à l’IRHT
14h – Bill REBIGER, The Secrets of Raziel: The Transmission of Angelological, Cosmological, and Magical Knowledge in the Two Hebrew Books Called Sefer ha-Razim
In two different Hebrew books called Sefer ha-Razim or “Book of Secrets” the angel Raziel reveals a well-structured set of angelological, cosmological, and magical knowledge. Jewish scholars and scribes unknown to us compiled and redacted both books from older Hellenistic traditions somewhere between Egypt and Syria in the Middle Ages. Since then, these texts had an impressive and widespread impact on Jewish and Christian esoteric traditions. Thus, in the 13th century the voluminous Latin Liber Razielis integrating both “Books of Secret” into a collection of seven esoteric treatises was produced at the court of Alfonso X of Castile. Or, to give another example, one of the most popular magical books in the Jewish tradition until today, the Hebrew Sefer Razi’el printed for the first time in Amsterdam in 1701, includes also sections of these books. According to these books, the performance of magical rituals requires knowledge of the proper names and functions of angels as well as of the pecularities of the heavenly spheres. In my paper, I will present the essential elements of this knowledge and its relation to non-Jewish traditions from Hellenistic times as well as selected examples from the history of the book’s reception.
14h30 – Margherita MANTOVANI (Post-doctorante LabEx Hastec – IRHT), La cosmologie du Liber Razielis
L’intervention vise à discuter la cosmologie transmise par la version latine du Sefer Raziel. La rédaction originale en hébreu de cet ouvrage et sa traduction castillane (toutes deux perdues) renvoient, selon les notices contenues dans le prologue du texte latin, au milieu culturel d’Alphonse X le Sage (1221-1284). À partir d’une analyse des deux manuscrits les plus complets, une attention particulière sera donnée aux éléments cosmologiques, angélologiques et de calcul du temps contenus dans la quatrième et dans la sixième section du Liber Razielis et à ses points de contact avec le Sefer ha-Razim (Livre des mystères), sur la base des observations de l’hébraïsant chrétien Johann Christoph Wolf (1683-1739) dans sa Bibliotheca hebraea (1715) et des recherches publiées par Mordecai Margaliot en 1966.
Une deuxième partie de l’intervention sera focalisée sur la réception juive du Liber Razielis et sur sa circulation latine à la Renaissance, en particulier parmi le cercle de Bernardino Morono (XVIe siècle). On étudiera également son influence sur le système de pensée élaboré par le juif converti Paolo Ricci (m. 1541). Élève de Pietro Pomponazzi à l’Université de Pavie et important traducteur de textes appartenant à la littérature juive, Ricci utilisa probablement plusieurs sections du Liber Razielis, conjointement aux cosmologies décrites par le Sefer Hekhalot (3Enoch) et par le Sefer Yetzirah, pour discuter dans sa production écrite la structure du macrocosme et sa relation avec le monde angélique. Enfin, l’intervention a pour but de relever comment, et dans quel cas, la tradition liée au nom de Raziel et contenue dans le Liber Razielis se mélange à l’époque moderne avec celle associée à Adam, Seth et aux Mages évangéliques, par influence de l’Opus Imperfectum in Matthaeum.
15h – Emma ABATE (Chargée de recherche au CNRS, IRHT), Les visions cosmologiques dans le Secret de l’Œuvre de la Création d’Eléazar de Worms
Dans l’ouvrage Sod Ma‘aseh Bereshit («Secret de l’Œuvre de la Création») du juif rhénan Eléazar de Worms (1176-1238), la création du monde, des planètes, des astres et des anges qui les gouvernent sont racontés sous forme de visions mystiques. Plusieurs composantes de ce récit affichent des traits typiques de la première mystique juive, notamment de la littérature d’Hekhalot (« Palais ») et du Sefer Yetzirah (« Livre de la Formation »), ouvrage datant de l’Antiquité tardive.
Dans cette communication, on se propose de décrire ces visions cosmologiques telles qu’elles sont représentées dans les diagrammes qui accompagnent le texte dans les manuscrits du Sod Ma‘aseh Bereshit. Après avoir présenté l’origine de cette révélation et les façons par lesquelles elle a été transmise à Eléazar, on analysera la fonction des diagrammes et les rapports qu’ils instituent entre texte et image. Sera ensuite prise en compte la version latine de l’ouvrage rédigée par le kabbaliste chrétien Gilles de Viterbe (1469-1532), en se focalisant sur les diagrammes cosmologiques qui ont été transférés du texte hébreu au texte latin.
Pause 15h30-16h
16h – Florence SOMER-GAVAGE, La tradition astrologico-apocalyptique des prédictions de Jāmāsp (Aḥkām-ī Jāmāsp)
Issu d’une tradition apocalyptique élaborée depuis l’antiquité dans un milieu sassanide zoroastrien, connue et encore éprouvée par les zoroastriens aujourd’hui, la tradition textuelle des Aḥkām ī Jāmāsp, «Prophéties de Jāmāsp» demeure énigmatique tant du point de vue de son élaboration que de son développement éventuel en moyen-perse avant sa tradition en persan, en arabe et probablement en turc ottoman dans divers milieux culturels shiʿites et sunnites. Si certains copistes nous assurent avoir possédés un original en moyen-perse, nous n’en avons pour le moment aucune trace.
Deux facteurs rendent cette acception délicate : D’une part la rareté des sources iraniennes en moyen-perse et la perte des matériaux rédigés dans cette langue, comparés à ceux en provenance de Grèce ou d’Inde, et d’autre part, la difficulté de déchiffrer cette écriture archaïsante qui fait que la moitié des rares sources qui nous soient parvenues reste inédite à ce jour. Nous allons donc centrer cette présentation sur le contexte arabe et persan et le développement de cette tradition textuelle à deux périodes particulières : durant l’émergence du pouvoir ismaélien et qarmate au Xe siècle et peu avant les invasions mongoles du XIIIe siècle.
Jāmāsp et son roi, Guštāsp b. Lohrāsp, premier roi zoroastrien mythique, sont les protagonistes du discours puis du monologue savant de l’astrologue visionnaire, opposant à l’angoisse existentielle du roi la connaissance issue de la contemplation de l’ordre céleste et universel. Par contre, le contenu de son savoir, la vision de l’origine et de la marche du monde jusqu’au dénuement diluvien, se distingue totalement d’une vision eschatologique zoroastrienne pour présenter une théorie astrologique originale et quasi inédite. Le roi s’interroge sur le devenir du trône de l’Iran après sa mort et la subsistance des Kayanides et de la religion zoroastrienne au pouvoir. Jāmāsp, le chef des mages, son astrologue et savant visionnaire, l’apaise en lui révélant, avec l’aide de Dieu, l’histoire de la succession des rois et des prophètes dans le monde selon l’interprétation des conjonctions planétaires depuis l’époque de Zoroastre.
16h30 – Jean-Charles COULON (Chargé de recherche à l’IRHT- section arabe), Savoirs révélés dans les sciences occultes arabes
Les traités de sciences occultes arabes s’appuient sur un corpus d’autorités dépendant étroitement de la nature des savoirs transmis. Cependant, une partie de ces savoirs rapportés prétendent tirer leur source première d’une révélation. La révélation par excellence en islam étant le Coran, nous nous interrogerons sur la façon dont les traités de sciences occultes arabes au Moyen Âge présentent ces révélations non coraniques de façon à doter ces savoirs d’une autorité particulière et de les présenter comme légitimes sans entrer en contradiction avec le Coran, la révélation de la Loi ou les enseignements du prophète.
Depuis le début des années 2000, la zoohistoire et l’histoire culturelle des animaux, issues des apports pionniers des historiens médiévistes1, ont été considérablement enrichies par deux approches méthodologiques qui doivent encore dialoguer : d’une part, une démarche centrée sur l’identification et la définition de communautés intégrant des humains et d’autres animaux, désignées par le terme de « collectifs2 ». De l’autre, une recherche visant à faire émerger des expériences individuelles animales ou des échanges inter-individuels entre humains et non-humains, notamment par le biais de « biographies » animales3. Ces deux approches ne sont pas opposées et, au contraire, observer les dimensions collectives des relations entre des humains et/ou d’autres animaux permet de mieux prendre en compte l’échelle individuelle.
Ainsi, la notion de communauté hybride, telle que définie par Dominique Lestel, renvoie à « une association d’hommes et d’animaux, dans une culture donnée, qui constitue un espace de vie pour les uns et pour les autres, dans lequel sont partagés des intérêts, des affects et du sens4 ». Ces collectifs se forment entre des individus appartenant à des espèces différentes et l’individualité de ces agents compte dès lors plus que les espèces impliquées. L’emploi de la notion de communauté hybride a pu montrer son potentiel heuristique pour l’étude de la domestication, en ethnologie et en archéologie5.
Dans cette perspective, le commun n’est pas seulement créé et entretenu par la cohabitation au sein d’un espace donné mais aussi par l’élaboration d’une relation particulière entre des humains et d’autres animaux qui se reconnaissent mutuellement comme des individus. Le rapport entre le collectif et l’individuel est en outre marqué par la conceptualisation de différents degrés de proximité et de distance, que ce soit entre individus, entre collectifs, ou
bien entre individus et collectifs, dans une perspective qui ne se limite pas au seul acteur humain, puisqu’elle permet notamment d’aborder les sociabilités animales. La gradation et l’articulation entre ces divers niveaux d’interactions relèvent enfin de rapports de force historiquement situés, en permanente reconfiguration.
La proximité et la distance peuvent s’entendre comme l’ensemble des stratégies discursives ou relationnelles qui permettent de définir un groupe par ce qui rassemble ses parties et différencie l’autre, en adoptant une perspective plus graduée que l’articulation réductrice entre inclusion et exclusion. Ces degrés de proximité et de distance entre une pluralité d’individus, de groupes d’animaux humains ou non, d’espèces, attendent encore d’être considérés comme un phénomène dynamique, davantage que comme une catégorie descriptive figée, grâce à l’apport des témoignages historiques et archéologiques. Afin de tester la pertinence d’une telle approche, nous invitons historiens, historiennes, archéologues, anthropologues, littéraires et spécialistes de sciences de la vie à comparer, à travers des études de cas variées, des situations complexes s’étendant de la préhistoire jusqu’à nos jours, au sein des espaces géographiques qu’elles et ils jugeront adaptés. Nous proposons pour ce faire d’entendre les notions de proximité et de distance à trois niveaux, complémentaires et interdépendants, intéressant toutes les disciplines, bien que certains enjeux aient été traités plus volontiers par l’une ou l’autre.
Axe 1 : proximité et distance dans l’espace
Le partage d’un territoire soulève de nombreux enjeux qui peuvent notamment s’articuler autour du concept de « proxémie » créé par l’anthropologue Edward Twitchell Hall : les notions de proximité et de distance sont en effet liées à la protection d’une bulle invisible plus ou moins étendue selon les époques, les lieux et les liens sociaux qui unissent les humains et/ou les autres animaux6. L’idée de territoire, de domicile, de zone où se définit sans cesse ce qui est à soi ou à nous, existe simultanément à plusieurs échelles, depuis celle du « pays » jusqu’à celle de l’individu. Dès lors, la cohabitation humaine et non-humaine interroge la légitimité de chacun et provoque des ajustements permanents. Elle peut toucher à des enjeux économiques, sécuritaires, moraux ou encore symboliques et souligne l’importance de la mobilité, qui la remodèle sans cesse. Interroger les différents espaces de vie représente enfin un enjeu majeur et d’actualité à l’échelle mondiale, tout à la fois en raison du développement potentiel d’épidémies issues de la globalisation que de questionnements écologiques.
Axe 2 : proximité et distance des corps
Les distinctions opérées entre les divers types d’êtres qui peuplent le monde diffèrent selon des systèmes de classification liés au concept « d’ontologie ». Ainsi, selon Philippe Descola, les humains se distinguent ou non des autres animaux en fonction de traits de nature physique ou renvoyant à l’inverse à des critères intérieurs7. Les présupposés de l’ontologie naturaliste de l’Occident moderne, impliquant une discontinuité franche entre les subjectivités humaines et animales, sont actuellement remis en question, tant par l’éthologie, les neurosciences que la philosophie et le droit. Toutefois, l’ensemble des systèmes de catégorisation ontologiques (naturalisme, animisme, totémisme, analogisme) ont en commun de faire du corps ou tantôt une frontière, tantôt une interface avec les non-humains. Loin de
relever du donné abstrait, cette articulation s’incarne à travers une proximité et une distance d’ordre alimentaire (incorporation des uns par les autres et inversement) mais aussi médical (descriptions physiques anthropomorphisées, principe des similitudes et théorie des signatures, thérapeutique chamanique, expérimentation animale), aujourd’hui au centre des débats de société mais dont la genèse reste à écrire.
Axe 3 : proximité et distance temporelles
Enfin, parce que leur définition est relative et liée à un point de référence fluctuant, la proximité et la distance vis-à-vis des animaux s’articulent nécessairement en termes diachroniques, qu’il s’agisse de l’étude scientifique des traces d’espèces disparues, de la théorie évolutionniste ou de mythes tels que la genèse chrétienne. Il convient d’interroger cette perception des animaux du passé par les acteurs humains, car elle exerce une influence sur les relations qu’ils établissent avec la faune contemporaine, tandis que de nouvelles pratiques sont en mesure de réformer ces représentations. Cet enjeu ne porte donc pas seulement sur les animaux du passé mais également sur ceux de l’ « avenir », comme en témoigne l’importance des rites funéraires animaliers, de la sélection des races ou de la longue histoire des mouvements de secours et de défense des bêtes. Anticipant un futur libéré de la maltraitance, ceux-ci peuvent servir d’utopie politique humaine, comme l’a souligné Pierre Serna8. En dernier lieu, de retour vers le présent, une espèce animale donnée peut contribuer à définir une période historique, voire une culture humaine, ce qui pose un enjeu méthodologique et réflexif décisif pour la recherche.
Les propositions de communication devront comporter un titre (court idéalement), 5 mots clefs, un argumentaire (entre 1200 et 2000 signes espaces compris, présenté en fichier word ou pdf). Enfin, la contribution devra indiquer l’axe dans lequel elle souhaite s’insérer en priorité (proximité et distance dans l’espace, proximité et distance des corps, proximité et distance temporelle).
N’oubliez pas d’indiquer vos coordonnées lors de l’envoi de vos contributions (courriel, téléphone et coordonnées postales).
Les propositions de communication sont à adresser au plus tard le 20 décembre 2021 à l’adresse suivante : AnimHist31@gmail.com
Organisé à l’Université Toulouse Jean Jaurès avec le soutien de la Commission Recherche et des laboratoires FRAMESPA et TRACES, le colloque aura lieu en modalités hybrides. Les frais de déplacement et d’hébergement des participant.e.s seront pris en charge.
Référente scientifique: Valérie SOTTOCASA (Professeur des universités, Université Toulouse 2 Jean Jaurès, FRAMESPA UMR 5136)
Coordinateurs :
Clément BIROUSTE (docteur associé TRACES UMR 5608) Thomas BRIGNON (Université Toulouse 2 Jean Jaurès / FRAMESPA, Casa de Velázquez) Margot CONSTANS (Université Toulouse 2 Jean Jaurès / FRAMESPA) Thomas GALOPPIN (Université Toulouse 2 Jean Jaurès / PLH-Érasme) Lucie SCHNELLER LORENZONI (Université Toulouse 2 Jean Jaurès / FRAMESPA)
Comité scientifique :
Éric BARATAY (Professeur des universités, Université Lyon III Jean-Moulin, LARHRA UMR 5190)
Christophe CHANDEZON (Professeur des universités, Université Paul-Valéry Montpellier 3, CRISES EA 4424)
Emmanuelle CHARPENTIER (Maître de conférences Université Toulouse 2 Jean Jaurès, FRAMESPA UMR 5136)
Sandrine COSTAMAGNO (Directrice de recherche CNRS, TRACES UMR 5608)
Violette POUILLARD (Chargée de recherche CNRS, LARHRA UMR 5190 / Université de Gand)
Valérie SOTTOCASA (Professeur des universités, Université Toulouse 2 Jean Jaurès, FRAMESPA UMR 5136)
Charles STEPANOFF (Maître de conférences EPHE, Directeur d’études EHESS, LAS) Jacques VOISENET (Professeur agrégé – Toulouse)
This volume contains the proceedings of the international conference on anonymous sermons, funded by the F.R.S.-FNRS and held on 16 May 2019 at the Université de Namur (Belgium), within the Faculty of Philosophy and Letters and the research centre Pratiques Médiévales de l’Écrit (PraME). It brings together scholars working on late antique and early medieval Latin preaching, and follows on previous volumes on Augustine and African sermons published in the Ministerium Sermonis subseries. The focus here is on Christian Latin preached texts, thought to date from the period c. 300-800 AD, which are not currently attributed to a known author. Long neglected because of their uncertain attribution, these sermons offer new material for the study of late antique and early medieval Christianity. The contributions assembled here provide an essential entry point to the study of these little-known sermons: after an introduction which sets the aims of the book, discusses the state of the art and describes main avenues for research, individual papers present future tools to classify sermons and explore their medieval transmission in manuscripts, offer new critical editions of previously unknown sermons, and develop methods and reliable criteria to shed new light on their historical context of composition. Both engaging with current issues and challenges and offering innovative case studies, this book opens up new ground for future research on late antique and early medieval Latin Christian preaching in general.
Matthieu Pignot is currently a Leverhulme Early Career Fellow at Durham University. His research explores the reception of Augustine of Hippo’s works on initiation, marriage and penance in the Early Middle Ages up to 1000 AD. His broader interests lie in the history and reception of early Christianity in the West, particularly ritual practices and preaching, with a focus on texts originating from North Africa. Table of Contents
Table des matières :
Introduction: Past and Current Research on Latin Anonymous Sermons (Matthieu Pignot) The Medieval Transmission and Reception of the Pseudo-Augustinian AU s 382/PS-AU s Bou 1. Notes on Converting a Scholarly Tradition into a Digital Network (Shari Boodts) Le corpus du pseudo-Eusèbe Gallican et l’essor de la prédication en Provence aux Ve et VIe siècles (Raúl Villegas Marín) Patchwork Sermons: An Understudied Genre of Late Antique Latin Literature (Clemens Weidmann) Un sermon pseudo-augustinien pour la fête de Pâques, confronté à ses sources (François Dolbeau) Le Sermon Mai 53 (CPPM I 1218, Nutritos hirundo pullos) à propos de la marche de Pierre sur les eaux (Matth. 14, 22-33), un pseudo-augustinien africain ? (Marie Pauliat) Two Anonymous Preachers on the “Woman Taken in Adultery”: S. Mai 8 and an Unedited Homily in a Manuscript from Moissac (Gert Partoens & András Handl) À propos du sermon De laudibus Mariae (PS-AU s 123; PS-FU s 36) : sa tradition dans les imprimés de Fulgence (Pierre-Maurice Bogaert & Matthieu Pignot) Un tractatus sur Prou. 30, 15-20 (CPPM I 5027) et la question de son attribution à Grégoire d’Elvire (Jérémy Delmulle)
Indices
Informations pratiques :
Latin Anonymous Sermons from Late Antiquity and the Early Middle Ages (AD 300-800). Classification, Transmission, Dating, dir. Matthieu Pignot, Turnhout, Brepols, 2021. 288 p., 4 b/w ill., 2 b/w tables, 156 x 234 mm, 2021 ISBN: 978-2-503-59122-3. Prix : 75 euros.
Dans le cadre de l’exposition « Christophe Plantin. Un homme de caractère(s) », nous avons le plaisir de vous inviter à la conférence Christophe Plantin (ca. 1520-1589) et l’âge d’or de l’imprimerie dans les anciens Pays-Bas donnée par Renaud Adam
Né il y a plus de 500 ans, Christophe Plantin est sans conteste l’une des figures majeures de l’économie du livre de la Renaissance. D’origine française, il arrive à Anvers vers 1549 et se lance dans le métier de relieur avant de fonder sa célèbre officine en 1555 ; elle fermera ses portes en 1876 ! Entrepreneur infatigable et typographe de talent, il aura réussi à hisser son atelier parmi les plus importants d’Europe, faisant fonctionner une quinzaine de presses et employant près de 160 ouvriers au plus fort sa production. Près de 2.500 impressions portent sa célèbre marque Au compas d’Or. Parmi ses plus belles réussites figurent sans conteste la fameuse Bible polyglotte exécutée à la demande du roi d’Espagne Philippe II ou encore l’atlas d’Ortelius. La vie de Plantin ne fut pas pour autant des plus calmes : entre faillites, fuites, exils, soupçons d’hérésie, rançons… il n’eut de cesse de dépenser son énergie et ruiner sa santé pour faire prospérer son entreprise. La conférence du 2 décembre prochain sera l’occasion de revenir sur cette figure exceptionnelle et d’évoquer le métier d’imprimeur au XVIe siècle.
Historien du livre de la première Modernité, Renaud Adam travaille pour la maison de vente Arenberg Auctions (Bruxelles) et est collaborateur scientifique du service d’Histoire moderne de l’ULiège. Il a publié plusieurs livres et de nombreux articles sur l’économie du livre dans les anciens Pays-Bas (XVe-XVIIe siècle) ainsi que sur la censure, dont Le théâtre de la censure (XVIe et XXIe siècles). De l’ère typographique à l’ère numérique (Académie royale de Belgique, 2020).
La conférence sera suivie d’un drink d’une visite guidée de l’exposition.
Les places étant limitées, merci de vous inscrire à la conférence en réponse à ce mail, pour le 22 novembre au plus tard.
La cour se met au vert. Mises en valeur et usages politiques des campagnes entre Moyen Âge et Pré-modernité The court escapes from town. The countryside as political asset from the Middle Ages to the early modern period
15-16-17 septembre 2022 Lille – Abbaye de Vaucelles
« Se mettre au vert ». Issue du langage courant, cette expression renvoie aujourd’hui à l’envie de s’éloigner d’un milieu urbain stressant, bruyant, parfois oppressant, voire rempli de miasmes, pour aller se reposer à la campagne, au plus près d’une nature paisible, profuse et saine, à proximité d’animaux évoluant dans leur milieu « naturel ». Eloigné de toute tentation anachronique, l’usage de cette locution dans le cadre des études curiales, a pour vocation d’inviter les chercheurs et chercheuses à se pencher, par le biais de l’interdisciplinarité, sur les multiples relations et interactions entretenues par le milieu aristocratique avec son environnement rural.
Les propositions de communication d’environ une demie page sont à envoyer avant le 15 janvier 2022 par mail aux organisateurs.
Communication proposals, written in French or English of approximatively half page should be sent by email to the organisers, before 15th January 2022.
Avec le soutien du FNRS, du CRHiDI (UCLouvain – Saint-Louis, Bruxelles), d'INCAL (UCLouvain), de PraME (UNamur), de sociAMM (ULB) et de Transitions (ULiège)
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